Dans un contexte mondial marqué par une montée des exigences en matière de responsabilité sociale des entreprises, de sécurité au travail et d’adaptation aux changements climatiques, le secteur minier se retrouve au cœur de multiples enjeux. Activité stratégique pour les économies africaines, mais aussi hautement exposée aux risques professionnels, l’industrie extractive est confrontée à un défi permanent : concilier performance économique, protection des travailleurs et durabilité des opérations. C’est dans ce cadre que s’est inscrite la communication de Franck Napon, directeur santé, sécurité et développement durable de IAMGOLD Essakane SA. Elle a été présentée lors du Forum africain des technologies de la santé, de la sécurité et du bien-être au travail (AFRISST), tenu à Ouagadougou du 2 au 4 juillet 2026.

À travers le cas de la mine d’Essakane, Franck Napon a partagé une expérience de terrain sur l’organisation de la santé-sécurité au travail (SST) et la place centrale accordée à la médecine du travail dans le management des risques professionnels. Le communicant a rappelé une réalité fondamentale. « L’industrie minière est un secteur à haut risque. En raison de la nature même de ses activités, elle expose les travailleurs à des dangers multiples et souvent graves », a-t-il confié.

Exploitations à ciel ouvert, mines souterraines, dynamitage, engins lourds, utilisation de produits chimiques, et travail en environnement extrême, autant de facteurs qui contribuent à rendre les accidents potentiellement plus sévères que dans d’autres secteurs d’activité. Pour autant, Franck Napon a tenu à replacer cette activité dans sa dimension économique et sociale. L’industrie minière contribue significativement aux finances publiques, génère des emplois directs et indirects et soutient de nombreuses activités économiques connexes. Elle constitue également un levier de développement local à travers les investissements communautaires. Mais cette contribution ne saurait occulter l’essentiel.

Selon le directeur santé, sécurité et développement durable de IAMGOLD Essakane SA, il est crucial de maîtriser les risques professionnels pour garantir la continuité des activités et la protection des travailleurs

La santé-sécurité comme culture et engagement collectif

Au cœur de la démarche présentée par Essakane, la santé-sécurité n’est pas une simple obligation réglementaire. Elle est conçue comme une culture d’entreprise que chaque travailleur est appelé à incarner. « Nous demandons à tous nos employés d’être des ambassadeurs de la santé-sécurité, en dehors des limites de l’organisation », a souligné le communicant, soulignant l’importance de la diffusion des bonnes pratiques au-delà du site minier. Cette culture repose, dit-il, sur un principe simple mais fondamental. Toute tâche, quelle que soit son importance, peut être réalisée en toute sécurité, au travail comme à domicile. Ainsi, pour traduire cette ambition en actions concrètes, IAMGOLD Essakane SA s’appuie sur une organisation intégrée de la SST.

Le dispositif repose sur une organisation structurée et complémentaire visant à assurer la prévention, la surveillance et la prise en charge des risques professionnels. D’abord, un service de prévention santé-sécurité au travail, chargé d’anticiper les risques et de promouvoir les bonnes pratiques au sein des entreprises. Ensuite, un service de santé au travail, dédié au suivi médical des travailleurs et à la surveillance de leur état de santé en lien avec leurs conditions de travail. Enfin, des structures spécialisées dans la gestion et la prise en charge des incidents, en vue d’assurer une réponse rapide et adaptée en cas d’accident ou de situation critique. L’ensemble de ces composantes contribue à renforcer la protection des travailleurs et à améliorer durablement la performance en matière de santé et sécurité au travail.

« Le port des équipements de protection individuelle réglementaire est déjà un défi au quotidien dans notre pays », Aïssata Sanogo, consultante en qualité, hygiène, sécurité et environnement (QHSE)

Cette organisation permet d’assurer une continuité logique entre prévention, intervention et suivi des événements, dans une approche coordonnée. L’entreprise a également aligné son système de management sur la norme internationale ISO 45001, renforçant ainsi la structuration de son dispositif de prévention des risques professionnels.

La participation des travailleurs au cœur du système

L’un des piliers essentiels du modèle présenté est la participation active des travailleurs. Consciente de la complexité des activités minières, l’entreprise a mis en place plusieurs comités de santé-sécurité répartis dans les différents départements opérationnels. Au total, plusieurs structures internes permettent aux employés de s’exprimer, de contribuer à l’identification des risques et de participer aux décisions liées à la prévention.

