
Le président du Faso, chef suprême des armées et ministre de la défense nationale et des anciens combattants, était face à ses troupes hier 1er novembre à l’occasion de la célébration du 56e anniversaire des forces armées nationales. Roch Kaboré, a martelé, plusieurs fois, que l’armée doit rester dans les casernes et ne doit pas se mêler de la chose politique. La répétition est pédagogique, certes, mais nous croyions que l’histoire récente de notre pays avait définitivement effacé les ‘’ réflexes de l’Etat d’exception » dans les esprits des hommes de la Grande muette…
A moins de vouloir creuser sa tombe, comme l’autre général, quel militaire, dans ce Burkina post-insurrectionnel peut vouloir prendre le pourvoir par la force de la baïonnette ? Les récents événements du pont Nazinon qui devraient déboucher sur un coup d’Etat n’ont d’ailleurs pas emballé bon nombre de citoyens qui n’ont pas cru pas à cette histoire ‘’contée » par Simon Compaoré, ministre de l’administration territoriale, de la décentralisation et de la sécurité intérieure. Un coup d’Etat pour faire quoi, pour gouverner qui ? Là où le chef n’a pas réussi et a ‘’gaté son nom », ses sbires auraient-ils pu le venger ?
En tout cas, c’est l’un des acquis de l’histoire récente de notre pays. L’armée se doit de rester loin des arcanes du pouvoir. Les défis auxquels elle doit faire face sont tellement énormes, qu’elle se passerait bien d’un fauteuil, qui même s’il n’est pas électrique, n’est pas pour autant douillet et reposant, au regard des attentes des populations qui attendent encore que le vent frais du nouveau Burkina souffle sur eux.
Pour le président du Faso, « chaque fois que des militaires ont fait irruption à la tête de l’Etat pour jouer un rôle politique actif en dirigeant le pays, l’institution militaire dans son ensemble en a subi les contre-coups et s’est toujours retrouvée, de gré ou de force, dans une posture qui n’est pas la sienne ».
Raison pour laquelle, a-t-il poursuivi, « il doit être clair pour tous que l’Armée doit se mettre exclusivement au service des institutions de la République, si elle veut garder sa fierté, son unité, sa cohésion et sa discipline qui font sa force et sa neutralité ».
Quelle est la nécessité du rappel, y a-t-il encore des militaires qui n’ont pas compris cela ? Ou est-ce que le message du PF est adressé particulièrement et indirectement à un groupe, à une personne ?
La démocratie, conquise aux prix de multiples luttes dans le sang et les larmes, sera dévoyée et bradée, si des bruits de bottes se faisaient encore entendre sur la route de sa consolidation. « Nous devons nous convaincre, que pour se consolider, la démocratie a besoin d’une Armée forte et républicaine ; une Armée qui se conforme aux règles et aux exigences de l’Etat de droit et qui est débarrassée des réflexes de l’Etat d’exception », a ajouté le ministre de la défense face à ses hommes.
Yacouba Zida a été obligé de rendre ce qui ne lui appartenait pas au lendemain de l’insurrection populaire de fin octobre 2014, malgré la bénédiction à l’époque de son chef. Une partie des forces politiques et une partie des Organisations de la société civile, voulaient enfin ‘’civiliser » le pouvoir, qui est resté accroché aux kalachnikovs depuis le 3 janvier 1966.
Durant toute la période de la Transition, cette question a été débattue. Le Conseil National de la Transition avait d’ailleurs adopté un projet de loi introduit par le gouvernement visant à définir davantage les droits civils, politiques, sociaux, économiques et culturels. Dans le Chapitre I du Titre II intitulé « De l’Exercice des droits civils et politiques », la loi fait désormais obligation dans l’article 12 aux éléments des Forces armées nationales qui veulent s’engager en politique, de démissionner de l’armée. « Il est interdit aux militaires en activité de service d’adhérer à des groupements ou associations à caractère politique », peut-on lire.
Aussi, les militaires en activité de service désirant s’engager en politique sont tenus de demander leur radiation des cadres des forces armées nationales, s’ils sont militaires de carrière ; ou de demander la résiliation de leur contrat d’engagement, s’ils servent en vertu d’un contrat.
Voici qui est clair. Ainsi, par la voie démocratique, chaque militaire sait comment s’y prendre pour arriver à Kosyam. S’il lorgne le pouvoir par un coup de force également, il tentera et assumera son acte. Tout est limpide.
On ne comprend donc pas les insistances du président Roch Kaboré, surtout quand il rempile qu’ « il importe que l’institution et au même titre le militaire, observent à tous égards une attitude de neutralité, entendue comme leur non-immixtion dans la sphère politique et partisane », on est en droit de se demander à qui il s’adresse.
Quelle autre brebis galeuse veut se mettre en dehors des règles de la république, au point de mériter ces mises au point du chef suprême des armées qui sonnent comme des mises en garde ?
Tiga Cheick Sawadogo
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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