
40 ans après la fermeture de l’Institut africain d’éducation cinématographique de Ouagadougou (INAFEC), l’Université Joseph Ki-Zerbo (UJKZ) renoue avec la formation universitaire en cinéma et audiovisuel. Ce lundi 2 novembre 2026, la première promotion de cette nouvelle filière a effectué sa rentrée académique, marquant le début d’une nouvelle étape dans l’histoire de l’enseignement cinématographique au Burkina .
Dans une salle de cours de l’Unité de formation et de recherche en Lettres, arts et communication (UFR/LAC) ce 2 novembre 2026, des étudiants en année de licence ont pris place avec leurs supports de prise de notes. Face à eux, le Pr Jean-Baptiste Coulibaly, archéologue, ouvre le premier cours de la nouvelle filière cinéma et audiovisuel. Une scène qui, au-delà de son caractère académique, marque le retour de l’enseignement universitaire du cinéma dans cette institution, quarante ans après une longue interruption.
Cette première promotion compte 34 étudiants, dont 16 en licence et 18 en master. Elle est accueillie au sein de l’UFR/LAC. Pour ces apprenants, le début des cours représente une occasion de construire des compétences dans un secteur où la passion et la pratique ne suffisent pas toujours à garantir une véritable maîtrise des métiers. Le premier rendez-vous pédagogique est consacré à l’« Introduction à l’histoire de l’art ».

Un choix qui n’est pas anodin pour le professeur Jean-Baptiste Coulibaly. Avant d’aborder le cinéma comme pratique artistique et moyen d’expression, il entend poser les bases de la compréhension de l’art et de son évolution. « Il s’agira pour moi de définir deux notions clés. La première notion qui est fondamentale, c’est l’art. La deuxième notion, c’est l’histoire de l’art », explique-t-il. Son enseignement doit permettre aux étudiants de comprendre ce qu’est l’art, comment s’étudient les phénomènes artistiques et de quelle manière le cinéma peut être abordé dans cette perspective historique.
Pour l’enseignant, connaître l’histoire d’une discipline constitue une porte d’entrée indispensable à sa compréhension. Le cours ouvrira ainsi une fenêtre sur l’histoire du cinéma, après avoir posé les fondements nécessaires à l’étude de l’art. Une démarche qui rappelle que la formation ne se limitera pas à l’apprentissage des techniques de tournage ou de montage. Elle reposera également sur une compréhension des formes artistiques, de leurs évolutions et de leurs expressions.
Former des professionnels, mais aussi des penseurs du cinéma
Cette rentrée est l’aboutissement d’un processus engagé dans le cadre de la politique de professionnalisation des formations universitaires. Pour Dr Valentine Palm Sanou, responsable de la formation cinéma et audiovisuelle et enseignante-chercheuse au département de lettres modernes, l’ouverture de cette filière répond à une orientation du ministère de tutelle visant à faire des universités des espaces où les jeunes acquièrent des compétences directement mobilisables dans le monde professionnel. « Nous sommes de retour avec le cinéma à l’université de Ouagadougou par une volonté politique », souligne-t-elle.

Elle précise que cette initiative s’inscrit dans un ensemble de créations de filières professionnalisantes destinées à rapprocher les enseignements universitaires des réalités du marché du travail. Mais le projet ne consiste pas simplement à remettre le cinéma au programme de l’université. L’ambition est de former une relève capable d’intervenir aussi bien dans la réflexion que dans la pratique cinématographique. « Nous avons l’ambition de former à la fois des théoriciens et des praticiens du cinéma, ce qui devrait nous permettre d’avoir des cinéastes beaucoup plus performants sur le terrain, des cinéastes de l’esprit, mais aussi du métier », indique Dr Valentine Palm Sanou.
La maquette pédagogique a ainsi été pensée autour de neuf profils professionnels à terme. Toutefois, pour cette première promotion, cinq domaines ont été retenus afin de tenir compte des effectifs et des moyens à mobiliser : la réalisation, la production, l’image, le montage et le son. Les autres spécialités envisagées, notamment les jeux vidéo, le cinéma d’animation et la photographie, pourraient être développées progressivement.
La responsable de la formation ne cache pas sa satisfaction de voir aboutir un projet auquel elle et ses collègues ont consacré du temps, notamment à travers l’élaboration des curricula, la définition des contenus pédagogiques et la recherche de partenaires susceptibles d’accompagner sa mise en œuvre.
Pour la directrice de l’UFR/LAC, Dr Virginie Kaboré, cette ouverture constitue également une réponse à un besoin de formation dans le secteur. Elle estime que les métiers du cinéma et de l’audiovisuel offrent des perspectives professionnelles et que l’université peut contribuer à mieux structurer les compétences dans ce domaine. « C’est une opportunité qu’on offre aux étudiants de pouvoir vraiment se professionnaliser dans le domaine des arts, du cinéma et de l’audiovisuel », affirme-t-elle. Elle salue une initiative qui permettra de donner un caractère davantage scientifique aux pratiques cinématographiques existantes.