Cette approche traduit une conviction forte. La gestion efficace des risques ne peut se faire sans l’implication directe des travailleurs eux-mêmes. Dans la même logique, Essakane promeut une culture de la déclaration des conditions dangereuses. L’objectif est d’agir en amont, avant que les situations à risque ne se transforment en accidents graves. Cette démarche s’inscrit dans une logique de prévention proactive, où chaque employé est encouragé à signaler les écarts et à contribuer à leur correction.

« J’apprécie et félicite Essakane SA qui met l’humain au cœur de sa politique de santé-sécurité au travail », Jacques Sigui Kaboré, fondateur de l’Institut Wakali Salon Afrique

Au-delà des procédures, Franck Napon insiste sur la dimension humaine de la sécurité. Le port des équipements de protection individuelle, par exemple, ne doit pas être motivé par la peur de la sanction ou par la présence d’un superviseur, mais par une véritable compréhension de leur utilité. Il s’agit, selon lui, de faire évoluer les comportements pour ancrer durablement la prévention dans les pratiques quotidiennes des travailleurs. L’organisation de la SST à Essakane repose également sur un ensemble d’activités structurées. Elles se résument selon Franck Napon aux inspections régulières à tous les niveaux ; à la formation continue ; aux audits internes et externes ; aux enquêtes et analyses des incidents ; et aux revues semestrielles de direction. Des mécanismes qui permettent d’assurer une amélioration continue du système de gestion des risques et d’adapter les stratégies en fonction de l’évolution du contexte opérationnel.

Les moteurs de performance

Pour le communicant, aucun système de santé-sécurité ne peut fonctionner sans un engagement fort de la direction. Le leadership constitue ainsi un facteur déterminant dans la réussite de la politique SST. Mais la responsabilité est également partagée. L’employeur doit protéger les travailleurs, tandis que ces derniers ont le devoir de veiller à leur propre sécurité et à celle de leurs collègues. Cette dynamique collective permet de renforcer la vigilance et d’améliorer les performances globales en matière de prévention.

« Il est aujourd’hui important pour les mines d’intégrer les nouvelles technologies comme les capteurs et les drones intelligents dans leurs politiques de SST », Faridatou Bougouma, ingénieur minier et formatrice en intelligence artificielle destinée aux mines

L’un des éléments marquants de la communication reste l’exemple des performances enregistrées par la mine d’Essakane, avec près de six mois sans incident entraînant une assistance médicale ou un arrêt de travail. Pour Franck Napon, ce résultat illustre concrètement la maturité de la culture de santé-sécurité au sein de l’entreprise. Il témoigne de la capacité des équipes à intégrer la prévention dans leurs pratiques quotidiennes et à transformer la sécurité en réflexe collectif.

La communication a également mis en lumière la capacité d’adaptation de l’entreprise face à des contextes changeants. Dans certaines situations, notamment liées à des contraintes sécuritaires externes, les modalités de transport des travailleurs ont été réorganisées, passant par exemple à des déplacements aériens afin de garantir leur sécurité. Cette flexibilité illustre une approche pragmatique du management des risques, centrée sur la protection des personnes avant toute considération opérationnelle.

« J’ai eu la chance d’assister au lancement de l’exploitation de Essakane SA en octobre 2010, et selon ce que j’ai pu voir à travers la communication de M. Napon, la mine accorde une importance particulière à la SST », Dr Cyriaque Paré, enseignant-chercheur à l’INSS

Le droit de refus accordé aux travailleurs

Enfin, une innovation notable présentée par Essakane est la mise à disposition d’une carte de droit de refus pour chaque travailleur. Bien que ce droit existe déjà dans les dispositifs réglementaires, sa matérialisation vise à encourager son appropriation effective. L’objectif est de permettre à chaque employé de refuser une tâche jugée dangereuse, sans crainte de pression, dans un contexte où les réalités sociales peuvent parfois pousser les travailleurs à accepter des risques pour préserver leur emploi.

Par cette communication, Franck Napon met en évidence une réalité essentielle. Celle que la santé-sécurité dans le secteur minier ne peut être réduite à un ensemble de règles techniques. Elle constitue une véritable culture organisationnelle, construite sur le leadership, la participation des travailleurs, la formation continue et l’amélioration permanente. Dans un secteur où les risques sont élevés et les enjeux économiques considérables, cette approche apparaît comme un modèle de management responsable, où la protection des travailleurs devient indissociable de la performance et de la durabilité des opérations.

Hamed Nanéma

Lefaso.net

Source: LeFaso.net