
En novembre 1975, le régime du président Sangoulé Lamizana tentait de mettre en place un parti unique en Haute-Volta. En réaction à ce passage en force, les centrales syndicales avaient organisé les 17 et 18 décembre de la même année une grève générale qui transforma Ouagadougou en une ville-morte. A l’occasion du 41e anniversaire de cette mobilisation jugée historique par les acteurs, la Confédération générale du travail du Burkina (CGT-B) a organisé, ce samedi 17 décembre 2016 à Ouagadougou, une conférence publique sur les politiques libérales et néo-libérales et leurs conséquences sur les travailleurs et les populations.
Au commencement étaient les programmes d’ajustement structurel (PAS). Ensuite le cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP), puis la Stratégie de croissance accélérée et de développement durable (SCADD) et aujourd’hui le Plan national de développement économique et social (PNDES).
Pour la Confédération générale du travail du Burkina, toutes ces formulations recouvrent une même réalité, les PAS. « Tous les pays qui s’y sont aventurés ne se sont plus relevés », a déploré l’un des conférenciers Dominique Yaméogo, par ailleurs secrétaire général de l’Union régionale de la CGT-B du centre. Il en veut pour preuve le cas de la République démocratique du Congo « véritable scandale de richesses géologiques » depuis l’adoption du PAS, un programme créé par des libéraux et néo-libéraux et qui a creusé un grand fossé entre les riches et les pauvres. Le conférencier a en mémoire la trentaine de sociétés soit restructurées soit liquidées et les 7050 emplois supprimés du fait de l’adoption de ces programmes.
Le libéralisme et ses principes
Pour mieux cerner les PAS, une compréhension du libéralisme s’impose. A quand remonte-t-il ? Au 18e siècle. Ses principaux penseurs sur le plan économique et politique étaient Adams Smith et John Locke. Le succès de cette idéologie, selon le Pr Mamadi Sawadogo, coordonnateur national du manifeste pour la liberté, a débuté véritablement dans les années 1970 après la crise de l’Etat providence (conception selon laquelle on appelle l’Etat à jouer un rôle important). Le néolibéralisme qui est une redécouverte du libéralisme a connu un grand bond avec la chute du mur de Berlin à la fin des années 80
Quels sont ses grands principes ? Pour le Pr Sawadogo, ils tiennent en trois points : la sacralisation du marché, la vision minimaliste du rôle de l’Etat et la consécration de la compétition sociale. En clair, pour le néolibéralisme la relation marchande est fondamentale dans la vie sociale, ce qui entraine des inégalités ; l’Etat ne doit pas beaucoup intervenir dans la vie économique, il doit se mettre à l’écart pour laisser le marché se déployer. L’accumulation des richesses est un droit et elle doit être institutionnalisée pour les néolibéraux.
L’option du Burkina
Pourquoi le Burkina Faso a-t-il opté pour les programmes d’ajustements structurels fondés sur l’idéologie néo-libérale ? Dans son exposé, le Dr Claude Weta, secrétaire exécutif du réseau national de lutte anti-corruption (REN-LAC) a rappelé que plutôt que d’opter pour le Cadre africain de réflexion sur les programmes d’ajustement structurel (CARPAS) qui a permis d’identifier les problèmes posés aux économies africaines, les autorités de l’époque ont choisi les PAS. La raison évoquée : « Sous le poids de distorsions devenues insoutenables et de rigidités structurelles, la croissance annuelle du PIB réel au Burkina Faso qui était de l’ordre de 4% entre 1980 et 1988, est tombée à 1.6% entre 1989 et 1990. ».
Les conséquences du néolibéralisme et des PAS
Plutôt que d’adopter des politiques pour relancer l’économie, le Burkina Faso comme la plupart des pays africains ont donc adopté, à en croire le conférencier, les PAS, des politiques déflationnistes qui refroidissent l’économie, réduisent les dépenses étatiques ; ce qui occasionna des coupes budgétaires dans les secteurs de santé, de l’éducation et de l’assistance sociale.
Entre 1994 et 2009, le pouvoir d’achat des Burkinabè a progressivement chuté. « 5% des Burkinabè détenaient 20% des richesses alors que la même quantité de richesses était détenue par 50% des habitants », a indiqué Claude Weta. Pour lui, les responsables de cette situation ne sont autres que les institutions de Bretton Woods : le Fonds monétaire international qui a poussé les Etats à la dévaluation du F CFA et la Banque mondiale qui a donné un coup d’accélérateur aux politiques de libéralisation.
Est-ce la fin ? « Non », espère Dominique Yaméogo. Pour lui, la situation n’est pas perdue et seule une mobilisation des organisations syndicales et du peuple contre les politiques libérales sont nécessaires pour sauver des sociétés jusque-là en ligne de mire de la privatisation telles que la Société nationale d’électricité burkinabè (SONABEL) et l’Office national de l’eau et de l’assainissement (ONEA).
Herman Frédéric Bassolé
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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