Le 14 mai 2026, l’ancien ministre des Relations extérieures du gouvernement du Front populaire nous a quittés à l’âge de 76 ans. Les chercheurs du pays lui ont rendu un dernier hommage le lundi 18 mai 2026 avant le transfert de sa dépouille pour son village de Bondjigui, dans le Djoro, où il reposera. Domba Jean Marc Palm a eu deux vies : la politique et la recherche. Le dernier domaine est le versant de sa vie qui lui vaut les honneurs alors que la politique aussi était un de ses dadas. Le choix de ses sujets de recherche l’atteste mais aussi sa carrière hachée dans le monde politique en tant que ministre et chef d’institution. Son départ pose la question de son témoignage sur sa propre vie. A-t-il écrit une biographie pour dire sa part de vérité sur les évènements de la vie politique du pays, ou a-t-il laissé le soin aux historiens de dire ce qu’il a fait et pensé pour son pays ? Avant d’avoir cette réponse, les journalistes, historiens du temps présent, peuvent raconter un peu Domba Jean Marc Palm, historien-chercheur sur la politique et homme politique.

En tant que ministre du premier gouvernement issu du coup d’État qui a renversé et assassiné le président Thomas Sankara et douze de ses collaborateurs, Domba Jean-Marc Palm a eu la lourde charge d’expliquer ce qui s’est passé le 15 octobre 1987.

D. Jean-Marc Palm est une figure historique particulière qui a mené de front et par intermittence une carrière politique et d’enseignant-chercheur. Qu’on l’aime ou pas, il faut reconnaître qu’il a pu, après avoir enseigné au lycée, conserver la passion pour la recherche et mener à bout un projet de recherche qui a abouti à une thèse de doctorat en septembre 2000 sur le fédéralisme et l’émergence des partis politiques en AOF et en Haute-Volta (1947-1960). Ils ne sont pas nombreux ceux qui, après avoir été sous les ors de la République, côtoyé les hommes forts du moment, acceptent encore d’être un rat de bibliothèque pour venir à bout d’une thèse.

Pour ses idées politiques, il a subi les foudres du pouvoir qu’il a servi aux premières heures de son avènement quand il y avait peu de monde à se compromettre avec ceux qui ont pris le pouvoir dans un bain de sang et qui, pour des divergences d’opinion sur la création de l’ODP/MT, vont le renvoyer du ministère pour aller enseigner dans un CEG en 1990. Ce qui est la répétition d’une crise qui a eu lieu au sein du CNR quand il a été question d’unir les forces politiques en une seule force politique. Cette crise a eu le dénouement sanglant du 15 octobre 1987.

La prophétie du pape Jean-Paul II se réalise

Il faut dire pour sa défense qu’il avait déjà un pied dans le système et qu’un bout de chemin avait été fait avec les champions du jour puisque le Groupe communiste burkinabè (GCB) dont il était membre avait rejoint le Conseil national de la révolution (CNR) en 1986 et il était membre du Comité central de celui-ci. Il a connu Thomas Sankara depuis le lycée et au fait du pouvoir au sein du CNR et Blaise Compaoré également. C’est un élément qui a motivé sa comparution comme témoin au procès de Thomas Sankara.

Perçu par l’opinion comme un témoin à charge de Thomas Sankara, il reconnaîtra que : « Contrairement à ce que des gens disent, au CNR, il y avait des discussions. Thomas Sankara acceptait la discussion. Ça, il faut le reconnaître. Après, il faisait la synthèse ». Son passage à ce procès où son frère était accusé a été marqué par une sortie mémorable sur Boukary Kaboré, dit le Lion du Boulkiemdé, autre témoin au procès. M. Palm l’avait qualifié de menteur et avait dit qu’il avait l’âge mental d’un enfant de 15 ans. Le président du tribunal lui a demandé de présenter ses excuses à l’homme à la barbe blanche qui l’avait accusé d’avoir rédigé des tracts à Bobo au moment où la crise couvait entre les deux premiers numéros du CNR.

Cet incident signale le caractère de l’homme que le pape Jean-Paul II avait perçu et la prophétie qu’il lui a faite sur sa carrière politique qui sera brève. Voilà ce que le Souverain pontife lui a dit à la fin de l’audience qu’il lui a accordée : « Mon fils, tu es intelligent, tu es brillant, mais comme homme politique, je vois que tu vas faire long feu (c’est-à-dire ne pas réussir) faire long feu. Tu as une forte personnalité, tu t’affiches et tu donnes ton point de vue sans recul. Beaucoup d’hommes politiques n’aiment pas cela, ni en Afrique, ni en Europe ».

Dans l’entretien rapporté par Lefaso.net, il explique ce qu’il a fait pour redorer le blason du pays terni par les crimes du 15 octobre 1987 et comment il a pensé à inviter le pape au Burkina pour aider à la paix et à la cohésion sociale. Mais il ne sera pas de la partie lors du voyage du pape Jean-Paul II à Ouagadougou en 1990, ayant été muté de ministre à professeur au CEG de Kaya.

La leçon principale de la vie de Domba Jean-Marc Palm, c’est sa résilience et sa forte volonté qui ont fait de sa carrière de chercheur un succès puisqu’il a gravi tous les échelons jusqu’au sommet : professeur Jean-Marc Palm. Ses travaux scientifiques sont nombreux : 32 articles scientifiques, 34 articles de vulgarisation et 7 ouvrages.

Domba Jean-Marc Palm est parti après avoir mené le combat qu’il estimait juste, mais il avait encore beaucoup de leçons à donner sur la vie politique et la recherche.

Sana Guy

Lefaso.net

Source: LeFaso.net