
18 octobre 1896-18 octobre 2026 ; cela fait 130 ans qu’a eu lieu, sur le site de Kiidiga, un violent affrontement entre les vaillants combattants du Dima de Boussouma et les envahisseurs français. Sur ce site historique, sis précisément sur les emprises du fleuve Nakambé, à une quarantaine de kilomètres à l’ouest de Kaya (chef-lieu de la région des Koulsé), trône désormais une plaque commémorative, porteuse d’un message à l’endroit de l’ensemble du peuple burkinabè : « Nos grands-parents n’ont jamais été vaincus hier. Nous ne serons pas vaincus aujourd’hui. »
Cette cérémonie officielle a, ce dimanche 18 octobre 2026, sur le site de Kiidiga, réuni de nombreuses populations venues de la localité et d’autres contrées, dont plusieurs leaders traditionnels et coutumiers. Le gouvernement était, lui, représenté par le ministre de la communication, de la culture, des arts et du tourisme, porte-parole du gouvernement, Gilbert Ouédraogo, et le ministre de l’enseignement secondaire et de la formation professionnelle et technique, Pr Moumouni Zoungrana, avec à leurs côtés de nombreux collaborateurs et autorités locales.
Outre les différentes interventions des personnes-ressources, des témoignages et la conférence sur le sujet, la journée commémorative a été marquée également par le message du gouvernement, livré par son porte-parole, Gilbert Ouédraogo, ministre en charge de la culture. « Pour comprendre la portée de notre rassemblement de ce jour, il nous faut remonter le fil du temps et rouvrir sans complexe le livre de notre histoire nationale : non pas telle qu’elle fut écrite par les plumes biaisées et mensongères de l’oppresseur et envahisseur français, mais telle qu’elle a été vécue, éprouvée et transmise par la mémoire vive de notre peuple. Cette vérité historique, confirmée par nos chercheurs. En octobre 1896, l’impérialisme occidental, imbu de sa prétendue puissance technologique et guidé par la voracité prédatrice du Congrès de Berlin, déferlait sur la boucle du Niger. La conquête coloniale française s’avançait vers le Moogho à travers une brutalité inouïe. Sous la conduite de la tristement célèbre colonne militaire française dirigée par les lieutenants Paul Voulet et Julien Chanoine, une horde d’invasion lourdement armée de fusils à répétition et de canons s’efforçait de plier les royaumes africains, de détrôner nos souverains et d’imposer des traités d’asservissement et de protectorat », a d’abord situé le ministre Gilbert Ouédraogo, déroulant son discours au nom du Premier ministre.
Face à cette lancée d’accaparement des ressources, poursuit ensuite le ministre, le Riungu de Boussouma (cet État guerrier et souverain, fondé vers 1530 par Naaba Nabigswendé et rendu pleinement autonome par la vision politique de Naaba Ligdi) va opposer un refus catégorique et intransigeant. Sous l’autorité morale et politique du Dîma Naaba Koom (1890-1908), en alliance fraternelle avec le Mogho Naaba Wōbga de Ouagadougou, la résolution fut prise : « Plutôt la mort que la servitude ! », retrace le ministre de la culture.
Selon la reconstitution des faits, c’est sur ce site de Kiidiga, sur les emprises du fleuve Nakambé, que le premier choc « d’une violence inouïe » a eu lieu le 18 octobre 1896. « Le nom même de ce site, ‘’Kiidiga », porte dans sa 130ᵉ chair le souvenir de cet affrontement titanesque : en langue nationale mooré, Kiidiga désigne le lieu ‘’où il y a eu trop de morts ». Face à la colonne Voulet-Chanoine composée de cinquante mercenaires aguerris et suréquipés, les guerriers du Kombéré de Mané, sous la conduite éclairée de notables intègres et du Kombéré Naaba Seebdo, ne reculèrent pas d’un pouce. Armés seulement de leurs sagaies, de leurs arcs, de leurs flèches empoisonnées, de leurs sabres et d’un courage surhumain, les combattants de Mané ont affronté la mitraille. Ils sont tombés par dizaines dans les eaux du Nakambé. Le même jour, au front de Zabr-Kuka, à un kilomètre à l’ouest, les combats se sont poursuivis avec une férocité inouïe, où les impacts de flèches sur les arbres témoins sont encore gravés dans la mémoire collective. Kiidiga ne fut pas une défaite ; ce fut le baptême de feu d’un peuple qui refusait la fatalité de la domination ! », enseigne le premier responsable en charge de la culture.
