
À huit jours de l’ouverture de Le Faso Digital 2026, nous poursuivons notre série consacrée aux femmes et aux hommes qui construisent le Burkina numérique. Aujourd’hui, nous mettons à l’honneur Dr Serge Balma, ingénieur et docteur en télécommunications, spécialiste des systèmes satellitaires et Program Manager chez Thales, dont le parcours entre recherche, industrie et management nourrit aujourd’hui une ambition : contribuer à construire une vision de long terme pour le développement spatial du Burkina Faso.
Et si l’avenir numérique du Burkina Faso se jouait aussi à plusieurs centaines de kilomètres au-dessus de nos têtes ? Lorsque nous parlons de transformation digitale, nous pensons généralement aux applications mobiles, aux réseaux de fibre optique, aux datacenters ou à l’intelligence artificielle. Nous pensons beaucoup moins à l’espace.
Pourtant, les satellites participent déjà à notre quotidien. Ils contribuent aux télécommunications, à la navigation, à la météorologie et à l’observation de la Terre. Ils peuvent aussi fournir des services dans des zones difficiles à couvrir par les réseaux terrestres. Mais comment un pays comme le Burkina Faso peut-il développer des compétences dans ce secteur particulièrement exigeant ?
Faut-il nécessairement commencer par lancer son propre satellite ? Ou faut-il d’abord former des ingénieurs, identifier des besoins, structurer une filière et construire des partenariats ? Ces questions se trouvent au cœur de l’initiative que porte aujourd’hui Serge Balma. Et pour comprendre d’où vient cette ambition, il faut revenir à son parcours d’ingénieur.
Une formation au cœur des technologies de communication
Serge Balma se forme au Burkina Faso, au Maroc puis en France, à Polytech Marseille, où il obtient en 2014 un diplôme d’ingénieur en microélectronique et télécommunications, dans le parcours consacré aux systèmes électroniques pour les objets connectés. La même année, il obtient un Master 2 recherche en microélectronique à Aix-Marseille Université, spécialisé dans les architectures radiofréquences et les objets communicants.
Il poursuit ensuite ses études à CentraleSupélec, à Paris, où il prépare un doctorat en télécommunications entre 2014 et 2017. Son domaine de spécialisation est particulièrement pointu : les communications par satellite. Et plus précisément, la manière de mesurer et de caractériser les performances des équipements radiofréquences embarqués à bord des satellites.
Airbus : apprendre à mesurer l’invisible
Entre 2014 et 2017, Serge Balma mène ses travaux de recherche et développement chez Airbus Defence & Space, à Toulouse. Il travaille sur les systèmes de télécommunications par satellite, développe de nouvelles techniques de mesure et de caractérisation, participe aux essais radiofréquences et contribue à l’évaluation des performances des systèmes satellitaires.
Pour comprendre son métier, imaginons un satellite chargé de transmettre des signaux entre plusieurs régions du monde. Avant son lancement, ses équipements doivent être testés avec une extrême précision. Il faut notamment vérifier la manière dont ses antennes émettent et reçoivent les signaux. Une erreur de mesure peut conduire à une mauvaise appréciation de leurs performances.
Or, une fois le satellite placé en orbite, il n’est plus possible d’intervenir aussi facilement que sur une antenne installée au sol. La qualité des essais réalisés avant le lancement devient donc essentielle. C’est dans cet univers, où la rigueur scientifique rencontre les contraintes de l’industrie spatiale, que Serge Balma construit une partie importante de son expertise.
Une thèse consacrée aux satellites du futur
Sa thèse, réalisée au Laboratoire de génie électrique et électronique de Paris en collaboration avec Airbus Defence & Space, porte sur la caractérisation radioélectrique des satellites de télécommunications du futur. Ses travaux donnent lieu à plusieurs publications et communications scientifiques internationales, notamment aux États-Unis et en France, entre 2016 et 2017.
Les sujets étudiés concernent notamment les incertitudes de mesure liées au bruit, à la non-linéarité des récepteurs ou encore aux erreurs de positionnement des instruments. Derrière ces termes techniques se trouve une préoccupation fondamentale : comment être certain que les mesures réalisées reflètent fidèlement les performances d’un équipement ?
