Malgré un environnement international marqué par les tensions géopolitiques, le durcissement des politiques commerciales et la fragmentation persistante de l’économie mondiale, l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) a affiché en 2025 des performances économiques remarquables. C’est l’un des principaux résultats du rapport annuel 2025 de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), présenté par son gouverneur, Jean-Claude Kassi Brou, ce mercredi 22 juillet 2026, à Dakar.

À travers son rapport annuel 2025, la BCEAO dresse le bilan d’une année marquée par la solidité de l’activité économique dans l’Union, la maîtrise de l’inflation, le renforcement de la stabilité financière et l’accélération de la modernisation des infrastructures de paiement.

En 2025, l’économie mondiale a fait preuve de résilience malgré la persistance de nombreux facteurs d’incertitude. La croissance mondiale s’est établie à 3,4%, un niveau identique à celui de 2024, tandis que l’inflation a poursuivi sa trajectoire baissière pour ressortir à 4,1%, contre 5,8% un an auparavant.

Dans ce contexte international complexe, les économies de l’UEMOA ont démontré une capacité d’adaptation notable. « L’activité économique est demeurée vigoureuse », a souligné Jean-Claude Kassi Brou. Le produit intérieur brut de l’Union a progressé de 6,7% en 2025, après une croissance de 6,2% en 2024. Cette performance est attribuable à la bonne tenue du secteur des services, au dynamisme des industries extractives ainsi qu’aux résultats encourageants de la campagne agricole.

Une inflation ramenée à zéro

L’une des performances majeures enregistrées en 2025 demeure la maîtrise des tensions inflationnistes. Après avoir atteint 3,5% en moyenne annuelle en 2024, le taux d’inflation dans l’espace UEMOA est ressorti nul en 2025. Cette évolution favorable s’explique principalement par la détente des cours internationaux des produits alimentaires et énergétiques importés, mais également par l’amélioration de l’offre alimentaire locale consécutive à une campagne vivrière 2025-2026 plus abondante.

« Cette désinflation a contribué à améliorer le pouvoir d’achat des populations tout en offrant davantage de marges de manœuvre aux autorités monétaires », Jean-Claude Kassi Brou, gouverneur de la BCEAO

Face à l’amélioration de la situation économique et extérieure de l’Union, le Comité de politique monétaire de la BCEAO a décidé, le 4 juin 2025, d’assouplir les conditions de financement de l’économie.

Assouplissement des conditions de financement

Les taux directeurs de la Banque centrale, qui étaient restés inchangés depuis décembre 2023, ont ainsi été revus à la baisse. Le principal taux directeur est passé de 3,50% à 3,25%, tandis que le taux applicable au guichet de prêt marginal a été ramené de 5,50% à 5,25%.

Cette orientation monétaire plus accommodante a contribué à soutenir le financement de l’économie. Les crédits bancaires accordés au secteur privé ont progressé de 5,6% en 2025, contre 3,6% en 2024, tandis que les concours accordés aux États ont augmenté de 7,8%.

Le rapport met également en évidence la solidité du système financier de l’Union. Selon le gouverneur de la BCEAO, le secteur bancaire demeure globalement résilient, avec des niveaux de solvabilité supérieurs aux exigences réglementaires. Le secteur de la microfinance a, lui aussi, confirmé son dynamisme. Les dépôts collectés ont progressé de 13,6%, tandis que les crédits octroyés ont enregistré une hausse de 9%.

Une avancée institutionnelle majeure est également intervenue en 2025 avec la désignation de la BCEAO comme Autorité macroprudentielle de l’UEMOA par le Conseil des ministres de l’Union. Cette décision renforce le rôle de la Banque centrale dans la prévention et la gestion des risques systémiques susceptibles d’affecter la stabilité financière régionale.

La révolution des paiements instantanés avec la PI-SPI

L’année 2025 restera également marquée par une étape importante dans la modernisation du système financier régional avec le lancement officiel de la Plateforme interopérable du système de paiement instantané (PI-SPI). Désormais opérationnelle, cette infrastructure permet l’interconnexion des différents prestataires de services de paiement de l’Union et ambitionne de rendre les transactions financières plus rapides, plus accessibles et moins coûteuses.

Cette innovation constitue une avancée significative en matière d’inclusion financière, dans un contexte où les usages numériques prennent une place croissante dans les économies de l’espace communautaire.

Des participants à la conférence de presse de présentation du rapport annuel 2025 de la BCEAO

Réformes réglementaires et modernisation institutionnelle

Au plan réglementaire, l’année 2025 a été marquée par l’adoption d’une décision portant révision du taux d’usure applicable dans l’UMOA. Cette réforme vise notamment à mieux adapter les plafonds de taux d’intérêt aux réalités économiques des institutions financières, tout en renforçant la protection des consommateurs et en favorisant l’accès au financement.

Parallèlement, la BCEAO a poursuivi la modernisation de son réseau avec l’inauguration de nouvelles agences auxiliaires à Kayes au Mali, et à Odienné en Côte d’Ivoire, ainsi que du nouvel immeuble fonctionnel de son agence auxiliaire de Bobo-Dioulasso au Burkina Faso.

L’intelligence artificielle, nouveau chantier stratégique

Consciente des mutations technologiques en cours, la Banque centrale a consacré une partie de ses réflexions à l’intelligence artificielle. Elle a organisé en 2025 une conférence internationale dédiée aux opportunités et aux défis que représente cette technologie pour les banques centrales. Cette rencontre a permis d’identifier des perspectives stratégiques pour une intégration progressive et maîtrisée de l’intelligence artificielle dans les activités des institutions monétaires.

Dans la même dynamique de modernisation, la BCEAO a adopté une nouvelle politique qualité, réaffirmant son ambition d’améliorer continuellement ses produits et services et de renforcer son rayonnement aux plans communautaire et international.

Poursuivre une croissance inclusive et durable

Ce rapport annuel de la BCEAO affiche la confiance de l’institution d’émission dans les fondamentaux économiques de l’Union, tout en restant attentive aux nombreux défis de l’environnement international. « Fidèle à ses missions, la Banque centrale poursuivra ses actions visant à garantir la stabilité des prix, à consolider un système financier robuste, résilient et propice à l’innovation, et à soutenir la réalisation d’une croissance forte, inclusive et durable au sein de l’UEMOA », a assuré le gouverneur de la BCEAO.

Dans un contexte mondial toujours incertain, les performances enregistrées en 2025 témoignent de la résilience de l’espace UEMOA et de la capacité de ses institutions à accompagner les transformations économiques, financières et technologiques en cours, au bénéfice des populations de l’Union.

Hamed Nanéma

Lefaso.net

Source: LeFaso.net