
Le Burkina Faso fait face, depuis quelques mois, à des difficultés d’approvisionnement du marché national en ciment, alors que le pays est fort de huit unités de production basées à Ouagadougou, Bobo-Dioulasso et à Ziniaré. Face à cette situation qui persiste, le ministère de l’Industrie, du commerce et de l’Artisanat a, à travers la Brigade mobile de contrôle économique et de la répression des fraudes (BMCRF), animé une conférence de presse sur le sujet, ce jeudi 11 juin 2026 à Ouagadougou.
Les services compétents de l’État ont décidé de passer à la vitesse supérieure, par l’adoption de nouvelles mesures, entrées en vigueur dès ce 11 juin 2026. « Nous allons dorénavant collecter et suivre les informations, de la production aux détaillants. C’est-à-dire que, si l’unité nous dit aujourd’hui qu’elle a produit 6 000 tonnes, elle devra nous fournir la liste de tous ceux qui ont bénéficié de l’enlèvement de ces 6 000 tonnes, et chaque jour (nom et adresses du grossiste, quantité cédée au grossiste, prix de cession à l’usine, bon d’enlèvement ou de livraison, moyen de transport du ciment et les références de celui-ci, le stock disponible à l’usine après enlèvements des grossistes et, éventuellement, des observations à notifier) », a dévoilé le coordonnateur général de la Brigade mobile de contrôle économique et de la répression des fraudes (BMCRF), Sanibé Faho, entouré de proches collaborateurs.
Il précise qu’une fiche est à cet effet transmise à l’ensemble des cimenteries, et qu’une attention particulière sera désormais accordée à la transparence des circuits de distribution ainsi qu’à la disponibilité du produit sur le marché national. Aussi insiste-t-il, les prix du produit demeurent inchangés, c’est-à-dire 100 000 FCFA/tonne pour le CPJ et 115 000 FCFA/tonne pour le CPA 45.
Le conférencier s’est également attardé sur le rôle que doivent occuper les populations, précisément les consommateurs, pour une lutte efficace et, partant, un retour rapide à la situation normale. « Nous allons toujours continuer à sensibiliser la population et les consommateurs, parce que nous avons compris que la spéculation tire aussi sa source des populations, des consommateurs, qui participent à cette série de pratiques illicites que nous dénonçons. Lorsqu’on vous dit que le prix du ciment est fixé et que vous passez par tous les moyens, en tant que consommateurs, pour aller vers un grossiste ou un détaillant qui va vous offrir le ciment au-delà des prix réglementés, alors, vous avez également participé à cette série de pratiques illicites. Et ce sont les mêmes encore, consommateurs, qui reviennent se plaindre après avoir obtenu le ciment à des prix (hors réglementation) », interpelle Sanibé Faho, rappelant que la dénonciation doit se faire dès la découverte des pratiques de spéculation et non après avoir acheté le produit au prix hors réglementation.
« Il n’y a pas de hausse, les prix du ciment n’ont aucunement varié », insiste le conférencier, réitérant la volonté des services de l’État de mettre de l’ordre dans le secteur. Il invite, de ce fait, chaque consommateur à ne plus payer le sac hors du prix requis et à surtout porter toute information relative à des attitudes spéculatives aux structures de contrôle. « Je sais que c’est parfois difficile, parce que souvent, certains disent que c’est pour ne pas créer des problèmes. Mais, si nous restons tous dans cette attitude, la pratique gagnera toujours du terrain », responsabilise-t-il.
- Lire aussi : Situation du ciment au Burkina : De nouvelles mesures entrent en vigueur dès ce 11 juin 2026
Avant d’annoncer les mesures, la BMCRF a fait un diagnostic du contexte, mettant à nu une série de constats relatifs à des pratiques commerciales illicites observées ces dernières semaines sur le marché du ciment. Ces agissements, qui contreviennent aux dispositions en vigueur en matière de commerce et de protection des consommateurs, sont de nature à perturber le fonctionnement normal du marché, à fausser la concurrence et à porter préjudice aux populations. Il s’agit notamment des lenteurs dans les procédures des formalités de douane et de transit dans le ravitaillement en matières premières, des perturbations de l’alimentation énergétique (délestages et baisse de tension), de la baisse de l’offre de camions liée en partie au déclassement des camions hors gabarit, de la forte demande des consommateurs au regard des différents chantiers de construction en cours.
Face à cette donne, le gouvernement a engagé d’importantes mesures (dont des concertations avec les cimenteries), afin d’améliorer la production nationale et de renforcer l’approvisionnement du marché. En dépit de cela, la demande nationale reste insatisfaite.
« Il faut reconnaître que les facteurs que nous avons cités participent tous à la baisse de l’offre du ciment. Au départ, quand on a eu des échanges avec les cimenteries, le principal facteur qui a été mis devant, c’était les blocus au niveau des corridors. Et c’est cette information qui a été portée à nos autorités. Mais, lorsque la situation a commencé à prendre de l’ampleur, on a voulu prendre à bras-le-corps la question, pour chercher vraiment à comprendre s’il s’agit réellement d’un problème lié à l’approvisionnement du pays en matières premières. Il y a eu donc une série de rencontres, que les autorités ont bien voulu conduire avec les acteurs, pour bien comprendre le problème qu’ils vivaient. C’est au cours de ces rencontres que nous avons été rassurés que la problématique liée à l’approvisionnement des unités en matières premières avait presque trouvé des éléments de réponse (ça vient des acteurs eux-mêmes). Donc, la principale contrainte que nous pouvons aujourd’hui annoncer, c’est la fourniture d’électricité », a détaillé le coordonnateur général de la BMCRF, Sanibé Faho, en réaction à des préoccupations des journalistes.
Selon ses explications, un travail entre ces producteurs de ciment et la Société nationale d’électricité du Burkina (SONABEL) a permis de mettre à la disposition des premiers des plages horaires pour maintenir leurs unités dans un état de fonctionnement. La SONABEL a répondu favorablement à leur requête, si fait que dès les premières semaines, une évolution a été constatée dans la production. Par exemple, la période du 1ᵉʳ au 15 mars 2026 (c’est-à-dire avant que les autorités ne rencontrent les cimenteries) a affiché une production de 169 531 tonnes (les deux semaines cumulées) tandis que celle allant du 15 au 22 mars (soit en une semaine), elle a été de 112 256 tonnes, a illustré le conférencier. Mais, poursuit-il, les productions vont sitôt connaître une chute de quantité, pour atteindre 71 000 tonnes dans la semaine du 20 au 26 avril 2026. « Le volume horaire mis à la disposition des cimenteries a augmenté pendant que la production a baissé. Cela veut dire qu’il y a d’autres facteurs au sein des unités elles-mêmes », conclut donc le coordonnateur général de la BMCRF, les interrogations portées vers la maintenance régulière chez certaines unités et les exigences d’adaptation aux nouvelles plages horaires accordées par la SONABEL.
Qu’à cela ne tienne, le coordonnateur général de la BMCRF et son équipe croient à un retour à la situation normale dans les semaines à venir et ne comptent pas, à cet effet, faire de concession et dans la demi-mesure.
Oumar L. Ouédraogo
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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