‎Juriste de formation et administrateur des services financiers, Wendlasida Constance Kaboré cultive depuis l’adolescence une passion intime pour l’écriture. Longtemps restés dans ce qu’elle appelle avec humour son « frigo littéraire », ses textes ont fini par éclore avec la publication de « Les Sept Harmattans », un recueil de nouvelles de 90 pages qui explore les fragilités de la société burkinabè. Couronnée par le Grand prix de la Foire internationale du livre de Ouagadougou (FILO) de la nouvelle de l’édition 2025, cette première œuvre a révélé au monde littéraire une auteure sensible, rigoureuse et profondément attachée à l’humain.

‎Wendlasida Constance Kaboré parle avec douceur, mais ses mots portent loin. Derrière son sourire et ses gestes réservés se cache une femme de conviction, de patience et dotée d’une plume féconde. Lauréate du Grand prix de la Foire internationale du livre de Ouagadougou (FILO) dans la catégorie nouvelle en 2025, elle a fait une entrée remarquée dans l’univers littéraire avec l’œuvre Les Sept Harmattans, publiée aux Éditions Mercury. Pourtant, l’écriture pour elle ne date pas d’hier. Elle remonte à l’époque du collège, à ces années où les émotions trouvent refuge dans les cahiers logés dans le sac d’écolier. « J’avais un cahier où je racontais mes journées, mes rêves, mes espoirs. Quand j’étais triste, seule la lecture, et surtout l’écriture, pouvaient m’apaiser », confie-t-elle. Ce besoin d’écrire, dit-elle, naît d’abord comme une manière de mettre de l’ordre dans ses pensées. Puis, au fil du temps, ses pages se multiplient avec des brouillons de poèmes, des nouvelles au format manuscrit nourris par l’observation que fait la jeune fille de l’époque du monde.

Avant de voir son premier livre paraître, l’écrivaine a laissé mûrir ses textes pendant de nombreuses années. À l’origine, ce n’est pas Les Sept Harmattans qui devaient inaugurer son parcours éditorial, mais un roman, confie-t-elle. Un contrat d’édition avait même été préparé. Mais, au dernier moment, elle renonce car la fin du manuscrit ne la satisfait pas. « J’ai changé d’avis et j’ai décidé d’y travailler davantage », explique l’écrivaine. Les nouvelles qu’elle avait déjà presque achevées s’imposent alors naturellement au programme. Elle les retravaille, les affine, les polit avec exigence. « La principale difficulté en matière d’écriture vient de la confiance en soi », reconnaît-elle car publier demande du courage. « Cela revient à montrer au monde une part de soi, à s’exposer au jugement, à accepter le regard des autres. »

‎Mais si, Wendlasida Constance Kaboré a osé franchir le pas, c’est grâce à ceux qui ont cru en elle bien avant les bibliophiles. Elle cite avec reconnaissance son professeur de français, qui l’a accompagnée du collège au secondaire. Un oncle a lui aussi joué un rôle important en lisant ses textes, en les corrigeant et en l’encourageant. À cela, elle ajoute le soutien de sa famille, notamment ses parents et certains de ses frères. « Ils m’ont lue et encouragée à publier », dit-elle avec gratitude. Malgré l’encouragement dont elle a bénéficié, de la décision de publier à la sortie effective du livre, près de cinq années se sont écoulées. Cinq ans de réflexion, de corrections, de choix éditoriaux et de patience.

Wendlasida Constance Kaboré est la responsable d’une bibliothèque pour enfants installée dans le quartier périphérique de Rimkéta

‎‎À la fois femme de chiffres et de lettres

Dans la vie professionnelle, Wendlasida Constance Kaboré évolue dans un univers que l’on pourrait croire éloigné de la création littéraire. Juriste de formation, elle exerce comme administrateur des services financiers à la Direction générale de l’économie et de la planification. Entre dossiers administratifs, chiffres et responsabilités, elle trouve néanmoins des espaces de liberté pour écrire. Loin de considérer son métier comme un obstacle, elle y voit au contraire une source de discipline et de motivation. « Exercer comme serviteur du peuple n’est pas un frein à la création littéraire, bien au contraire. Cela me galvanise et me pousse à toujours trouver une heure libre de temps en temps pour écrire », fait-elle savoir. Pour elle, écrire constitue une respiration, un temps suspendu dans des journées souvent chargées. « Cela m’apparaît comme un temps de pause, un moment à moi, une période où je peux être réellement en paix. »

Cette vie professionnelle, entre occupation administrative et imagination littéraire, reflète sa personnalité équilibrée et paisible. Son écriture se veut, selon elle, simple et accessible, mais jamais superficielle. « J’essaie de toucher chaque lecteur dans son individualité, de sorte que chacun se trouve concerné par l’une ou l’autre des nouvelles ». Le style de Wendlasida Constance Kaboré privilégie la clarté, les dialogues vivants et une émotion sincère. Son ambition n’est pas de démontrer, mais de faire ressentir. « Aucun lecteur ne peut lire Les Sept Harmattans et rester indifférent », affirme-t-elle avec conviction.

Pour l’auteure, l’explication de l’intitulé de son livre est évidente. « Qui ne connaît pas l’harmattan ? Ce vent sec fouette, balaie et emporte. Son passage ne laisse personne indifférent », image-t-elle. Constance souhaite que ses histoires produisent le même effet sur les lecteurs pour les secouer, les interpeller, les amener à remettre en question certaines certitudes. Le chiffre sept, quant à lui, évoque « la perfection, l’accomplissement et la plénitude », a-t-elle souligné. À travers l’œuvre, Wendlasida Constance Kaboré explore une mosaïque de réalités profondément ancrées dans la société burkinabè : l’amour de la patrie, la jalousie, la parentalité, la sécurité routière, les tensions familiales, les combats des femmes, la mendicité ou encore la polygamie.

“Les sept harmattans”, l’œuvre qui a valu le Grand prix FILO de la nouvelle en 2025 à Wendlasida Constance Kaboré

Et obtenir le Grand prix FILO 2025 de la catégorie Nouvelles est venu à elle comme une agréable surprise. La veille de la cérémonie, elle indique que le comité d’organisation l’appelle pour confirmer sa présence. On lui annonce simplement qu’une attestation de participation sera remise à tous les candidats. L’auteure se rend donc à la cérémonie sans se douter de ce qui l’attend. « Imaginez ma surprise quand j’ai été appelée pour le Grand Prix de la nouvelle ! C’était un moment de joie et d’action de grâce à Dieu, de reconnaissance à tous ceux qui y ont contribué. » Cette distinction représente bien plus qu’un trophée. Elle valide des années de travail dans l’ombre et l’encourage à garder le cap, à continuer à écrire, et à bien écrire.

Wendlasida Constance Kaboré porte un regard confiant sur l’avenir de la littérature nationale. « Aujourd’hui, la littérature burkinabè est plus que vivante », souligne-t-elle. Elle se réjouit de voir les auteurs se professionnaliser, les maisons d’édition se multiplier et les institutions culturelles soutenir davantage la création. Elle salue également la contribution des femmes écrivaines, dans le sillage de figures majeures comme l’écrivaine Bernadette Dao. Et aux jeunes Burkinabè qui rêvent de publier, elle adresse un conseil simple. « Il ne faut pas rêver, il faut juste écrire », pense-t-elle. Il faut juste écrire tous les jours, relire, corriger, accepter les critiques, puis faire confiance au processus. Wendlasida Constance Kaboré considère que la littérature n’est pas une quête de prestige mais un acte de foi dans la puissance des mots.



Farida Thiombiano

Lefaso.net

Source: LeFaso.net