Lors du Conseil des Ministres du 27/09/2017, pour le compte du ministère de la Santé, a été soumis un rapport relatif à la révision de l’organigramme du dit Ministère. Auparavant, un comité de relecture de l’organigramme avait été mis en place à travers l’arrêté N°2017-134/MS du 12 Mai 2017.

L’adoption de ce rapport visait une meilleure organisation du ministère de la Santé en vue de lui permettre de remplir efficacement ses missions conformément à la nouvelle vision orientée sur la gestion axée sur les résultats et du budget-programme 2017-2020 du PNDES. Dans le cadre de l’amélioration de l’organisation au sein du ministère de la santé, ce nouvel organigramme proposait une suppression d’anciennes directions générales telles :
- La direction générale de la pharmacie, du médicament et des laboratoires (DGPML)
- La direction générale de la santé (DGS).

Par contre des nouvelles directions générales sont crées, notamment :
- La direction générale de la santé publique (DGSP)
- La direction générale de l’offre des soins (DGOS)
- La direction générale des études et des statistiques sectorielles (DGESS).

La note conceptuelle ayant accompagné cette transformation de l’organigramme du Ministère de la Santé énonçait en son point 3.1.2, les missions de la DGOS : « le programme national d’offre de soins de santé sera animé par une Direction Générale de l’Offre de Soins (DGOS). Cette direction générale s’occuperait de la médecine et fournirait avec un système hospitalier pyramidal les soins de qualité qu’attendent les populations à la base. Si la réflexion n’est pas encore très aboutie, des exemples existent en France, au Ghana et en Grande-Bretagne pour la nourrir. Dans les pays anglophones, un opérateur unique national est en charge de coordonner et de mutualiser les coûts et les bonnes pratiques du réseau de tous les établissements et structures de santé qui offrent des soins.

Avec la DGOS, la DGPML n’existera plus en l’état. Ses missions seront reprises d’une part par une agence nationale de la régulation pharmaceutique (réglementation, qualité, sécurité) et d’autre part par une direction technique en charge de la politique pharmaceutique et de la sécurisation des approvisionnements. Sa fonction « laboratoire » sera reprise par une direction technique dédiée à l’amélioration de la performance des laboratoires de biologie médicale. Ainsi cette direction pourrait avoir la charge de coordonner l’assurance, le contrôle et l’évaluation de la qualité du réseau des laboratoires de biologie médicale en charge des explorations diagnostiques dans le système hospitalier. La fonction « médecine traditionnelle » sera maintenue ».

En somme, voilà l’argumentaire principal ayant prévalu et ayant justifié le démantèlement de la DGPML !

Mais, en quoi ce nouvel organigramme est-il un véritable gâchis, une catastrophe pour le système pharmaceutique au Burkina Faso ?

Un adage dit que lorsque le crapaud sort de l’eau et dit que le crocodile a les yeux rouges, à défaut de le croire, il faut lui accordé le bénéfice du doute ! Jusque là, dans le milieu pharmaceutique, le système burkinabè avait toujours été cité en exemple. Deux principales structures portaient haut le flambeau cette dynamique et cette notoriété : la DGPML et la CAMEG. De par leurs performances, ces deux structures étaient toujours citées en exemples comme modèles cohérents fonctionnels et efficaces. Courant 2016-2017, la CAMEG a été fortement ébranlée par une crise sans précédent. Son fonctionnement a été mis à rude épreuve. Fort heureusement, in fine, la sagesse à prévalu in extremis. La crise a été progressivement résorbée et la CAMEG retrouve de plus en plus ses forces et ses couleurs pour rendre disponibles et accessibles des médicaments de qualité.

Par contre, c’est la DGPML qui vient de prendre un coup fatal. Un K.O technique en un seul round finement mené par le comité de relecture. Le nouvel organigramme ne lui a laissé aucune chance. La pauvre DGPML a volé en éclat, défragmentée, émiettée, disloquée et éparpillée pêle-mêle sous la violence du coup fatal. N’ya t-il pas un acharnement, une volonté manifeste de casser, d’anéantir le secteur pharmaceutique progressivement, méthodiquement et efficacement construit au Burkina ?

