Le gouvernement burkinabè a suspendu, jusqu’à nouvel ordre, l’organisation de tous les concours de beauté sur le territoire national. Cette mesure, motivée par l’élaboration de nouveaux textes destinés à mieux encadrer ces événements et à préserver les valeurs culturelles nationales, suscite des réactions contrastées au sein de la population. Entre soutien à une décision jugée salutaire et plaidoyer pour une réforme plutôt qu’une suspension, les avis divergent.

Le gouvernement burkinabè a décidé de suspendre l’organisation de tous les concours de beauté sur l’ensemble du territoire national. La mesure est contenue dans une note signée le lundi 8 juin 2026 par le ministère de la Communication, de la culture, des arts et du tourisme. Selon la note, cette suspension intervient dans un contexte d’élaboration de nouveaux textes réglementaires destinés à mieux encadrer l’organisation de ces événements.

Les autorités expliquent que cette décision s’inscrit dans la dynamique de préservation, de promotion et de valorisation du patrimoine culturel national, conformément aux idéaux de la Révolution progressiste populaire (RPP). Elle vise également à garantir le respect de l’identité culturelle burkinabè, des valeurs morales et sociales ainsi que des principes éthiques et de dignité humaine qui fondent la société. En attendant l’entrée en vigueur de cette nouvelle réglementation, aucune autorisation ne sera délivrée pour l’organisation de concours de beauté.

Pour Abdel Aziz Tiendrébéogo, les concours de beauté véhiculent des standards susceptibles d’avoir des effets néfastes sur les jeunes filles. Selon lui, ces compétitions entretiennent l’idée que la valeur d’une femme repose avant tout sur son apparence physique. « Les concours renforcent l’idée que la valeur d’une femme passe d’abord par son physique. Ils diffusent un modèle unique de beauté : jeune, mince, maquillée. Ça alimente les complexes, les troubles alimentaires et la pression esthétique dès l’adolescence », estime-t-il.

Abdel Aziz Tiendrébéogo, étudiant

Même son de cloche chez Mélissa Kambiré, qui salue la décision des autorités. À ses yeux, ces concours tendent à réduire la femme à son apparence. « Je trouve que c’est une bonne initiative. C’est comme si on devait noter une personne principalement sur sa beauté. Même si ce n’est pas le seul critère, c’est la beauté qui prime », soutient-elle.

D’autres citoyens adoptent une position plus nuancée. C’est le cas d’Aboubakar Kouama. Sans être opposé aux concours de beauté, il affirme comprendre la décision de l’État et appelle au respect de la mesure. Il reconnaît néanmoins que ces événements peuvent servir de tremplin à certaines participantes. « Je ne suis ni pour ni contre. Souvent, les concours permettent aussi à certaines personnes de se mettre en avant. Mais puisque c’est une décision de l’État, il faut la respecter et voir ce qui sera proposé par la suite », confie-t-il.

Pour Honoré Kobindé, en revanche, cette suspension est une décision qu’il approuve sans réserve. Il s’interroge sur l’apport réel de ces manifestations au développement du pays et estime qu’elles devraient être supprimées de manière définitive. « Je pense que c’est une très bonne initiative. Je me demandais jusqu’à quand ils allaient continuer à organiser ce genre d’activités. En quoi cela contribue-t-il au développement du pays ? Je pense qu’il faut supprimer définitivement ces concours », tranche-t-il.

Aboubakar Kouama, étudiant

De son côté Déborah Rouamba, première dauphine du concours Miss UA 2024, explique que les concours de beauté vont bien au-delà de l’apparence physique. Ils constituent des espaces d’expression, de représentation et d’engagement. « Cette activité représente pour moi bien plus qu’un simple concours de beauté, une conviction que j’ai d’ailleurs défendue tout au long de ma candidature », dit-elle. Selon elle, le rôle d’une miss ne se limite pas à porter une couronne. « Être Miss, c’est être l’ambassadrice de celles et ceux qui nous ont accordé leur confiance à travers leur vote, mais également des personnes qui ont organisé et soutenu l’événement », souligne-t-elle.

Déborah plaide pour une réforme du concept. À son avis, les concours pourraient être réorientés afin de mettre davantage en avant la culture, l’intellect, le leadership et l’engagement social des candidates. « L’objectif serait alors de promouvoir des valeurs positives tout en contribuant au rayonnement de notre pays », affirme-t-elle.

Déborah Rouamba, première dauphine du concours Miss UA 2024

Elle met également en avant les retombées économiques de ces événements. « Quoi qu’on puisse en penser, ces événements participent à la visibilité du pays et génèrent également des opportunités économiques pour les organisateurs, les médias qui les diffusent, les partenaires ainsi que pour les participantes elles-mêmes », fait-elle valoir.

Tout en respectant la décision des autorités, Déborah Rouamba espère qu’une solution équilibrée sera trouvée dans le cadre de l’élaboration des nouveaux textes. « J’espère donc que cette question pourra être examinée sous un angle plus positif que négatif et qu’une solution équilibrée pourra être envisagée à l’avenir », conclut-elle.

Hanifa Koussoubé

Anita Mireille Zongo

Lefaso.net

Source: LeFaso.net