
Entre lutter pour avoir du lait, baisse des dons et difficultés administratives, l’orphelinat Sainte-Thérèse de Loumbila poursuit son combat quotidien pour offrir un avenir aux enfants vulnérables qu’il accueille. Face aux risques d’abandon scolaire, les responsables portent également un ambitieux projet de construction d’un lycée destiné aux pensionnaires et aux enfants vulnérables.
Il est 9 heures lorsque nous franchissons le portail de l’Orphelinat Sainte-Thérèse de Loumbila. Contrairement à l’agitation habituelle de ces lieux accueillant des enfants, le silence règne ce matin-là dans la cour de l’orphelinat géré par l’association les Voix de l’Espérance. Seuls du bruit de nourrissons et des ustensiles rompent le calme.
Dans une salle, les tout-petits âgés de zéro à douze mois prennent leur lait et leur petit-déjeuner sous le regard attentif du personnel. Les plus grands, eux, sont déjà à l’école. À quelques mètres de là, sœur Cécile Dah, directrice de l’orphelinat, balai à la main, s’affaire à rendre les lieux propres avant de venir nous accueillir avec un sourire empreint de fatigue.
Depuis 30 ans, l’orphelinat Sainte-Thérèse recueille des enfants vulnérables, abandonnés ou en difficulté familiale. Lors de notre passage, l’établissement compte une trentaine d’enfants, dont douze nourrissons de zéro à douze mois. En début d’année pourtant, ils étaient quarante. Certains ont rejoint leurs familles, d’autres ont été accueillis dans des familles d’adoption. « Le nombre peut augmenter ou diminuer parce que des enfants arrivent pendant que d’autres partent », explique sœur Dah. Mais derrière l’apparente sérénité des lieux se cache une lutte quotidienne pour assurer la prise en charge des pensionnaires.
Le lait, une urgence permanente
Dans cet orphelinat, le lait est une priorité absolue. Les nourrissons n’ont besoin que de cela pour grandir normalement. « Les tout-petits ont besoin de lait en permanence parce qu’ils ne consomment que ça. C’est une obligation pour nous qu’il y ait du lait pour ces enfants », confie la religieuse. Pour les plus grands, la situation n’est guère plus simple. « Quand ils ont faim, ils commencent à pleurer. Il faut leur trouver à manger. Il n’y a pas d’excuses. Ce sont des enfants, ils ne comprennent pas », ajoute-t-elle.
Pour faire face aux besoins des enfants, l’orphelinat tente de survivre grâce à des activités génératrices de revenus. Une boulangerie et une unité de production de spiruline ont été mises en place afin de contribuer aux dépenses quotidiennes. « Nous faisons de la spiruline d’abord pour les enfants et c’est le surplus qui est vendu. Nous ne pouvons pas nous asseoir pour attendre les dons pour pouvoir prendre en charge les enfants. Ces enfants ont besoin d’avoir le nécessaire comme tout enfant », précise la religieuse. Malgré ces initiatives, les charges restent lourdes. L’orphelinat doit non seulement nourrir les enfants, mais aussi assurer le salaire du personnel qui les accompagne au quotidien. « Derrière chaque membre du personnel, il y a aussi des familles. Malgré nos efforts, ce que nous gagnons ne suffit pas », regrette la directrice.
Construire un lycée pour éviter l’abandon scolaire
Au-delà des besoins alimentaires, un autre combat préoccupe particulièrement les responsables de l’orphelinat : l’éducation des enfants après le primaire. Depuis décembre dernier, l’association a lancé un appel aux personnes de bonne volonté pour soutenir un projet de construction d’un lycée destiné aux enfants vulnérables. L’objectif est de permettre aux pensionnaires de poursuivre leurs études sans interruption. Selon sœur Cécile Dah, de nombreux enfants abandonnent l’école une fois retournés dans leurs familles. « Nous avons constaté que lorsque les enfants quittent l’orphelinat, beaucoup arrêtent l’école par manque de moyens. Ils deviennent des cas sociaux alors qu’on souhaiterait qu’ils poursuivent les études pour avoir un certain niveau », déplore-t-elle.
Le démarrage des travaux, initialement prévu pour le mois de mars, a cependant été retardé par des difficultés administratives liées au renouvellement du récépissé de l’association. « Nous sommes actuellement en train de faire les papiers pour l’obtention du récépissé parce qu’il a expiré », explique la directrice.
À ces difficultés financières s’ajoutent des problèmes quotidiens qui compliquent davantage la vie des enfants et du personnel. Les fréquentes coupures d’électricité rendent les nuits particulièrement éprouvantes, surtout pour les nourrissons. « Quand le courant se coupe, tous les enfants se mettent à pleurer. C’est difficile pour nous et pour le personnel. Un dimanche après le culte, un fidèle m’a demandé comment nous faisons avec les enfants lorsqu’il y a des coupures. Je lui ai expliqué ce que nous vivons. Le lendemain, il nous a apporté des ventilateurs rechargeables. Son don nous soulage vraiment ces temps-ci. C’est une lutte en permanence pour que ces enfants ne manquent de rien. Nous sommes mobilisés 24 h/24 h pour que tout fonctionne bien. Certains pensent que nous avons de l’argent alors que non. Dieu seul sait comment nous nous battons pour avoir le minimum pour ces enfants », raconte la sœur.
Lors de notre passage, les fils des plaques solaires installées dans l’orphelinat venaient d’être sectionnés par des voleurs. « Bonjour ma sœur, je viens pour vous informer que les voleurs nous ont rendu visite aujourd’hui encore. Les fils des plaques solaires ont été coupés cette nuit. Ils ont tenté d’enlever les plaques mais ils n’ont pas pu donc ils ont coupé les fils », a informé le vigile alors que nous étions en train de visiter l’unité de production de la spiruline. Après l’annonce des dégâts, l’inquiétude s’est installée automatiquement sur le visage de la directrice. « C’est la quatrième fois que nous subissons ce type de dégâts », nous dit-elle avec un sourire de tristesse. Et d’ajouter : « Il faut trouver une solution rapidement. Quand on résout un problème, un autre survient ».
Un appel à la solidarité
Aujourd’hui, les besoins les plus urgents de l’orphelinat concernent le lait infantile et la scolarisation des enfants. « Si nous pouvions avoir des personnes de bonne volonté pour nous aider avec le lait, cela va vraiment nous soulager », lance sœur Cécile Dah. Elle plaide également pour le parrainage scolaire des enfants qui quittent l’orphelinat afin qu’ils puissent poursuivre leurs études malgré leur vulnérabilité. Avant de nous quitter, la directrice adresse ses remerciements à tous ceux qui soutiennent l’orphelinat par des dons ou des gestes de solidarité.
Dans le calme de l’orphelinat Sainte-Thérèse de Loumbila, les nourrissons continuent de boire leur lait pendant que les plus grands apprennent à l’école. Derrière chaque sourire d’enfant se cache pourtant une bataille quotidienne menée dans l’ombre par des femmes et des hommes décidés à leur offrir un avenir meilleur.
Rama Diallo
Lefaso.net
Source: LeFaso.net

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