
Le Tribunal administratif de Ouagadougou a rendu, ce vendredi 3 avril 2026, un verdict très attendu dans l’affaire relative au concours direct sans formation pour le recrutement de 278 technologistes biomédicaux, session 2025. Saisi par des candidats estimant avoir été injustement écartés, le juge des référés a ordonné la suspension du communiqué portant liste définitive des admis, ouvrant ainsi une nouvelle phase dans ce dossier à forts enjeux.
Dans sa décision, le tribunal, statuant publiquement et contradictoirement en matière administrative, s’est déclaré compétent pour examiner la requête. Il a rejeté l’exception d’irrecevabilité soulevée par l’État burkinabè, jugé la requête recevable et partiellement fondée, avant d’ordonner la suspension du communiqué du 29 janvier 2026. Ce document consacrait la liste des candidats déclarés admis par ordre de mérite. En outre, l’État a été condamné à verser aux requérants la somme de 300 000 francs CFA au titre des frais exposés, les dépens étant mis à la charge du Trésor public.
À l’origine du contentieux, se trouve l’exclusion de plusieurs candidats déclarés admissibles à l’issue des épreuves écrites de la liste définitive après examen des dossiers physiques. C’est le cas de Abdoul Lawal Kafando, classé 69e sur les 278 postes à pourvoir. Pour lui, cette décision judiciaire vient conforter une lutte engagée depuis plusieurs semaines.

« Nous sommes ravis. Cela montre que toutes les démarches entreprises étaient fondées. Le juge vient consolider l’injustice que nous avons dénoncée sans être entendus », Abdoul Lawal Kafando, candidat admissible exclus
Tout en saluant la suspension de l’acte querellé, il affirme que les requérants entendent poursuivre leur combat « jusqu’à l’obtention d’un gain de cause total », appelant au passage les autorités à revoir les mécanismes de recrutement dans le cadre des initiatives présidentielles.
Au cœur du litige, la question des diplômes
Selon Me Abdoul Fatao Kéré, avocat des requérants, le différend repose essentiellement sur une condition jugée discriminatoire dans le processus de sélection. En effet, après avoir été déclarés admissibles, certains candidats ont vu leurs dossiers rejetés au motif que leur diplôme de licence en biologie médicale n’était pas signé par le ministère de la Santé.
Une exigence que la défense conteste vigoureusement. « Les universités publiques et privées relèvent du ministère de l’Enseignement supérieur, et non du ministère de la Santé. Il est donc matériellement impossible que leurs diplômes soient signés par ce dernier », a-t-il expliqué. À ses yeux, cette condition introduit une rupture du principe d’égal accès aux emplois publics, garanti par la Constitution et la législation en vigueur.
L’avocat soulève également une incohérence dans les critères appliqués. Alors que le concours exigeait une licence en biologie médicale, les candidats admis auraient présenté des diplômes de technologistes biomédicaux délivrés par l’École nationale de santé publique (ENSP), laquelle selon lui, « n’est pas habilitée à délivrer des licences ».
Une présomption d’équivalence au cœur des débats
Autre point de friction, la question de l’équivalence des diplômes. Pour la partie civile, les diplômes délivrés par les universités nationales, qu’elles soient publiques ou privées, devraient bénéficier d’une présomption d’équivalence dès lors qu’ils reposent sur des contenus pédagogiques similaires et sont reconnus par l’État.

« Ce ne sont pas des diplômes étrangers nécessitant une reconnaissance préalable. Il appartient donc à l’État de démontrer qu’ils ne sont pas équivalents », Me Abdoul Fatao Kéré, avocat des requérants évoquant une inversion de la charge de la preuve dans ce dossier.
Une décision aux implications immédiates
Me Kéré explique qu’en suspendant le communiqué contesté, le Tribunal administratif empêche, en principe, toute exécution de la liste des admis. Cela signifie que les candidats retenus ne devraient ni être enrôlés ni entrer en fonction tant qu’une décision sur le fond n’est pas rendue. Une situation qui pourrait impacter le fonctionnement du système de santé, dans un contexte de besoin accru en personnel qualifié.
Toutefois, l’avocat des requérants se montre prudent quant au respect effectif de la décision judiciaire. « Dans la pratique, il arrive que l’État considère que les décisions sont déjà exécutées et passe outre. Nous espérons que cette fois-ci, la décision sera respectée », a-t-il déclaré.
Au-delà de ce seul concours, cette affaire met en lumière des dysfonctionnements plus larges dans les procédures de recrutement public, notamment dans le cadre de certaines mesures spéciales. Pour les requérants, il ne s’agit pas seulement d’obtenir réparation, mais aussi de contribuer à une réforme du système afin de garantir plus de transparence et d’équité.
Hamed Nanéma
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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