
Les critiques s’abattent de plus en plus sur le franc CFA, la monnaie commune à 14 pays africains. Certains économistes du continent dénoncent un « système obsolète ». Les plus virulents parlent même de « servitude volontaire » vis-à-vis de la France. Dans une interview accordée au magazine « Afrique Méditerranée Business », le Gouverneur de la BCEAO, Tiémoko Meyliet Koné, bat en brèche ces critiques. Pour lui, la plupart de ces critiques sont liées à la méconnaissance des évolutions institutionnelles, des instruments mis en œuvre et des actions menées. Pire, regrette-t-il, ces critiques ne « s’appuient sur aucune étude scientifique démontrant les méfaits du franc CFA ».
L’espace UEMOA (Union économique et monétaire Ouest-africaine) a affiché un taux de croissance moyen de plus de 6% en 2015. Le plus élevé du continent africain. Pourtant, cette zone utilise le franc CFA, une monnaie sur laquelle, les critiques s’enchainent et se font de plus en plus virulentes ces derniers temps. Des politiques, des économistes, des citoyens lambda, tout le monde s’y mêle.
Dans une interview accordée au magazine « Afrique Méditerranée Business », le Gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), Tiémoko Meyliet Koné, bat en brèche ces critiques et défend les avantages du franc CFA ainsi que le partenariat entretenu avec la France. Pour lui, les économies de la zone UEMOA ne seraient pas là où elles sont aujourd’hui sans cette monnaie commune.
« La vision des pères fondateurs était de créer une union fondée sur la solidarité. En partageant la même monnaie, les réserves de change sont mises en commun dans un pool et accessibles à tous les pays sans référence à leur contribution initiale. Cette monnaie devait être convertible et assurer la stabilité nécessaire au développement économique, ce qui constitue le fondement des accords monétaires avec la France. La stabilité et la solidarité qui en ont résulté ont permis aux économies de résister aux diverses crises », explique-t-il.
Plusieurs réformes menées entre 1975 et 2008
Pourtant, certains détracteurs du franc CFA dénoncent un système obsolète qui n’a pas évolué depuis une trentaine d’années. Faux, rétorque le banquier central. « Dans l’UEMOA, il y a eu plusieurs réformes entre 1975 et 2008 : les mécanismes et instruments de la politique monétaire ainsi que la gestion ont évolué pour s’adapter aux besoins des Etats. Ces réformes incluent les dispositions de la convention signée avec la France sur le taux de centralisation du compte d’opérations qui est passé de 65% des réserves à 50% depuis 2005 », précise-t-il.
Mieux, confie Tiémoko M. Koné, des discussions sont en cours avec le trésor français sur l’impact de l’inclusion de la monnaie chinoise dans le panier de devises du DTS (droit de tirages spéciaux). C’est une décision importante dont les répercussions doivent être analysées dans la gestion de nos réserves de change.
« Aucun rapport de soumission » vis-à-vis de la France
Ils sont nombreux, ces critiques qui remettent en cause l’indépendance de la BCEAO. Les adeptes de cette théorie soutiennent que les politiques monétaires du franc CFA sont décidées par Paris, si non avec son aval au meilleur des cas. Là aussi, le patron de la Banque centrale se veut clair, exemple à l’appui. « Dans l’espace UEMOA, c’est la BECEAO et le comité de politique monétaire qui décident des actions appropriées en fonction du contexte. Par exemple, le taux directeur de la BCEAO est fixé par le comité de politique monétaire à 2,5% depuis 2013. C’est l’un des plus bas en Afrique, mais il est supérieur à celui en vigueur dans la zone Euro qui est quasi nul. Nous n’avons pas demandé la permission de la France pour fixer ce taux. Nous avons agi en fonction des exigences de nos économies dont la croissance a besoin d’être soutenue », martèle-t-il. ii
Les avoirs auprès du Trésor français sont rémunérés au meilleur taux
Quant aux théories se focalisant sur la « servitude volontaire », Tiémoko Koné estiment que les tenants de cette idée sont restés dans une logique du passé, en considérant encore la France comme une puissance coloniale. Pourtant, aujourd’hui, au XXI siècle, les rapports entre pays souverains s’inscrivent dans une logique de partenariat et non un registre de domination.
A ceux qui demandent d’arrêter de confier les réserves des pays de l’UEMOA auprès du trésor français, il rappelle que ces avoirs, qui sont par ailleurs rémunérés au meilleur taux, sont la contrepartie d’une garantie assurée par la France, celle de la convertibilité illimitée du CFA. « Là, il n’y a aucun rapport de soumission. Il faut considérer la France comme un partenaire, et pas autre chose », lance-t-il.
Les critiques sur le franc CFA, un fonds de commerce pour certains ?
Selon le Gouverneur de la BCEAO, les critiques contre le franc CFA ont commencé depuis près de 40 ans. Mais, « les arguments avancés sur les inconvénients du franc CFA ne sont pas plus convaincants aujourd’hui qu’ils ne l’étaient à l’époque. Ils présentent les mêmes lacunes liées à la méconnaissance des évolutions institutionnelles, des instruments mis en œuvre et des actions menées », soutient-il. Pire, « les critiques formulées jusqu’ici ne s’appuient sur aucune étude scientifique démontrant les méfaits du franc CFA », ajoute-t-il. Avant d’assurer que les citoyens de notre espace communautaire ne semblent nullement perturbés par ce débat. Mieux, cette « monnaie les rassure et il en est de même au niveau des frontières, avec des pays non membres, où l’on observe une préférence marquée pour la devise comme monnaie de réserve », rassure-t-il.
Regrettant le fait que les critiques sur le franc CFA soient devenues « une sorte de fonds de commerce pour certains », le gouverneur central de la BCEAO persiste et signe que « le franc CFA a servi et il peut continuer à servir », pour peu qu’il y ait « des politiques orientées vers l’assainissement du cadre macroéconomique et la transformation des économies ». Face à ceux qui vont très vite en besogne dans les critiques contre le franc CFA, M. Koné se veut prévenant et invite à la modération et à la prudence : « les schémas retenus pour une monnaie en circulation dans un pays ne sont pas forcément pertinent pour une devise en vigueur dans une union ».
Moussa Diallo
Lefaso.net
Source : Afrique Méditerranée Business
Source: LeFaso.net
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