Le « Fou Wou », remède traditionnel contre l’impuissance sexuelle masculine à Koin, connaît de plus en plus une grande affluence. Héritier d’un savoir transmis de génération en génération, Tahirou Paré reçoit régulièrement des patients venus de différentes localités nationales et internationales. Dans cet entretien, réalisé avec l’appui de son frère cadet Amadou Jean Paré qui a assuré la traduction du san au français, il revient sur l’origine de cette pratique, son mode de transmission, les conditions du traitement et les témoignages de patients qu’il dit avoir accompagnés au fil des années.

Lefaso.net : Vous possédez le remède contre l’impuissance sexuelle. Comment se manifeste l’impuissance sexuelle masculine ?

Tahirou Paré : En parlant de manifestation, je veux vous expliquer en deux cas. Premièrement, le cas d’impuissance sexuelle peut être inné. C’est-à-dire que le garçon est né avec la maladie d’impuissance sexuelle. En réalité, il n’est pas en mesure d’entretenir des rapports sexuels avec une femme, faute d’érection. Le deuxième cas, c’est quand l’homme a perdu sa virilité à cause peut-être d’un sort lancé ou d’autres raisons. J’ai expliqué en deux cas, sinon c’est la même manifestation : l’homme n’a pas d’érection. C’est cela l’impuissance sexuelle.

Pouvez-vous soigner les deux cas ?

Non ! Nous soignons plus efficacement le deuxième cas, qui est une maladie contractée avec le temps. Comme je vous le disais, si c’est une maladie que vous avez eue avec le temps ou si c’est un sort, la solution se trouve ici chez Tahirou. Quand tu es né avec la maladie, nous ne traitons pas cela.

Combien de temps prend le traitement ?

En réalité, il n’y a pas de délai fixe. Quand vous prenez le produit et que la situation ne s’est pas encore améliorée, nous vous demandons de revenir pour en prendre. Mais en ce moment, vous n’êtes plus soumis aux obligations de payer encore ce que vous avez fait au début. Vous prenez juste le produit pour continuer le traitement. En ce moment, on peut même vous en envoyer si c’est fini. Tout dépend de vous. Mais il est très rare que le produit ne donne pas de satisfaction, très rare je vous dis.

Avez-vous des cas très difficiles à soigner ?

Nous avons hérité ce remède de nos aïeux et cela fait plus de 35 ans que je le fais, après la mort de mon géniteur. Pendant ces 35 ans, je n’ai pas encore été confronté à un cas où le patient n’a pas trouvé de satisfaction.

Quelles sont les conditions à fournir pour tout patient qui voudrait venir vous voir ?

Le remède demande que la personne apporte un coq blanc avec des ergots bien poussés. Il y a aussi du sel et de la farine à apporter. Il est aussi recommandé que la personne soit là avant midi parce que le produit ne se fait pas après une certaine heure. Le malade donne 5005 Francs CFA aussi comme le prix du produit.

À combien pouvez-vous estimer le nombre de patients que vous recevez par mois ?

Nous n’avons pas encore pris l’habitude de noter. Je pense qu’on va commencer à le faire. Mais en termes d’estimation, on peut avoir plus de 100 patients par mois.

Quelle catégorie de personnes recevez-vous régulièrement ? Des jeunes ou des vieux ?

Les jeunes sont les plus nombreux et cela est logique. Il y a aussi des vieilles personnes qui arrivent. Certains même viennent et ont du mal à rester debout. C’est une maladie et il faut la soigner. Sinon le plus gros lot est constitué de jeunes.

Comment pouvez-vous expliquer le fait que ce soient les jeunes qui sont les plus touchés ?

Je pense que c’est dû à l’alimentation. Maintenant, les gens mélangent tout pour manger. C’est l’une des conséquences, je pense.

Quels sont les interdits du produit ?

D’abord la cuisine du remède est faite uniquement par les hommes. Il n’y a pas de femme. Donc, le produit ne doit pas rentrer dans la bouche d’une femme. Elle ne doit ni gouter à la viande du coq ni au tôt qui est préparé.

Tahirou Paré produit le remède depuis plus de 35 ans

La femme empêche-t-elle l’efficacité du produit si elle le touche ?

En réalité, le produit est très efficace. Si une femme goûte, elle aura un désir sexuel très élevé. Ce qui peut même la pousser à l’infidélité parce que vous n’allez pas pouvoir la satisfaire. Vous savez que dans nos sociétés traditionnelles, l’infidélité de la femme n’est pas admise. C’est pour éviter tout cela qu’ils ont interdit à la femme de gouter au remède.

Est-il possible de se faire accompagner par son épouse pour prendre le produit ?

Ce n’est pas interdit. Il n’y a même pas une semaine, un patient était accompagné par sa femme. Comme ils sont arrivés tard, nous leur avons donné une place où ils ont dormi avant de suivre le traitement le lendemain.

Le patient est-il soumis à un régime alimentaire particulier après traitement ?

Non, il n’y a pas de restriction au niveau du régime alimentaire. Comme je vous le dis, s’il retourne et que le produit n’a pas encore donné satisfaction, il revient pour prendre la poudre à nouveau. Et cela coûte 2000 Francs CFA.

Avez-vous toujours eu le retour de vos patients ?

Grâce à Dieu, les retours sont positifs. Jusqu’à là, nous n’avons pas encore eu un cas où le patient est revenu se plaindre qu’il n’a pas eu de satisfaction et de lui rembourser son argent. On n’a pas encore eu ça et il n’en aura pas aussi, grâce à Dieu. Beaucoup nous appellent pour nous remercier et nous informent de la situation de leur couple. Et cela nous conforte aussi. C’est plus de 35 ans de pratique. Jusque-là, aucun de nos patients n’a été déçu.

