Qu’est-ce qui n’a pas marché, samedi soir, à la clôture de la 2e Convention nationale des jeunes du Mouvement du peuple pour le progrès ? Après le discours du parrain qui n’était autre que Alassane Bala Sakandé, président de l’Assemblée nationale, les jeunes militants du parti au pouvoir ont commencé à vider la cuvette du palais des sports de Ouaga 2000.

Une rencontre nationale qui se termine en queue de poisson. Le comité d’organisation de cette 2e convention nationale des jeunes du MPP n’avait certainement pas prévu ce scénario à un quart d’heure de la fin de la cérémonie.

Retard

Prévue pour démarrer à 15h 30, la clôture de la convention a commencé avec une heure de retard. Qu’attendaient les organisateurs pour débuter la cérémonie ? Que la cuvette du palais soit pleine comme un œuf pour suivre le concert du grand Ismaël Isaac à la fin ? Notons que le même retard a été observé lors de l’Assemblée générale du parti tenu, deux jours plutôt sur le plateau omnisport Simon Compaoré, sis au quartier Gounghin.

A l’arrivée des premiers responsables du MPP, à 16h30, le palais des sports était à moitié plein ou à moitié vide, c’est selon. Après l’hymne du parti, place à la lecture des motions, résolutions et des 11 recommandations formulées à l’issue des travaux sur le thème « Employabilité des jeunes par l’auto-emploi, quelle contribution de la jeunesse MPP ? ».

Le « Big up »1 de Sakandé


Avant l’allocution du Dr Bachir Ismaël Ouédraogo, Secrétaire national de la jeunesse, l’artiste Ismaël Isaac se produit sur scène en live. Il balance ses sons « Korodjo » et « Baramogo ». Les jeunes sont réceptifs et se lèvent pour reprendre les tubes légendaires de l’artiste qui avait disparu quatorze ans de la scène musicale.

Quand vient le tour du parrain, Alassane Bala Sakandé, de tenir le micro, les jeunes sont de nouveaux réceptifs, surtout après que le président de l’Assemblée nationale a décidé de s’adresser au public en langue nationale mooré pour défendre cette jeunesse désœuvrée qui « n’a jamais courbée l’échine face à l’adversité ».

Le discours de trop


Jusque-là, tout allait bien. Mais, le remue-ménage viendra lorsque que la représentante du parti de l’Alliance pour la république Yaakaar (APR) du président sénégalais Macky Sall va prononcer son allocution. Plutôt que d’être brève et concise, elle s’est étalée sur la pertinence de la convention et les sacrifices consentis par le président Sall en faveur de la jeunesse sénégalaise. Pendant ce temps, jeunes, hommes et femmes, par petits groupes, commencent à se retirer de la salle, sans doute las d’attendre ou pressés de regagner leur domicile puisqu’à l’extérieur, le soleil s’était retiré derrière les belles bâtisses du quartier Ouaga 2000, faisant place à l’obscurité.

Comme si cela n’était pas plus gênant, un autre intervenant monte sur le podium. Il s’agit du représentant d’un parti ami du MPP, venu du Niger. Le discours de trop. Même scénario : les occupants des sièges situés derrière le podium quittent les lieux. Le discours d’Aly Badra, au nom de l’Alliance des Partis de la Majorité présidentielle (APMP), ne sera pas lu. De même que celui du 2e Vice-président du parti, Clément Sawadogo, qui a jeté l’éponge. Toutefois, ce dernier a dit toute sa fierté au comité d’organisation qui « a réussi avec brio » cette convention et adressé quelques mots aux jeunes « L’intérêt d’un parti politique qui veut diriger un pays, conduire une nation vers des objectifs précis, c’est d’être la conscience de la société et le MPP est cette conscience-là. Nous vous encourageons à poursuivre la lutte. Le jeune MPP ne peut pas et ne doit pas être un jeune attentiste, paresseux qui attend que tout tombe du ciel ».

A la fin de la cérémonie, il ne restait plus que les responsables du parti, les chefs coutumiers, quelques jeunes, membres de l’organisation, et bien évidemment les journalistes qui attendaient la fin de la cérémonie pour la séance des « interviews ». Le concert du Reggae maker, Ismaël Isaac, initialement prévu pour durer une heure de temps, n’aura finalement fait que cinq petites minutes.

Un mécontentement connu


Est-ce là le come-back du MPP chanté par le Député Bachir Ismaël Ouédraogo lors de l’Assemblée générale du parti ? En tous les cas, la désillusion s’annonce chez le jeune Kader qui dit être fatigué des discours, lui qui gardait espoir que les choses changeraient depuis la 1re convention du parti tenu les 23 et 24 janvier 2015. Le président par intérim du parti, Simon Compaoré, n’avait-il pas confié, lors de la rentrée politique du parti, qu’il lui avait été rapporté le mécontentement des jeunes dans les différentes régions ? « Les gens estiment qu’on tient les manettes du pouvoir et que dans certaines opérations, c’est ceux-là qui ont décidé d’aller contre la dynamique qui sont dans les interstices et qui profitent des retombées. Là aussi, peut-être que c’est vrai », a-t-il dit, ce jour-là.

Récompenser les militants qui font avancer le « tracteur »


Il avait également reconnu qu’il était de la responsabilité des dirigeants du parti de faire en sorte que les jeunes sentent que l’autorité a un regard favorable sur leur situation, en posant « des actions qui portent ». Au-delà de ces actions, Simon Compaoré avait annoncé que le parti travaillera à faire en sorte que « l’eau bénite » atteigne tous les militants travailleurs où qu’ils soient même s’il sera difficile de satisfaire tout le monde. Gare donc aux militants du parti qui empêchent le « tracteur MPP » ! « Ils seront mis de côté », avait avancé le président par intérim du parti.

En attendant donc que les lignes bougent et que le parti change son fusil d’épaule, le jeune militant Kader reste sceptique. Peut-être, les conventions des femmes, des secteurs structurés et des anciens prévus fin octobre et mi-novembre va-t-il mobiliser plus de jeunes convaincus que cette 2e convention nationale qui démontre, s’il en était encore besoin, que le soleil ne se lèvera pas de sitôt au MPP, après la disparition de son baobab, Salifou Diallo.

Herman Frédéric Bassolé

Lefaso.net

1 Anglicisme utilisé pour témoigner une marque de respect ou d’admiration à quelqu’un

Source: LeFaso.net