Selon le nouvel organigramme, certaines composantes de la défunte DGPML sont désormais abritées par la DGOS notamment les trois directions suivantes :
- La direction de la politique pharmaceutique et de la sécurisation des approvisionnements (DPPSA)
- La direction des laboratoires de biologie médicale (DLBM)
- La direction de la médecine et pharmacopée traditionnelle et des médecines alternatives (DMPTMA).

La même DGOS abrite aussi :
- La direction des formations sanitaires publiques et privées (DFSPP)
- La direction de la logistique et des urgences médicales (DLUM)
- La direction de la qualité des soins et de la sécurité des patients (DQSS)

En soi, l’idée d’une réorganisation du fonctionnement du ministère de la santé est noble dans sa quête de performance tant recherchée à l’ère du PNDES. Cependant, cela traduit une grosse incohérence pour le système pharmaceutique. Pourquoi coûte que coûte casser, détruire, démolir et raser une structure aussi performante qu’est la DGPML pour simplement aller greffer ses organes vitaux dans un autre organisme sans aucun test de compatibilité ? Le risque dysfonctionnement et de rejet du greffon est grand. La coordination ne sera pas facile. Il ne sera pas aisé pour la DGOS d’organiser et de coordonner à la fois les activités relatives et spécifiques aux soins et en même temps celles, si sensibles, exigeantes et délicates relatives à la politique pharmaceutique.

Les missions, les compétences et les attributions de ces deux volets sont tellement différentes et si distantes. Un bicéphalisme de fait s’instaurera entre la DGOS et l’Agence Nationale de la Règlementation Pharmaceutique (ANRP) qui hériterait de certaines reliques de la défunte DGPML. Il en résultera des conflits de compétences, de querelles inutiles et des lourdeurs administratives qui plomberont la fluidité, la réactivité et l’efficacité qui ont toujours caractérisé la DGPML. Ce sera alors le début du commencement de l’effondrement du système pharmaceutique au Burkina avec son corollaire de ruptures de médicaments et de pagaille généralisée.

En outre, tel que définit, on a l’impression que les trois directions (DPPSA, DLBM, DMPTMA) jadis sous la tutelle de la DGPML seront désormais indépendantes les unes des autres sous la couvée de la DGOS. Perdre de vue que ces services forment un tout, un ensemble fonctionnel inter et intra dépendants serait largement se tromper. L’architecture et le modèle actuel de la DGPML est un tout cohérent et non un assemblage d’éléments hétéroclites qu’on peut déplacer à souhait où on veut.

D’ailleurs, quel lien y a-t-il entre d’une part l’organisation des soins et d’autres parts la règlementation pharmaceutique, la politique pharmaceutique, l’orthodoxie pharmaceutique ? Peut-on objectivement réduire tout le secteur pharmaceutique du Burkina Faso pour le caser seulement dans l’organisation des soins ? Nous pensons que non ! Le secteur pharmaceutique, ne mérite t-il pas une direction générale ? Sans doute, oui ! La DGPML a toujours été un modèle dans la sous région et même en Afrique.

Du reste, les soins au sens stricto sensus semblent commencer par le dernier acte du pharmacien qui est la dispensation du médicament. En effet, pour que les soins aient lieu, en dehors de l’automédication, il faut d’abord que le médecin examine le patient, diagnostique la maladie et prescrive un traitement ! C’est seulement en ce moment que le pharmacien dispense le médicament pour que les soins adéquats puissent commencer ! D’ailleurs ne dit-on pas que sans médicament, pas de programme de santé qui vaille ! C’est donc en amont des soins que s’exerce en majeure partie l’activité pharmaceutique. Avant les soins, il faut que le produit soit conçu et fabriqué, il faut qu’une autorité pharmaceutique évalue et certifie la conformité et la qualité du médicament, il faut que la direction de la règlementation pharmaceutique accorde l’autorisation de mise sur le marché ; il faut qu’une structure pharmaceutique importe le médicament, le stocke, puis le distribue dans les règles de l’art. Enfin, il faut que le pharmacien dispense le médicament au patient. Toutes ces activités relèvent exclusivement de la pharmacie et du monopole pharmaceutique et non pas des soins !

