
L’université Nazi-Boni de Bobo-Dioulasso enregistre un nouveau docteur en développement rural. Ce samedi 4 juillet 2026, Mamadou Nimi, directeur du laboratoire du Bureau des mines et de la géologie du Burkina (BUMIGEB) basé à Ouagadougou, a soutenu avec succès sa thèse de doctorat unique intitulée : « Caractérisation des métaux lourds dans les sols de la zone industrielle de Bobo-Dioulasso : évaluation des risques environnementaux et sanitaires ».
À l’issue de plusieurs heures d’échanges scientifiques devant un jury présidé par Pr Irénée Somda, enseignant-chercheur à l’université Nazi-Boni et directeur régional de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation du Guiriko, le candidat a été déclaré digne du grade de docteur en développement rural, option système de production végétale, spécialité sciences du sol, avec la mention Très honorable. La soutenance, tenue au Centre de calcul de l’université Nazi-Boni, s’est déroulée en présence de nombreux parents, amis, collègues et collaborateurs venus témoigner leur soutien au désormais docteur.
Pour Dr Mamadou Nimi, le choix de ce sujet répond avant tout à une volonté de mettre la recherche scientifique au service de l’intérêt général. « J’ai toujours voulu être utile à l’humanité », confie-t-il. Selon lui, la zone industrielle de Bobo-Dioulasso, créée dans les années 1960, est généralement perçue comme un espace potentiellement dangereux en raison des activités industrielles qui y sont menées. Cette réputation justifiait, à ses yeux, une évaluation scientifique de l’état réel des sols et des risques liés à la présence de métaux lourds.

L’objectif de l’étude était donc de caractériser ces contaminants dans les sols, d’évaluer leurs impacts sur l’environnement ainsi que les risques sanitaires auxquels pourraient être exposées les populations.
Ému après sa soutenance, Mamadou Nimi n’a pas caché sa satisfaction. « Nous avons atteint notre objectif. Cela n’a pas été facile. Mais aujourd’hui, nous avons atteint notre objectif qui était de démontrer scientifiquement qu’il existe des problèmes liés aux métaux lourds dans la zone industrielle de Bobo-Dioulasso », a-t-il laissé entendre.
Une contamination mise en évidence
Les travaux de recherche ont d’abord porté sur les déchets présents dans la décharge située au sein de la zone industrielle. Selon le chercheur, cette décharge reçoit des déchets de diverses origines sans véritable contrôle. Les analyses ont révélé la présence de plusieurs métaux lourds dans ces déchets, certains présentant des concentrations particulièrement préoccupantes. Ces premiers résultats ont conduit l’équipe de recherche à étendre les investigations aux sols de l’ensemble de la zone industrielle. Les prélèvements effectués ont confirmé une contamination des sols par différents métaux lourds.
L’étude s’est ensuite intéressée aux productions maraîchères de Kodéni, une partie de la zone industrielle largement exploitée pour la culture des légumes. Des échantillons de laitue et de tomate ont été analysés. Les résultats montrent également la présence de métaux lourds dans ces cultures. Toutefois, le chercheur Mamadou Nimi précise que ces observations proviennent d’un échantillonnage réalisé sur une période donnée et qu’elles méritent d’être approfondies à travers un suivi scientifique régulier.

Des risques environnementaux et sanitaires préoccupants
Les analyses ont permis de distinguer différents niveaux de pollution selon les secteurs étudiés. La zone de décharge apparaît comme la plus fortement polluée, tandis que les secteurs occupés par les unités industrielles présentent une pollution jugée plus faible. Au-delà de la contamination des sols, les études ont également évalué les conséquences sur les micro-organismes qui assurent le fonctionnement biologique des sols. Là aussi, des risques importants ont été identifiés.
Mais c’est surtout l’exposition humaine qui retient l’attention. Les concentrations relevées dans certains échantillons de laitue et de tomate dépassent des niveaux susceptibles de représenter un risque pour la santé des consommateurs. Pour Mamadou Nimi, ces résultats constituent un signal d’alerte qui doit conduire à renforcer la surveillance environnementale et sanitaire de cette zone.
Des recommandations pour prévenir les risques
Au terme de ses travaux, le nouveau docteur formule plusieurs recommandations. Il préconise d’abord une réorganisation complète de la gestion de la décharge de la zone industrielle afin de mettre fin aux dépôts anarchiques des déchets. Il recommande également le renforcement de la collecte des ordures ménagères et l’amélioration de leur traitement afin de limiter les contaminations.
Le chercheur estime également nécessaire d’étendre les investigations aux eaux souterraines. Selon lui, les métaux lourds identifiés dans les sols pourraient migrer vers les nappes phréatiques et compromettre la qualité des ressources en eau. Il plaide aussi pour la mise en place d’un suivi sanitaire régulier afin d’évaluer les effets d’une exposition prolongée aux métaux lourds chez les populations consommant les productions maraîchères issues de cette zone. Enfin, il recommande de sensibiliser les producteurs agricoles aux risques liés à l’utilisation de certains déchets comme fertilisants organiques. Si ces matières apportent des éléments nutritifs aux cultures, elles peuvent également introduire des substances toxiques dans la chaîne alimentaire.
Ému après sa soutenance, Mamadou Nimi n’a pas caché sa satisfaction. « Nous avons atteint notre objectif. Cela n’a pas été facile. Mais aujourd’hui, nous avons atteint notre objectif qui était de démontrer scientifiquement qu’il existe des problèmes liés aux métaux lourds dans la zone industrielle de Bobo-Dioulasso », a-t-il laissé entendre.

Un travail scientifique appelé à servir la décision publique
Directeur de cette recherche, Dr Issaka Senou, maître de conférences à l’université Daniel-Ouézzin-Coulibaly, a rappelé que ce travail est le fruit de quatre à cinq années de recherche. Selon lui, cette étude apporte des données scientifiques solides sur la contamination des sols et les risques encourus aussi bien pour l’environnement que pour la santé humaine. Il estime désormais que les autorités disposent d’informations pertinentes pouvant orienter les décisions publiques en matière de gestion environnementale et de protection des populations.
Pour le président du jury, Pr Irénée Somda, cette thèse constitue un travail scientifique de grande qualité. Il a souligné l’importance des nombreuses analyses réalisées, ainsi que la valorisation des résultats à travers plusieurs publications scientifiques, témoignant de la robustesse des recherches menées.
Le président du jury appelle désormais à transformer ces résultats en véritables outils d’aide à la décision. Selon lui, les données produites doivent permettre d’attirer l’attention des autorités sur l’urgence d’agir face à une pollution qui concerne une zone où sont cultivés et consommés quotidiennement des produits maraîchers tels que la tomate et la laitue. Pour le professeur Somda, cette recherche dépasse le cadre académique. Elle constitue un véritable instrument d’orientation des politiques publiques en matière d’environnement, d’agriculture et de santé, dans l’intérêt des populations de Bobo-Dioulasso et, plus largement, du Burkina Faso.
Romuald Dofini
Lefaso.net
Source: LeFaso.net



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