
Connu, sur Lefaso.net pour ses prises de position d’abord sur la modification de l’article 37 contre laquelle il était farouchement hostile, puis pour son soutien sans faille à l’ex-Premier ministre Zida qu’il défend toujours aussi ardemment, Christophe Dabiré a bien voulu nous accorder l’interview suivante, lors d’un passage dans son Faso natal.
Ce qu’une personne lit en dit long sur ses centres d’intérêts. En rendant visite à Christophe Dabiré en ce début de soirée, nous avons de par ce principe deviné que la politique revêtait un intérêt tout particulier pour lui. C’est tout naturellement qu’il nous a partagé les appréciations qu’il fait sur les hommes politiques burkinabè. L’on aura retenu des propos que Christophe Dabiré est et reste un indéfectible pro- Zida qui est à son avis, un vrai patriote, voire un grand homme.
Lefaso.net : A quoi votre engagement doit-il son explication ?
Christophe Dabiré : Je suis intervenu sur Lefaso.net suite à une lettre du Professeur Etienne Traoré au président Compaoré en 2013 dans laquelle, il était certes critique mais trop respectueux à mon avis. Je lui rappelé le texte de Kant qui édicte que le respect n’implique pas la soumission. Ça a commencé ainsi avant que l’on ne vire dans les domaines philosophiques et politiques, et avec un collègue du nom de Mamadou Djibo. Nous parlions donc de la situation politique du pays. J’ai tout naturellement bien accueilli la révolution d’Octobre 2014.Trois ans après, je ne ressens le moindre regret.
N’avez-vous pas l’impression qu’à cause des difficultés sociales, la population est nostalgique du régime Compaoré ?
J’ai cru avoir perçu de la déception mais pas de la nostalgie. Par contre, si nostalgie il y a, j’imagine d’où elle vient.
Le changement auquel vous vous attendiez s’est-il produit ?
Si les gens sont déçus, c’est sans doute avec raison. Pour ma part, je m’attendais à une révolution dans le sens du changement radical, une rupture franche d’avec le passé. Cette rupture n’a pas encore eu lieu.
Est-ce à dire que vous êtes donc prêt à reprendre la plume ?
Bien sûr et je n’ai jamais cessé d’écrire. Il y a moins de trois mois, j’ai écrit une série d’articles intitulé « Où sont les insurgés ? » au vu de la déception qui prévaut. Actuellement, la situation politique nationale est marquée par la crise aussi bien à l’Union pour le progrès et le changement(UPC) que dans la majorité avec la démission de Tahirou Barry. Ce sont des faits qui méritent analyse.
Alors, comment les analysez-vous ?
Pour ce qui est de la majorité, je dirais que la démission de Tahirou Barry pose problème parce que qui dit démission dit mission. Il a critiqué les autres sans faire son propre bilan. C’est à croire qu’aucune mission ne lui a été confiée. J’ai l’impression qu’on nomme pour nommer sans demander à la personne d’avoir des résultats quelconques. C’est un aspect qui n’a pas changé dans la manière de faire la politique au Burkina Faso.
Vous êtes connu pour défendre mordicus l’ex-Premier ministre Zida dont le rôle dans les évènements des 30 et 31 octobre intéresse la justice. Votre opinion a-t-elle changé à son sujet ?
[Indiquant un journal posé sur la table] Pas du tout ! Voyez ce journal ! C’est l’Etalon enchainé. J’y ai découvert des choses différentes de ce que l’on dit. C’est une bonne chose que la justice veuille l’interroger et je l’ai même interpellée à travers mes écrits où je dis que le Faso n’est pas la MACO. Mon opinion sur Zida reste intacte. Quant à l’acte d’accusation, je trouve qu’il est, le moins que l’on puisse dire, vague. Que lui reproche-t-on ? D’être sur le terrain pendant les troubles ? Y a quoi d’extraordinaire qu’un haut gradé soit sur le terrain alors que le pays est secoué par des troubles.Il était le chef des opérations du RSP…
Ça ne suffit pas pour établir un acte de culpabilité. Comme je l’ai dit, je suis pressé qu’il vienne prouver son innocence.
Sauf qu’il ne le fait pas. N’est-ce pas la preuve qu’il a des choses à se reprocher ?
Où l’inverse… Peut-être qu’il est en train d’observer, qu’il a choisi de laisser les choses venir parce qu’il est sûr de lui. Du reste, à mon avis, il y a beaucoup de choses à observer.
Quoi par exemple ?
Le procès des généraux. Vous voyez que les langues ont commencé à se délier. Il en va de même de la situation en Côte d’Ivoire. Rappelez-vous qu’après les écoutes, il a exigé avec virilité qu’on respecte le Burkina. Ce qui est troublant, c’est non pas le silence de Zida, mais celui des autres. Depuis qu’il est au Canada, il se passe beaucoup de choses qui ne sont pas forcément en sa défaveur. Mais pour comprendre ça, il faut une analyse approfondie que beaucoup s’abstiennent de faire.
Comment entrevoyez-vous l’avenir du Burkina Faso ?
Il s’inscrit dans celui du monde entier, je suppose. Pour revenir au cas Zida, je l’ai toujours considéré comme un grand homme. Le grand homme étant celui qui malgré ses défauts, n’est pas pire que les autres. C’est pourquoi, je pense que même avec ses défauts, Zida est un grand homme non pas en termes de sainteté, mais par rapport aux autres. Et parmi ce que le Burkina a comme hommes politiques, je ne vois pas meilleur que Zida.
Peut-on s’attendre à vous voir un jour descendre dans l’arène politique ?
Ce n’est pas mon rôle. Le mien consiste à analyser en tant que philosophe.
Vous êtes bien un citoyen…
Oui, mais un citoyen qui se contente de faire des analyses.
C’est donc exclu ?
Si la manière de faire la politique ne change pas, je dirais oui. Au Burkina Faso, on ne débat pas sur les idées. C’est d’ailleurs, je crois, l’une des raisons de la déception de la population aujourd’hui. Un débat permet de choisir le meilleur dans un groupe. Ça n’a jamais eu lieu au Burkina.
Si d’aventure, vous vous engagiez un jour, sur quoi mettrez-vous l’accent pour le bien-être du pays ?
Le développement passe par le développement de nos propres mentalités. Je ne pense pas qu’on puisse se développer avec les mentalités actuelles. Je ne suis pas pessimiste, seulement triste…
Quelles sont les mentalités qu’il nous faut adopter ?
Ce sont des valeurs qui fassent avancer. Nos aïeux discutaient sur l’arbre à palabre et trouvaient des solutions. C’est là que tout doit commencer. Pour le moment, nous sommes loin d’avoir pris ce chemin-là.
Propos recueillis par Soumana Loura
(stagiaire)
Source: LeFaso.net
Commentaires récents