Un héritage à prolonger
Le retour du cinéma à l’université Joseph Ki-Zerbo renvoie nécessairement à une histoire. Celle de l’Institut africain d’éducation cinématographique de Ouagadougou (INAFEC), ancienne école de cinéma rattachée à l’université, qui a fonctionné de 1976 à 1987. Sa fermeture avait laissé une interruption de près de quatre décennies dans la continuité de cette formation au sein de l’institution. La nouvelle filière ne constitue donc pas une simple création académique.
Elle représente aussi une volonté de renouer avec une expérience passée, tout en adaptant les enseignements aux réalités actuelles du cinéma et de l’audiovisuel.
Gaël Hema, étudiant de cette première promotion considère la formation comme une étape essentielle pour toute personne désireuse de faire carrière dans ce secteur. « Quand tu entreprends quelque chose, il faut vraiment se former. Et moi, je considère ça vraiment comme une aubaine qui vient vers nous, pour permettre à chacun de se former et de grandir dans ce métier-là », confie-t-il.

Son enthousiasme est également nourri par les échanges avec des professionnels expérimentés qui lui ont raconté leurs parcours et leurs expériences. Intégrer cette première promotion lui donne ainsi le sentiment d’appartenir à une nouvelle génération appelée à poursuivre et à renouveler le travail engagé par les pionniers du cinéma burkinabè.
Toutefois, derrière cette ambition se pose la question des conditions concrètes de formation. Le cinéma et l’audiovisuel sont des domaines qui nécessitent des équipements spécifiques, des espaces de pratique et une immersion dans les réalités professionnelles. La théorie doit pouvoir s’accompagner de travaux pratiques réguliers pour permettre aux étudiants de maîtriser les différents outils et métiers auxquels ils se destinent. Le président de l’université Joseph Ki-Zerbo, le Pr Antoine Béré, en est conscient. Il explique donc que l’ouverture de la filière s’inscrit dans la mise en œuvre de la carte universitaire adoptée en 2025, qui prévoit notamment une réorganisation des offres de formation et une meilleure prise en compte des besoins de professionnalisation.

Selon lui, les préparatifs ont été engagés depuis le mois d’avril 2026 pour élaborer les curricula et réunir les conditions nécessaires au démarrage des enseignements. Il salue une étape importante pour l’université, tout en reconnaissant les exigences particulières liées à une formation qui repose largement sur la pratique. « Ce sont des filières professionnalisantes qui demandent beaucoup de pratiques. Donc, il faudrait que nous travaillions à pouvoir rassembler tout le nécessaire pour permettre aux étudiants d’avoir une bonne qualité de formation », souligne-t-il.
Pour relever ce défi, l’université envisage de développer des partenariats et des conventions avec les structures et les professionnels qui évoluent déjà dans le secteur. L’objectif est de bénéficier de leur accompagnement dans le déroulement des enseignements, avant de parvenir progressivement à la mise en place d’un laboratoire propre à l’UJKZ pour accueillir et soutenir les différentes activités pratiques. Cette perspective sera déterminante pour donner à la formation toute sa dimension professionnelle car former des réalisateurs, des producteurs, des monteurs, des techniciens du son ou des spécialistes de l’image suppose de mettre les étudiants en situation de création et de production.
Farida Thiombiano
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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