« Nos grands-parents n’ont jamais été vaincus hier. Nous ne serons pas vaincus aujourd’hui »
Selon Gilbert Ouédraogo, une mission d’inventaire scientifique et patrimonial menée sur le terrain en juillet-août 2026 par les équipes techniques du ministère en charge de la culture, en collaboration avec l’association Académie Royale Kéoogo de Boussouma, la chefferie coutumière et les enseignants-chercheurs de l’université, a permis d’établir une vérité historique majeure : la résistance de Boussouma n’était pas un fait isolé, mais un réseau structuré, un paysage mémoriel cohérent s’étendant sur quinze sites majeurs répartis dans neuf localités.
« Kiidiga n’est que la première étincelle d’un brasier de résistance patriotique qui s’est propagé étape par étape », relève le ministre, citant au passage le champ de bataille de Baad-noogo et la grotte de Silmidougou, les figures immortelles de Gnoudou, Rassablaga et du Héros de Birigui, le martyre de l’héroïne anonyme de Birigui, la dimension spirituelle de Pousmiougou à Louda et enfin, l’incendie du Palais de Wayugya et la résilience du Dîma Naaba Koom.
« Pendant des décennies, l’idéologie coloniale et néocoloniale a tenté de nous amputer la mémoire. Elle a voulu nous faire croire que notre histoire avait commencé avec l’arrivée de l’envahisseur. Cette idéologie coloniale a expressément laissé dans l’oubli et l’abandon les hauts lieux de nos luttes anticoloniales pour étouffer en nous la fierté nationale et l’esprit de résistance. Cette époque d’amnésie organisée est définitivement révolue ! Sous l’impulsion éclairée du camarade président, le capitaine Ibrahim Traoré, nous avons entrepris, avec l’ensemble des Burkinabè, une entreprise salutaire de décolonisation des esprits et de réappropriation de notre patrimoine mémoriel », a déclaré le ministre porte-parole du gouvernement, Gilbert Ouédraogo, avant de lancer un appel patriotique à la jeunesse de Mané, du Sanbontenga et du Burkina Faso tout entier : « Regardez le site de Kiidiga ! Ne laissez personne vous dire que vous êtes un peuple résigné. Vos ancêtres ont défié les plus grandes puissances coloniales de leur époque avec des flèches et une foi inébranlable. Soyez dignes de ce sang qui coule en chacun de vous ! Soyez des remparts sans faille pour la patrie ! Refusez la division, la manipulation et la lâche désertion ».
Selon des intervenants, la bataille de Kiidiga revêt donc plusieurs leçons pour les générations actuelles, dont le sens de l’honneur et de l’intérêt général, la loyauté, le patriotisme. « Nos grands-parents n’ont jamais été vaincus hier. Nous ne serons pas vaincus aujourd’hui », peut-on noter de ce devoir de mémoire.
Selon le ministre de l’enseignement secondaire et de la formation professionnelle et technique, Pr Moumouni Zoungrana, par cette commémoration, il ne s’agit pas de remuer le couteau dans la plaie (la bataille ayant coûté la vie à 70 vaillants combattants du Dima de Boussouma), mais plutôt de célébrer la bravoure, le sens de l’honneur, de la dignité et de l’intégrité des grands-parents. Le ministre Zoungrana marque un arrêt, pour louer donc le courage du président Ibrahim Traoré, qui a accepté de commémorer cette date. « Les faits que nous commémorons ne datent pas d’hier, c’est depuis plusieurs décennies. Mais, jusque-là, aucun chef d’État n’en a parlé. Seul le président Ibrahim Traoré a osé le faire pour célébrer le mérite de nos grands-parents », a-t-il exprimé dans son adresse en langue nationale et sous de fortes ovations des populations.
La journée a été matérialisée par le dévoilement, « au nom de l’État burkinabè et au regard des directives du Premier ministre », de la plaque commémorative sur ce site de Kiidiga. Le ministre Gilbert Ouédraogo a précisé que le site sera également inscrit, ainsi que les autres sites qui lui sont associés, dans l’inventaire national du patrimoine culturel.
Plus tard dans la soirée, sous la présidence du Premier ministre, a été projeté à Ouagadougou et en avant-première un film dédié à ce pan d’histoire intitulé « Kiidiga, le cri des 333 collines ». Selon le porte-parole du gouvernement, le film sera ensuite projeté à Mané sur le site de Kiidiga et dans bien d’autres localités.
O.L
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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