L’audition du général Gilbert Diendéré s’est poursuivie devant le tribunal militaire, ce mercredi 5 décembre 2018. Ce 7e jour à la barre n’a pas été de tout repos, tant les avocats des parties civiles ont continué à assaillir l’accusé de questions.

Ce qui a retenu l’attention de plus d’un en cette journée est la passe d’armes entre le général Diendéré et l’un des avocats des parties civiles, Me Guy Hervé Kam. S’adressant à l’accusé et à sa défense, Me Kam a voulu conforter l’instruction en disant que le dossier a été instruit selon les règles de la procédure. « De quel droit vous vous prévalez d’évaluer le parquet ou le juge d’instruction ? », lance le général Diendéré à son interlocuteur, en précisant que chacun doit rester dans son rôle.

Et l’avocat de répliquer à son vis-à-vis qu’il se prévaut des prérogatives que lui confère le Code de procédure pénale. S’en est suivi un dialogue de sourds entre les deux hommes au point où l’accusé a décidé de ne plus répondre aux questions de l’avocat, car gêné. Le général Diendéré dit être gêné parce qu’il n’arrive pas à faire la différence entre Me Kam, l’avocat des parties civiles ; et monsieur Kam, porte-parole du mouvement Balai citoyen.

On se rappelle qu’au début de son audition, la semaine dernière, l’officier général avait ouvertement accusé des organisations de la société civile, dont le Balai citoyen, d’avoir pris 50 millions de francs CFA du RSP et d’avoir aidé le lieutenant-colonel Isaac Zida à faire un coup d’Etat lors de l’insurrection d’octobre 2014. Chose qu’il a répétée. L’accusé est allé plus loin en accusant l’avocat d’avoir pris 100 millions de francs CFA.

Me Kam tombe des nues et laisse entrevoir son indignation. Il dit comprendre pourquoi le président Blaise Compaoré a été surpris par l’insurrection, précipitant sa fuite avant la prière du vendredi. Pour lui, si c’est cet officier général que l’on qualifie de mieux renseigné de l’Afrique de l’Ouest qui se tient ainsi devant lui et tient de tels propos sans la moindre preuve, il est plausible que le président Compaoré dormait sur de faux renseignements.

A sa suite, d’autres avocats, dont Me Awa Sawadogo, avocate des parties civiles, ont posé des questions de compréhension au général Diendéré. « Comment étaient organisées les rencontres pour que tous ces communiqués soient publiés ? », demande l’avocate. Réponse du berger à la bergère : « On n’a pas besoin de réunir du monde pour cela. Même une seule personne peut rédiger des communiqués ». Me Sawadogo est revenue sur les 85 millions de francs CFA d’encouragement que le général aurait remis aux soldats de l’ex-RSP.

L’avocate veut mieux comprendre la provenance de cet argent car, devant la barre, l’accusé a laissé entendre que cela provenait d’un crédit bancaire alors que dans les procès-verbaux d’interrogatoire, il affirmait que cet argent venait de la Côte d’Ivoire, de ses amis. Le général demande à l’avocate de s’en tenir à ce qu’il a dit à la barre, c’est-à-dire que l’argent vient d’un prêt bancaire et il peut produire les documents attestant de ce prêt.

L’interrogatoire du général Diendéré se poursuit le vendredi 7 décembre 2018.

Marcus Kouaman

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Source: LeFaso.net