La question peut sembler éloignée des préoccupations quotidiennes du numérique burkinabè. Elle ne l’est pourtant pas tant que cela. Car les infrastructures numériques les plus fiables reposent souvent sur des années de recherche, de tests et de validation que l’utilisateur final ne verra jamais.
De la recherche à l’économie de l’innovation
Après son doctorat, Serge Balma prend une direction professionnelle différente. En 2017, il rejoint Leyton, à Paris, comme consultant en management de l’innovation. Pendant deux ans, il accompagne des entreprises dans la structuration et le financement de leurs activités de recherche et développement. Il réalise des audits techniques et financiers, évalue les difficultés scientifiques et technologiques des projets et contribue à la constitution de dossiers de financement. Cette étape apporte une nouvelle dimension à son parcours.
La recherche scientifique possède ses exigences. Mais pour qu’une innovation puisse se développer, il faut aussi des financements, une organisation, une stratégie et une capacité à convaincre. Un ingénieur peut concevoir une solution prometteuse. Encore faut-il réunir les conditions nécessaires pour la transformer en projet industriel. Serge Balma commence ainsi à développer une double culture : celle de la technologie et celle du management.
Les fréquences, une ressource invisible mais stratégique
En 2019, il rejoint LS telcom comme responsable d’offres dans le domaine des systèmes de gestion et de contrôle du spectre radioélectrique. Il travaille notamment avec des autorités de régulation et des acteurs institutionnels des télécommunications, sur des solutions de gestion et de planification des fréquences.
Le spectre radioélectrique est une ressource invisible. Pourtant, sans lui, une grande partie de nos communications modernes serait impossible. Téléphonie mobile. Radiodiffusion. Wi-Fi. Communications aéronautiques. Liaisons satellitaires. Tous ces services utilisent des portions du spectre. Il faut donc organiser leur coexistence pour éviter les interférences et permettre aux différents systèmes de fonctionner correctement.
La gestion des fréquences constitue ainsi un enjeu technique, économique et réglementaire. Pour Serge Balma, cette expérience permet de découvrir une autre facette des télécommunications : celle des institutions qui organisent et régulent l’utilisation des technologies.
Chez Thales, diriger des programmes technologiques internationaux
En 2020, Serge Balma rejoint Thales, à Paris, comme Program Manager. Il y pilote des offres stratégiques et des programmes technologiques complexes, depuis la définition des stratégies jusqu’à l’exécution des engagements contractuels. Ses responsabilités comprennent la négociation, la coordination d’équipes pluridisciplinaires et les relations avec des clients institutionnels, industriels et de grands comptes. Ses principaux domaines d’intervention concernent les radiocommunications sécurisées, les réseaux résilients, les communications par satellite et les systèmes complexes.
L’ingénieur spécialisé dans la mesure des performances satellitaires est désormais devenu Program Manager. Son métier consiste à faire travailler ensemble plusieurs expertises autour d’objectifs communs. Ingénierie. Gestion de projet. Financement. Relations commerciales. Exigences contractuelles. Cette capacité à relier les dimensions techniques, humaines et économiques d’un projet sera déterminante pour l’ambition qu’il souhaite désormais porter au Burkina Faso.
Transmettre les connaissances aux futurs ingénieurs
Parallèlement à sa carrière industrielle, Serge Balma intervient depuis 2021 dans l’enseignement et les conférences en Afrique et en Europe. Au Burkina Faso, il dispense des enseignements de niveau licence et master en gestion de projets de télécommunications et en télécommunications par satellite. Il intervient également auprès de doctorants et de jeunes chercheurs sur les passerelles entre la recherche, l’industrie et le management.
Cette activité de transmission révèle une préoccupation importante. Comment préparer les jeunes chercheurs à transformer leurs travaux en innovations concrètes ? Comment aider les ingénieurs à comprendre les réalités économiques et organisationnelles des grands projets ? Comment rapprocher les universités et les entreprises ? Car disposer de compétences scientifiques est une première étape. Savoir les mobiliser dans des projets industriels en est une autre.
