
Au lendemain du communiqué de la délégation spéciale de la commune de Ouagadougou demandant aux maraîchers, horticulteurs et autres occupants de libérer les abords des barrages, l’inquiétude gagne les principaux concernés. Sur le terrain, certains poursuivent néanmoins leurs activités, en attendant plus de précisions.
Depuis plusieurs décennies, les berges de barrages de la capitale servent de zones de production maraîchère. Choux, laitue, menthe, fraises ou encore oignons y sont cultivés, constituant une source essentielle de revenus pour de nombreuses familles. Mais l’annonce de leur déguerpissement imminent plonge les exploitants dans l’incertitude, entre besoin de clarification et crainte de perdre leur gagne-pain.
Au barrage de Boulmiougou, à la sortie ouest de la ville, l’activité reste intense. Certains maraîchers puisent de l’eau pour arroser leurs cultures pendant que d’autres sarclent leurs parcelles.
Présent sur le site depuis près de 40 ans, Ablassé Siné dit ne pas comprendre pleinement la portée du communiqué. « Nous ne sommes pas au courant des détails. Avant toute chose, nous souhaitons dialoguer avec la commune afin de mieux comprendre », explique-t-il, préoccupé par les investissements réalisés au fil des années.
Même inquiétude chez Saidou Nikiéma, maraîcher depuis plus de 20 ans. « Nous avons besoin d’éclaircissements pour savoir si nos parcelles sont concernées. Nous n’avons pas été informés avant le communiqué », confie-t-il.
Certains producteurs, à l’image de Moussa Doniéré, se disent prêts à quitter les lieux, mais à certaines conditions. « Nous attendrons de récolter avant de partir. Mais nous pensons que la dégradation du barrage est surtout liée aux déchets », estime-t-il.
Au barrage nᵒ 3, Sayouba Sinaré, sexagénaire, évoque des promesses non tenues. « On nous avait demandé nos identités pour nous relocaliser, mais depuis, aucune suite », regrette-t-il.
Au barrage nᵒ 2, le constat est similaire. Les maraîchers se disent disposés à partir, mais souhaitent un accompagnement. Adjara Nikiéma, épouse d’un exploitant, exprime son désarroi. « Nous avons appris qu’il faut libérer les lieux d’ici le 14. Nous sommes ici depuis près de 40 ans. Nous ne savons pas où aller », dit-elle, évoquant des cultures en cours.
Face à cette situation, les maraîchers appellent à un dialogue avec les autorités communales. Au-delà du déguerpissement, ils espèrent des mesures d’accompagnement, notamment la mise à disposition de nouveaux sites pour poursuivre leurs activités.
Pour rappel, la délégation spéciale de la commune portait à la connaissance de la population, en particulier les maraîchers, les horticulteurs et autres occupants des berges du barrage de Boulmiougou, des barrages nᵒ 1, 2, 3 et des zones environnantes, qu’il est strictement interdit d’occuper ou d’exploiter les berges et les cuvettes des plans d’eau. Elle indique dans le communiqué que les activités humaines autour de ces barrages entrainent des effets néfastes tels que l’envasement et la pollution des eaux.
Au regard du rôle crucial que ces zones jouent dans la gestion des eaux pluviales et la préservation des ressources hydriques, précise le communiqué, le ministère de l’Agriculture, de l’Eau, des Ressources animales et halieutiques (MAERAH) compte démarrer une opération de curage desdits barrages cette année.
Pour mener à bien cette opération, le président de la délégation spéciale de la commune de Ouagadougou invite toutes les personnes concernées à prendre les dispositions nécessaires pour libérer définitivement les lieux au plus tard le 14 avril 2026. Passé ce délai, la commune se réserve le droit de procéder à des exécutions d’office, avec toutes les conséquences à la charge des contrevenants.
Jean Elysée Nikiéma (stagiaire)
S.I.K.
Lefaso.net
Source: LeFaso.net





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