À l’approche de la fête de la Tabaski (célébrée le mercredi 27 mai 2026), l’imam Alidou Ilboudo, coordonnateur du Centre culturel islamique du Burkina (CCIB), revient sur la portée religieuse et sociale du sacrifice du mouton en islam. Dans cette interview, il explique les conditions du sacrifice, les animaux autorisés, ainsi que les valeurs de solidarité, de générosité et de fraternité que véhicule cette célébration musulmane.

Lefaso.net : Pourquoi le sacrifice du mouton occupe-t-il une place importante pendant la fête de Tabaski ?

Imam Ilboudo : La Tabaski, c’est la grande fête en islam, c’est la fête du sacrifice. Et le sacrifice du bélier est un acte très recommandé parce qu’il symbolise la soumission à la volonté de Dieu. Pour nous, c’est un acte de reconnaissance pour les bienfaits d’Allah. C’est un moment de rapprochement des familles, de provision pour les indigents et de renforcement de liens communautaires.

Quelle est l’origine religieuse du sacrifice de la Tabaski ?

Le sacrifice commémore la soumission du prophète Ibrahim (Abraham) à qui Allah ordonna en songe de lui sacrifier son fils unique d’alors, Ismaïl. Devant son obéissance totale, Allah remplaça l’enfant par un bélier du Paradis. En ce jour, chaque famille musulmane se soumet à cet ordre par l’immolation d’un bélier.

Quelles sont les conditions qu’un mouton doit remplir pour être accepté comme sacrifice de Tabaski ?

D’abord, il nous faut rappeler que le sacrifice est recommandé pour chaque famille et non individuellement, mais chaque croyant capable peut aussi le faire.

Pour un bélier (mouton), il doit avoir six mois révolus, c’est-à-dire entrer dans le septième mois, être en bonne santé. L’animal doit être licitement acquis et le sacrifice est fait après la prière pour être valable.

Quels sont les défauts ou maladies qui rendent un mouton impropre au sacrifice ?

Un animal avec un défaut accentué n’est pas offert pour le sacrifice, tel l’animal qui a l’oreille coupée ou la corne cassée au-delà du tiers de l’organe, l’animal qui boîte ou qui est maigre, trahissant une maladie. Globalement un animal bien portant. La religion ne dit pas de donner le plus gros animal du cheptel, mais pas non plus le chétif. C’est plutôt celui de qualité moyenne.

Peut-on sacrifier une chèvre, un bœuf ou un chameau à la place d’un mouton ?

En islam, il y a quatre catégories d’animaux qui sont acceptées pour le sacrifice. Les camelins (chameau et chamelle), les bovins, les ovins et les caprins. Aussi bien le mâle que la femelle.

Est-il permis d’acheter un mouton à crédit pour la Tabaski ?

Acquérir un bien à crédit est permis en islam quand cela relève de la nécessité. Ce n’est pas le cas pour le bélier de Tabaski qui est une recommandation forte, c’est vrai, mais pas une obligation. Donc, quand bien même il serait permis, ce n’est pas recommandé de le faire à crédit.

Un mouton gagné lors d’un jeu, d’une tombola ou d’une promotion peut-il être sacrifié pour la Tabaski ?

Dieu est bon et n’accepte que ce qui est licite. Donc, on ne peut lui sacrifier un animal gagné au jeu. Pour ce qui est de la promotion, cela dépend du genre.

Imam Alidou Ilboudo

Une personne célibataire peut-elle tuer un mouton pour la Tabaski ?

Le sacrifice est prescrit pour la famille prioritairement. Mais comme œuvre de bienfaisance, tout adulte musulman peut le faire. Le statut de serviteur de Dieu concerne chaque humain, la condition matrimoniale importe. Le mariage n’est pas signe de piété. Le célibat n’est pas signe d’insoumission.

Est-il autorisé à une femme célibataire de donner de l’argent à ses parents pour le mouton de Tabaski ?

Je ne sais pas pourquoi le statut de marié ou célibataire intervient dans ce cas. L’important est que le mouton soit gagné par des voies licites comme le travail.

Quel conseil donnez-vous aux fidèles à l’approche de la Tabaski ?

Je demande aux fidèles de se rappeler le cheminement religieux de Ibrahim qui était généreux et hospitalier, et que nous placions cette célébration dans le sillage de sa vie. En aidant les indigents et en accueillant autrui. Que nous quittions le débat creux et polémiste pour dialoguer en frères et en concitoyens, qui vivent les mêmes épreuves et qui rêvent d’un avenir meilleur pour tous.

Interview réalisée par Rama Diallo

Lefaso.net

Source: LeFaso.net