Comment avez-vous reçu ce savoir ?

Nous avons appris l’histoire de nos parents, qui ont aussi appris de nos aïeuls. Notre aïeul s’était absenté pendant sept ans dans la brousse. À la 8ᵉ année, la famille a décidé un jour de le déclarer décédé et a procédé à la fixation de la date de ses funérailles. La discussion a eu lieu la nuit. Le lendemain très tôt le matin, il est apparu avec le produit en main. Loin de la concession, il a demandé de l’accueillir avec un pagne blanc et un griot. C’est ainsi qu’il a été accueilli pour l’amener en famille avec le produit.

Pour prendre le produit, il fallait débourser 100 cauris. Comme il y a du mal à trouver les cauris avec le temps, les grands-parents ont décidé de changer en le mettant à 5005 Francs CFA. C’est ce que j’ai appris de mes parents aussi.

Ceux qui ne sont pas impuissants mais qui ont une faiblesse sexuelle, peuvent-ils bénéficier de votre remède pour renforcer leur puissance sexuelle ?

(Rire). Mon fils, ce n’est pas comme ça que ça marche. Le remède guérit la maladie de l’impuissance sexuelle. Ce n’est pas pour renforcer la libido.

Mais c’est aussi une maladie quand un homme est faible sexuellement, non ?

C’est une maladie, mais je vous dis qu’on soigne pour ceux qui sont impuissants. Pour prendre le produit, il y a des conditions. Et les conditions, je vous ai expliqué en disant que la personne doit fournir un coq, la farine et le sel. Sur la base de quoi pouvons-nous envoyer le produit à quelqu’un qui n’est pas venu pour faire le remède ? Ce que je n’ai pas dit, c’est que pour faire le produit, le malade monte sur le coq. Et il y a toute une étape et ce n’est pas possible de donner le produit comme ça. Ce n’est pas un commerce.

Est-ce qu’il existe une collaboration entre vous et la médecine moderne ? Sinon, est-ce que des centres médicaux vous transfèrent des malades et vice versa ?

Pour le moment non. Quand les malades viennent, ce sont eux qui nous disent qu’ils ont fait plusieurs fois les hôpitaux sans solution. Sinon, aucun hôpital ne nous a envoyé un malade.

Avez-vous déjà eu à recommander certains cas aux structures sanitaires modernes parce qu’ils sont plus complexes ?

Jamais. Dieu merci, nous n’avons pas encore de cas difficiles à gérer.

Amadou Paré, le frère cadet de Tahirou Paré, appelle les couples à ne pas faire de cette maladie un tabou

Quelle anecdote vous a le plus marquée ?

Il y a un homme qui était venu. C’est lui-même qui voulait tuer son coq, contrairement au rite du remède qui impose que ce soit nous-mêmes qui tuions. Il a expliqué que c’était à cause de sa religion et que personne d’autre ne doit toucher à son coq. Nous avons refusé et il est reparti monter dans sa voiture pour partir. Trois jours après, il est revenu pour s’excuser et on a tué le coq et fait le remède pour lui.

Un autre aussi a quitté le Mali pour venir. Quand j’ai voulu tuer le coq, il a refusé et l’a réclamé pour le tuer lui-même. Je lui ai remis son coq et lui ai dit de partir. Il est parti malgré les supplications de son tuteur pour lui dire de rester faire. Quelques jours après, il est revenu en catimini, sans informer son tuteur. Et il se trouve que ce jour-là, son tuteur, qui était de passage devant ma porte, a décidé d’entrer pour me dire bonjour avant de continuer chez lui. Quand il est rentré, il a trouvé son étranger de la dernière fois assis. Le monsieur a eu honte et a baissé la tête. Nous avons fait son produit lui donner puisqu’il avait accepté qu’on tue son coq.

Il y a beaucoup d’anecdotes. Je me rappelle aussi une qui m’a moi-même fait rire après. Un de nos patients, après être descendu du coq, nous dit que c’est bon, que ce n’est plus la peine de manger le tô là encore parce qu’il dit avoir retrouvé sur place sa puissance sexuelle.

Quel message avez-vous pour les couples qui vivent cette situation ?

Il faut seulement se dire que c’est une maladie comme les autres maladies. Il n’y a aucune honte et il ne faut pas avoir honte. Venez à Koin nous voir et nous allons résoudre le problème. J’appelle les femmes elles-mêmes à convaincre les maris pour venir nous voir. Nous allons les aider à trouver une solution pour l’épanouissement de leur couple. Nous avons déjà fait pour beaucoup de couples et beaucoup de personnes.

Une maladie, c’est une maladie, et il ne faut pas refuser de se soigner sous prétexte que ma religion ne le permet pas. Si tu veux vivre avec la maladie pour satisfaire ta religion au lieu de ton couple, on ne peut rien dire. On prie quand on a la santé. Sinon, nous sommes disponibles. Il suffit seulement de nous contacter par le numéro : 64032201/66171727.

Quel est votre cri de cœur ?

Nous demandons aux bonnes volontés de nous aider avec la construction d’une salle d’hébergement. Certains de nos patients viennent de localités lointaines et arrivent dans l’après-midi. En ce moment, nous ne faisons plus le travail. Nous sommes obligés de l’héberger en attendant le lendemain pour faire. Donc, il y a un manque de maisons pour les accueillir. C’est mon cri de cœur.

Interview réalisée par Serge Ika Ki

Lefaso.net

Source: LeFaso.net