Dans ce nouvel organigramme, il y a donc un amalgame notoire entre activité pharmaceutique et activité de soins. Rien, absolument rien ne justifie ce mariage forcé qui est en voie d’être fait entre la pharmacie et les soins. Voilà où se trouve l’incohérence !

Cependant, il n’est jamais tard pour bien faire. Il semble que la défragmentation de la DGPML soit liée à la vision de la création de l’ANRP. Pourquoi alors cette précipitation ? Pourquoi dynamiter la DGPML alors que l’ANRP n’est même pas encore effective ? N’est-ce pas mettre la charrue avant les bœufs ? C’est ce que les Bobos balafrés disent « poser la natte, sans avoir vu la femme ». Grande, risque d’être La déception avec déjà un vide juridique de fait ! L’erreur majeure, c’est de croire ou d’avoir cru que l’ANRP est incompatible avec l’existence de la DGPML.

Bien au contraire, l’idéal, c’est la coexistence et la cohabitation entre ces deux structures pour former un organisme unique dont l’ANRP serait la tête pensante avec pour rôle la coordinnation, le contrôle et la régulation tandis que la DGPML en serait le tronc contenant les organes vitaux et les membres exécutant convenablement les missions de l’ANRP. Cet organisme garderait bien efficacement la mission de protection et de promotion de la santé publique en assurant la qualité, la sûreté, l’efficacité et la disponibilité de produits de santé tout en poursuivant l’engagement de la DGPML depuis 2011, dans le processus de mise en œuvre d’un système de management de la qualité (SMQ), conforme à la norme ISO 9001:2008 dans la perspective d’être un centre africain d’excellence en matière de réglementation pharmaceutique.

Avec le nouvel organigramme tout cela sera passé à pertes sèches ! Le secteur pharmaceutique burkinabé tant félicité et envié sera condamné à revenir dans le statuquo ante des années 90 ! Ce n’est même pas un recul mais une chute dans l’abîme ! Tôt ou tard, on s’en rendra compte avec la nécessité de devoir tout recommencer.

De grâce, quittons le tâtonnement et la roue du recommencement perpétuel. Ayons la glorieuse et lumineuse vision, soyons à jamais dans le dynamisme du progrès dans la construction échelonnée et continue, la quête permanente de la cohérence et de la performance réelle, visible et sensible par tous et partout pour un Burkina meilleur.

Allons de l’avant ; ne laissons pas la nostalgie s’installer et elle s’installe inexorablement dès lors que le présent n’est pas à la hauteur du passé et présage un sombre avenir. Faisons de notre mieux, œuvrons tous pour un Burkina meilleur et que le slogan tant scandé pendant l’insurrection, le « Plus rien ne sera comme avant » ne se concrétise pas, par « Avant c’était mieux que maintenant ». Nous aurons alors collectivement échoué, nos martyrs seraient morts pour rien, nos sacrifices n’auraient servi à rien.

De grâce, allons de l’avant ! Laissons la DGPML dans sa configuration actuelle. C’est une structure solide, dynamique, efficace, ayant fait ses preuves et qui ne demande qu’à être consolidée. L’ANRP serait alors la bienvenue pour compléter et réorienter les missions actuelles de la DGPML.

Qu’Allah, le Seigneur et tous les ancêtres nous aident pour que la sagesse et le bon sens prévalent comme ce fut le cas pour la crise de la CAMEG.

Ensemble, tout est possible !

La Pharmacie citoyenne

Dr Issaka SONDE

Pharmacien

Email : issaksonde@hotmail.com

Source: LeFaso.net