La rentrée des classes s’est effectuée ce mois d’octobre au Burkina Faso. Les élèves du primaire, les lycéens et les étudiants ont repris les cours avec la fin du chevauchement des promotions à l’université. Les parents d’élèves sont heureux que leurs enfants aillent à l’école. Mais certains discours hostiles à l’école font croire à son inutilité ou à son incapacité à promouvoir l’épanouissement de la jeunesse. Le temps n’est-il pas venu de faire le point sur l’école, ses objectifs et ses valeurs ? L’école est-elle le lieu où l’on apprend à devenir riche ? Qu’est-ce que la société burkinabè cherche à transmettre, à enseigner à sa jeunesse pour l’armer à vivre dans le monde actuel et à prendre la succession des aînés ? Voulons-nous d’une école qui fasse de nos enfants de meilleures personnes, des adultes responsables qui savent prendre en charge leur vie et la société ?

Toute société a des modalités de transmission du savoir et des compétences. Dans les sociétés à tradition orale, ce sont le plus souvent les initiations des jeunes qui les préparent à la vie adulte, à la connaissance de la flore et de la faune, aux règles de la société traditionnelle comme l’intégrité. L’invention de l’écriture a entraîné la création de centres pour transmettre l’écriture et la lecture ainsi que le calcul. Les premières structures d’enseignement de l’écriture et de la lecture en Europe ont été les monastères et ensuite les écoles. Ce fut un pas de géant pour l’humanité entière.

Que de petits potaches désirant faire l’école buissonnière disent que l’école ne sert à rien est compréhensible. Que les mêmes professent que de grandes “réussites” dans le monde des affaires se sont faites sans que ces hommes achèvent leur cursus scolaire, OK. Ce n’est pas faux, et les exemples sont nombreux d’hommes d’affaires comme Bill Gates qui a quitté l’université Harvard pour lancer un business devenu une multinationale. Ce que les success stories ne disent pas, c’est qu’il n’a jamais cessé d’apprendre, de s’instruire. Mais dire à nos enfants que l’école rend bête et est inutile est l’une des plus grandes ignominies de notre temps que les réseaux sociaux permettent de propager. Quelle est la portée de tels propos ? N’est-ce pas une façon de nier le droit à l’éducation, de refuser l’école aux enfants, que seuls des fous furieux comme les terroristes font en les fermant et en tuant les enseignants ? Peut-on refuser de voir le lien entre l’absence d’instruction et la pauvreté et celle-ci avec l’insécurité ?

Plaidoyer pour l’école

Le bon sens est ce qui manque le plus aux auteurs des propos hostiles à l’école. Quand sous le président Thomas Sankara, il a été demandé aux communautés de construire des écoles et que l’État enverrait les enseignants, dans les villages sans école, l’engouement a été fort. Les populations ont construit les écoles parfois en paillotes et c’est l’État qui avait du mal à exercer sa part du contrat, si bien que les appelés du Service national populaire consacraient leur période de travail dédiée au peuple à enseigner. C’est la preuve que la plupart des paysans de notre pays qui ne savent pas lire et écrire considèrent que leurs enfants doivent accéder à la lumière du savoir et échapper à leur triste sort, de vivre dans l’obscurantisme. Louer l’école, l’éducation et les enseignants est essentiel et doit être inlassable.

C’est l’investissement le plus important pour un pays, pour des parents et pour soi-même. Un pays où la population ne cesse d’être curieuse, d’apprendre et de partager ses connaissances ne peut qu’avancer chaque jour. Avec l’école, le pays gagne en retour une amélioration de la santé, des moyens de subsistance et, à l’échelle individuelle, en faisant les bons choix de formation, on améliore ses revenus par un meilleur salaire. C’est pourquoi l’éducation fait partie des objectifs de développement durable. Nous devons soutenir l’éducation de nos enfants car ils sont l’avenir du pays et leur succès sont les fruits de notre labeur et de nos sacrifices. L’école est un outil nécessaire à leur épanouissement. Et c’est dommage que dans le monde il y ait encore 273 millions d’enfants et de jeunes non scolarisés, privés de connaissances et de compétences pour réussir dans la vie.

Le contexte international actuel fait que les États ne soutiennent plus ceux qui sont en difficulté. « Pour l’UNESCO, l’aide internationale à l’éducation va baisser de 25 % entre 2023 et 2027. Et très peu de pays accordent 4 à 6 % de leur PIB aux dépenses d’éducation. » Le Burkina Faso est dans la fourchette, mais son passif est lourd et la crise sécuritaire a annihilé certains efforts. L’Unesco préconise aussi en outre « de consacrer au moins 15 à 20 % des dépenses publiques à l’éducation pour obtenir une éducation de qualité », qui n’est pas possible sans enseignants de qualité dont la formation et la rémunération coûtent cher. Les États qui font le plus de dépenses en éducation sont parmi ceux qui ont le meilleur classement dans l’indice de développement durable. Par contre l’absence d’éducation et un mauvais système éducatif avec des abandons scolaires ont un coût économique très élevé.

L’école est un accélérateur de développement

Parce qu’on y apprend à penser. Notre monde est tel que les pays qui ont une faible surface d’esprits développés ont du mal à réussir. Ne pas avoir des enfants à l’école, c’est se priver de la contribution de certains cerveaux à son développement. Les bases de l’éducation sont l’apprentissage et la maîtrise de la lecture, de l’écriture, du calcul, de l’expression orale et écrite. Ces savoirs sont les fondamentaux qui permettent le développement du goût d’apprendre et la croissance de l’esprit critique qui individualise et autonomise les jeunes par leur capacité à penser par eux-mêmes, à argumenter et à analyser le monde. L’esprit critique est une compétence essentielle dans la résolution des problèmes.

C’est l’école qui forme les ingénieurs qui sont ceux qui résolvent les problèmes. Résoudre un problème, chercher à valider une information, est une compétence pour se rapprocher de la vérité, par la pensée logique, la capacité d’analyse. Tout cela pour mieux comprendre le monde. Qui peut nier que les conditions où l’enfant apprend à s’isoler et à réfléchir, à s’exercer ne sont pas le pli qu’il prend dans la vie face aux problèmes ? De plus l’école socialise, apprend le vivre-ensemble : avec les enfants de sa classe, les enseignants, les élèves plus âgés, il apprend à vivre dans le monde, à créer des liens, à se faire des amis, à être solidaire, à partager son goûter, etc. L’école enseigne des valeurs comme le respect, fondamental dans la vie. En apprenant à respecter les enseignants, les personnes âgées, ses camarades, les règles de vie collective, etc., c’est le citoyen qu’on forme. Une règle que l’école enseigne et qui est intuitive et/ou acquise déjà en famille est la collaboration par les exercices en groupe, les ateliers de travail où se partagent les idées et les compétences.

Dommage que l’esprit de compétition malmène parfois cette valeur. Deux valeurs que les enseignants doivent avoir sont la bienveillance et l’équité. Si l’enfant a le sentiment de l’injustice et de l’antipathie de la part de l’enseignant, il va éprouver des difficultés à se concentrer sur l’enseignement. Du côté de l’enseigné, il doit développer la valeur de l’engagement pour que l’école réussisse sa mission. L’élève doit participer à l’enseignement par ses questions, en faisant ses exercices. C’est une valeur qui est nécessaire dans le monde du travail également. L’école apprend à vivre, non pas comme une hyène qui mange des carcasses abandonnées par les lions, mais en travaillant et en vivant des fruits de celui-ci, de ses mérites. L’école est un chemin de paix et de bonheur.

Sana Guy

Lefaso.net

Source: LeFaso.net