
À Ouagadougou, rares sont ceux qui s’imaginaient qu’un topographe, habitué aux terrains et aux cartes, pourrait devenir l’une des plus grandes voix poétiques. Pourtant, c’est bien ce parcours qu’incarne Drissa Zerbo. Avec son œuvre poétique intitulée « L’Éveil des plaines », il a remporté le premier prix de la 7ᵉ édition du Grand prix de poésie Thomas Sankara. Inspiré notamment par des écrivains de renom comme Nazi Boni et Bernadette Dao, il arrive tant bien que mal à concilier ses deux passions et à tracer son bonhomme de chemin entre les chantiers et les vers.
Casque de chantier à la main le jour et carnet de notes la nuit, Drissa Zerbo partage sa vie entre la topographie, son domaine de prédilection choisi par ses études, et la puissance des mots. À 40 ans, cet homme discret a réussi à relier deux univers visiblement opposés. Mais, pour ce passionné, ce sont deux mondes complémentaires.
« En tant que topographe, vous êtes appelé à parcourir votre pays dans toute sa richesse et dans toute sa diversité. Quand, au-delà de cela, vous êtes passionné d’écriture, votre métier devient naturellement votre source première d’inspiration. Il vous permet de faire le tri entre les idées reçues et les potentialités réelles de votre pays. Il vous fournit suffisamment de matière pour construire des textes qui sortent du cercle vicieux des clichés. Ce sont donc deux univers, deux métiers, avec beaucoup plus de complicité qu’on pourrait croire », a-t-il expliqué.
À l’entendre, le métier de topographe qu’il exerce depuis 2009 intervient pour lui comme une source d’inspiration dans l’écriture. Homme de mesures, Drissa Zerbo sillonne les périphéries urbaines et les zones rurales, relevant chaque courbe de terrain avec précision et rigueur. Mais derrière les appareils de mesures se cache un amoureux des vers et des strophes.
Depuis son jeune âge, il a nourri cette passion pour la littérature. En effet, dès le lycée, il s’essayait déjà à travers quelques manuscrits, même sans certitude aucune. Il parvient en 2023 à en faire un véritable roman.
« La poésie entre dans ma vie assez tôt. Ce n’est pas un moment que je saurais situer exactement dans le temps, mais elle a le mérite d’être pour moi à la fois le genre littéraire le plus attachant et le plus exigeant. Je m’y suis essayé sans conviction dès le lycée sans aller plus loin. Elle occupe ensuite quelques pages dans l’un de mes tout premiers manuscrits, devenu pourtant un roman, paru tardivement en 2023 sous le titre « Sous le voile, la lumière » », a-t-il fait comprendre.
Son œuvre « Sous le voile, la lumière » relate le mariage à l’improviste d’une élève en classe de 3ᵉ, qui rêvait d’aller au bout de ses études afin d’accomplir de grandes ambitions.

Trois ans plus tard, le nom de Drissa Zerbo résonne bien au-delà des cercles littéraires. Son recueil de poèmes « L’Éveil des plaines » lui vaut le Grand Prix de poésie Thomas Sankara en mars 2026. Une œuvre poétique qui invite à poursuivre la résilience, à accroître la vigilance, à ne pas baisser la garde face à un ennemi qui ne partage pas forcément les mêmes valeurs que nous. À travers ce poème, Drissa Zerbo s’adresse aux peuples qui sont, certes, éprouvés, mais qui devraient vivre le présent comme l’ultime chance qui leur rendrait le droit d’exister.
Il ne manque pas de souligner que ce prix a eu un impact dans sa vie. « Ce prix change énormément de choses pour moi. Il change mon propre regard sur une passion d’enfance. Il vient avec ses exigences et pose désormais de nouvelles conditions de qualité. C’est un nouvel élan qu’il impulse », a-t-il poursuivi.
Même si l’écriture joue un rôle important dans sa vie, elle restera toujours un métier de second plan qu’il exercera dans la discrétion et surtout à ses temps libres car, dit-il, « entre un métier de formation et un métier de cœur, il est parfois difficile de trouver l’équilibre, le temps étant une denrée indéfiniment rare. Beaucoup de projets d’écriture attendent que je trouve du temps pour enfin connaître le jour. L’avenir connaît certainement les plus chanceux d’entre eux ».
Motivé par de grands écrivains comme Nazi Boni, Bernadette Dao, Drissa Zerbo indique que l’œuvre « L’éveil des plaines » demeure une expérience pour lui. Cependant, le poème est parti d’un constat à la fois amer et révoltant, celui d’avoir réalisé à quel point chaque seconde compte lorsqu’on est engagé dans une lutte de libération totale. En écrivant ces vers, il n’était pas question d’inspiration, mais plutôt d’une opportunité d’exprimer ce qu’il ressent.
« Ce texte reste une expérience particulière d’écriture. Je le vois plutôt comme un conte où chaque mot, chaque vers, chaque strophe, ne connaît son achèvement qu’à la lumière du prochain », a-t-il ajouté.
Originaire de la commune rurale de Gassan dans la province du Nayala, il confie qu’après cette reconnaissance, les lecteurs auront un recueil de poèmes ainsi que d’autres textes si toutefois les conditions de réalisation sont réunies.
Cependant, il affirme que s’il devait résumer son poème en une phrase, ce serait la suivante : « La tempête qui a fait chavirer le navire burkinabè par le passé pourrait le refaire si nous commettons l’erreur de penser qu’elle n’est plus à bord. » Du reste, Drissa Zerbo est le signe que l’on peut toujours vivre sa passion même si les études nous conduisent à emprunter une autre voie. Il faut juste se donner les moyens d’y croire pour y arriver.
Muriel Dominique Ouédraogo
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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