
L’interrogatoire du général Gilbert Diendéré s’est poursuivi ce vendredi 7 décembre 2018, à la barre du tribunal militaire. Les avocats des parties civiles ont continué leurs questionnements pour comprendre le niveau d’implication du père spirituel de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP) dans le coup d’Etat de septembre 2015.
Ce 8e jour de comparution du général Gilbert Diendéré a été essentiellement marqué par la suite des questionnements des avocats des parties civiles. A la manœuvre, Me Pierre Yanogo. Il demande au général pourquoi il n’a pas renvoyé les soldats vers le commandement du RSP, lorsqu’ils sont venus l’informer que les autorités étaient mises aux arrêts. Au lieu de cela, il a pris les rênes et a même instruit le chef de corps de sonner l’alerte. Les renvoyer, « cela ne serait pas responsable de ma part », répond l’accusé. Diendéré dit avoir appelé le commandement pour trouver une solution.
L’avocat se demande si l’accusé, dès son arrivée au camp Naaba-Koom II, a cherché à rencontrer le président de la Transition, Michel Kafando, qui était retenu. « Je n’ai pas cherché à le rencontrer. Ni lui, ni la hiérarchie militaire », reconnaît Diendéré, en substance. Avant le coup de force du 16 septembre 2015, le général Diendéré dit avoir à maintes reprises fait cas de la situation délétère qui prévalait et le président du Faso avait pris l’engagement de résoudre cette affaire en ne dissolvant pas le RSP. Il pouvait même délocaliser le corps de la présidence et l’envoyer au Nord ou à l’Est, selon l’accusé. Il ne fallait pas casser l’organisation sécuritaire.
« S’il n’y avait pas eu le coup d’Etat, les élections n’auraient jamais eu lieu »
Me Yanogo trouve curieux que le coup d’Etat soit intervenu quelques jours avant la fin de la Transition, à la veille de l’élection présidentielle et des législatives. Pour Gilbert Diendéré, s’il n’y avait pas eu le coup d’Etat, les élections n’auraient jamais eu lieu, puisque le Premier ministre Zida préparait un coup pour prolonger la Transition. « Aujourd’hui, on serait toujours dans un Etat d’exception », lance-t-il.
« Avez-vous saisi la hiérarchie militaire ? », questionne l’avocat. « J’en ai parlé à la hiérarchie », rétorque Golf. Il dit en avoir parlé à d’autres personnes dont l’actuel président du Faso, Roch Kaboré, candidat du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) en son temps.
Sur cette affirmation, l’avocat lance à l’accusé : « C’est pour devancer le coup d’Etat de Zida que vous avez fait pour vous ? » (Rires dans la salle d’audience). Sans pour autant répondre à la question, Diendéré, dans une dose d’humour, lâche : « C’est pour que vous puissiez arriver au pouvoir ».
Tout en expliquant que Me Pierre Yanogo (élu maire de l’arrondissement N°2 de Ouagadougou sous la bannière du MPP, parti au pouvoir) devrait remercier les soldats du RSP pour ce coup d’Etat. Il est convaincu qu’un jour viendra où cela sera reconnu.
A la suite des avocats des parties civiles, les avocats de Gilbert Diendéré ont repris la parole pour formuler des observations sur les différentes questions posées à leur client par la partie civile. Pour Me Mariam Kanyili, ce dossier a subi trois années d’instruction et cela fait neuf mois que les auditions ont débuté sans que l’on ne sache qui est l’auteur du coup d’Etat. Elle en déduit que c’était un simple mouvement d’humeur qui n’a pas été maîtrisé.
L’audience se poursuivra le lundi 10 décembre 2018.
Marcus Kouaman
(kmagju@gmail.com)
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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