
Les débats sur les 160 millions de francs CFA du général Gilbert Diendéré se sont déroulés dans l’après-midi du 14 décembre 2018 au tribunal militaire délocalisé dans la Salle des banquets de Ouaga 2000. Quelle est la provenance d’une telle somme dont une partie a été distribuée à certains militaires du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) ? Alors que l’audition de ‘’Golf » tirait à sa fin, cette nouvelle affaire a alimenté les débats toute la soirée, et cela se poursuivra certainement en ce début de semaine. Les documents fournis par l’accusé pour convaincre le tribunal qu’il s’agissait d’un prêt bancaire n’ont convaincu que ses seuls avocats.
Une chose est certaine, l’argent a circulé pendant le coup d’Etat de septembre 2015. Le présumé cerveau du putsch, le général Gilbert Diendéré, a, par exemple, remis la somme de 160 millions de francs CFA au chef d’état-major particulier du président d’alors, le colonel-major Boureima Kiéré. Cette somme, selon ‘’Golf », devait servir à répondre aux besoins sociaux de la troupe qui lui en avait soumis la doléance. « Mais d’où vient cette colossale somme d’argent ? », avait demandé les avocats de la partie civile. A en croire l’intéressé, c’est le fruit d’un prêt contracté en banque, et il avait mis en garantie sa maison pour l’obtenir.
Les avocats étaient alors revenus à la charge pour demander à l’accusé s’il avait les documents justifiant ledit prêt. « Affirmatif », rétorquait le général. Eh bien, le 14 décembre 2018 dans la soirée, ledit document remis à toutes les parties, a été discuté. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est une autre affaire dans la principale.
Le parquet est le premier à monter au créneau. Le document versé par Diendéré est plutôt un procès-verbal d’une condamnation du général qui s’est constitué lui même en garantie pour qu’une société soit bénéficiaire d’un prêt. Ladite société n’ayant pas rempli sa part de son contrat de remboursement, la banque condamne donc le général Diendéré. Le dossier de ce prêt a été monté depuis 2013. Le procès-verbal que Diendéré présente au tribunal, lui, est en date du 11 janvier 2018.
Donc, le procès-verbal est envoyé par la banque à ‘’Golf » parce qu’il s’est proposé comme garantie pour que la société, spécialisée dans l’achat et l’exportation de produits agricoles, bénéficie du prêt. « Nulle part, il ne ressort que le général a contracté un prêt », avance le ministère public pour qui, il est simplement demandé à l’accusé de fournir les pièces qui prouvent que lui-même a contracté un prêt et a mis sa maison en garantie, comme il l’avait dit à la barre.
Pour le général, le document prouve qu’il a effectivement contracté un prêt et a été condamné par la banque parce qu’il n’a pas remboursé. Mais cet argument ne semble pas prospérer. Alors, l’éphémère président du Conseil national de la démocratie (CND) explique qu’il a aidé des proches à contracter le prêt. L’argent n’ayant pas été totalement dépensé, il a sollicité le reste quand il était dans le besoin, notamment pour contenter ses hommes pendant le coup d’Etat.
« Vous êtes sûrs que vous ne vous êtes pas trompé de pièces ? », lui demande Me Prosper Farama de la partie civile. Il insiste, l’accusé ne répond ni par oui, ni par non. « Nous sommes déroutés, c’est la caractéristique d’une partie de votre défense », entonne l’avocat. Pour lui, les pièces fournies prouvent simplement qu’une société a contracté un prêt. « Ou bien vous voulez dire que la société est à vous ? », interroge Me Farama avant de poursuivre en expliquant au général qu’il y a une différence entre une caution personnelle et hypothécaire. « Franchement, je m’attendais à quelque chose de plus défendable », note Me Prosper Farama pour qui, même sur des choses les plus simples, l’accusé ne se sort pas de la situation.
« Vous dites que vous avez contracté un prêt de 160 millions pour distribuer à la troupe, que vous avez la preuve. Aujourd’hui, vous dites que vous avez aidé des proches à contracter un prêt », ajoute l’avocat qui conclut que c’est à ne rien comprendre.
Les avocats du général Gilbert Diendéré volent alors à sa rescousse. Ils tentent de convaincre le tribunal, mais le parquet et la partie civile restent inflexibles. Entre ce que le général a dit et les documents qu’il verse au dossier, il y a bel et bien un hiatus.
Il faut noter que lors des enquêtes, l’ancien chef d’état-major particulier de Blaise Compaoré avait fait savoir qu’il avait reçu les 160 millions de F CFA de la part d’un général ivoirien.
Les débats ont été suspendus sur ce nouvel élément qui pourrait bien alimenter le débat en ces premiers jours de la semaine.
Tiga Cheick Sawadogo
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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