
La tribune ci-après est de Assétou Diallo, chercheur, doctorante à l’école doctorale de droit de la Sorbonne. Tout en déplorant les relents ethnicistes et régionalistes des réactions consécutives à la sortie de l’ancien ministre de la Culture à l’émission « Surface de vérité » sur BF1, notre compatriote interpelle à la nécessité d’une union de tous les Burkinabè pour pouvoir espérer relever les défis du moment.
Le passage de Monsieur Tahirou Barry, ex ministre de la Culture, des Arts et du Tourisme sur BF1 le dimanche 12 novembre a déclenché une polémique au Burkina Faso tant dans les médias que sur les réseaux sociaux…
Force est de constater que certains écrits, commentaires à des posts et tweets relatifs à l’émission, des propos de certains responsables et militants politiques tombent dans les travers de l’essentialisation et donc sous le coup de la loi (article 132 CPB).
Essentialiser, c’est réduire un individu à une seule de ses caractéristiques visibles ou supposées, mais également, et c’est cela le pire, c’est établir un prétendu lien de causalité entre ce qu’on lui reproche et son appartenance à un groupe racial, ethnique, religieux, etc… Ce qui revient à identifier des individus à leur ethnie ou à réduire des groupes ethniques aux comportements de quelques individus.
Essentialiser, c’est réduire un individu à une seule de ses dimensions. C’est le propre des ethnicistes qui utilisent un discours péjoratif et ou infamant sur le groupe visé.
Au-delà du contenu positif ou négatif des stéréotypes, l’activité de catégorisation, de totalisation et de limitation de l’individu à des propriétés préconçues n’est en soi pas une activité neutre du point de vue des valeurs. Dans cette perspective, voir et penser le monde social dans les catégories de l’ethnie relève déjà d’une attitude ethniciste.
Cette idéologie peut entraîner une attitude d’hostilité ou de sympathie systématique à l’égard d’une catégorie déterminée de personnes. C’est en cela que les propos de Martin Niemöller (1892/1984 Pasteur protestant arrêté en 1937) analysé au regard de l’actualité trouve tout son sens. Ainsi il soutenait : « D’abord, ils sont venus pour les socialistes et je n’ai rien dit parce que je n’étais pas socialiste. Puis, ils sont venus pour les syndicalistes, et je n’ai rien dit parce que je n’étais pas syndicaliste. Puis ils sont venus pour les juifs, et je n’ai rien dit parce que je n’étais pas juif. Puis ils sont venus pour moi et il n’y avait plus personne pour me défendre… ».
Par analogie, dans un contexte parallèle tout comportement dissident, déviant ou simplement « déplacé » de la part d’un jeune issu de la colonisation fait l’objet de jugements moraux qui s’apparentent, par leur outrance, leur généralité et leur contenu, aux doléances du colon à l’encontre du colonisé. C’est ainsi qu’on parle, aujourd’hui comme au temps des colonies de « décivilisés », de « sauvageons » ou de « barbares », de « défaut d’éducation » et de bamboula. Le professeur Laurent Bado sur la caractériologie des nations maintenait à l’occasion d’un meeting politique que « les Arabes sont fourbes, les Français sont vantards, les Juifs sont pingres, les Italiens sont escroc etc… ».
L’être humain est trop complexe pour être réduit à un seul qualificatif. Et qui plus est, l’essentialisation crée un phénomène dangereux qui, au lieu de rassembler les citoyens sur ce qu’ils peuvent avoir en commun, ne fait qu’exacerber des différences bien souvent montées en épingle à des fins électorales.
L’histoire longue et récente est truffée d’exemple confirmant que le seul déterminant de notre comportement social et politique demeure l’éducation reçue. La faillite morale n’a ni ethnie, ni race, ni couleur. De ce fait, le codificateur burkinabè devrait faire évoluer le code pénal qui vise en son article 132 les délits à caractère racial, régionaliste et qui sont punis d’un emprisonnement de 1 à 5 ans.
Nous ne pouvons pas nous payer au Burkina Faso, le luxe de la désunion et de la division. Capitaliser sur nos acquis est un passage obligé pour espérer délaisser les débats chimériques et préfabriqués, pour faire face aux défis et enjeux du nouveau monde en ce sens où partout ailleurs la résistance s’organise.
Assetou DIALLO
Doctorante/chercheur, Energie-Environnement-Infrastructure
Ecole doctorale de droit de la Sorbonne (EDDS)
Département de droit international et européen
Centre Panthéon
Mail : dialloassetou2010@gmail.com
Source: LeFaso.net
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