Burkina Spatial 2045 : penser l’avenir sur vingt ans
En 2026, Serge Balma lance l’Initiative Burkina Spatial 2045. L’initiative vise à contribuer à l’élaboration d’une vision de long terme pour le développement spatial du Burkina Faso. Il est également l’auteur d’un Livre blanc pour le développement spatial du Burkina Faso. Le choix de l’horizon 2045 est révélateur. Il invite à regarder au-delà des projets immédiats. Car développer une filière spatiale ne se résume pas à acquérir un satellite ou à construire une station au sol. Cela suppose des compétences scientifiques, des infrastructures, des partenariats industriels, des financements et une réflexion sur les applications utiles au pays.
L’ambition de Serge Balma consiste à contribuer à cette réflexion de long terme. Son CV présente Burkina Spatial 2045 comme une initiative de vision et non comme un programme national déjà adopté ou financé. La distinction est importante : il s’agit aujourd’hui de proposer un horizon et de participer à la construction des conditions qui pourraient permettre de l’atteindre.
À quoi pourrait servir le spatial au Burkina Faso ?
Pour un pays enclavé comme le Burkina Faso, les applications spatiales peuvent répondre à plusieurs besoins. Les télécommunications satellitaires peuvent compléter les infrastructures terrestres dans les zones éloignées. L’observation de la Terre peut contribuer au suivi des ressources naturelles, des cultures et des phénomènes climatiques. Les données spatiales peuvent également appuyer la cartographie, la gestion des territoires et certaines activités économiques. Ces possibilités ne signifient pas que le Burkina Faso doive développer seul toutes les technologies nécessaires. Elles invitent plutôt à identifier les domaines dans lesquels les compétences spatiales pourraient produire une valeur concrète pour le pays.
C’est là que l’expérience de Serge Balma prend une dimension particulière. Il connaît les exigences de la recherche. Les contraintes de l’industrie. Les mécanismes de financement de l’innovation. Les enjeux de régulation des fréquences. Et la complexité de la direction de programmes technologiques internationaux. Autant d’expériences susceptibles de nourrir une réflexion structurée sur l’avenir spatial du Burkina Faso.
Construire une ambition avant de construire un satellite
Le parcours de Serge Balma rappelle une réalité fondamentale : les grandes ambitions technologiques commencent rarement par l’équipement le plus spectaculaire. Elles commencent par une vision. Puis par les compétences. Les institutions. La recherche. Les partenariats. Et la capacité à inscrire les projets dans la durée. L’espace peut sembler très éloigné des préoccupations quotidiennes des citoyens.
Mais les services rendus par les technologies spatiales sont, eux, profondément terrestres. Communiquer. Observer. Anticiper. Cartographier. Mieux comprendre son territoire. La question n’est donc pas seulement de savoir si le Burkina Faso pourra un jour disposer de ses propres capacités spatiales. Elle est aussi de déterminer quelles compétences il souhaite développer et quels usages pourraient réellement contribuer à son développement.
Pourquoi fait-il partie des 100 Visages du Burkina Digital ?
Parce que Serge Balma possède une expertise scientifique et industrielle dans les télécommunications par satellite, acquise notamment à CentraleSupélec et chez Airbus Defence & Space.
Parce que ses travaux de recherche ont contribué à l’étude des techniques de mesure et de caractérisation des équipements satellitaires, avec plusieurs publications scientifiques internationales.
Parce qu’il contribue à la transmission des connaissances auprès d’étudiants, de doctorants et de jeunes chercheurs, notamment au Burkina Faso.
Parce qu’avec Burkina Spatial 2045 et son Livre blanc pour le développement spatial du Burkina Faso, il souhaite ouvrir une réflexion sur la place que le pays pourrait occuper dans un secteur technologique stratégique.
Et parce que son parcours rappelle que la transformation numérique ne doit pas seulement répondre aux besoins d’aujourd’hui. Elle doit aussi préparer les compétences, les institutions et les ambitions de demain. Avec Serge Balma, le Burkina numérique lève les yeux vers le ciel, non pour s’éloigner de ses réalités, mais pour imaginer de nouvelles façons d’y répondre.
Source: LeFaso.net
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