
À moins de 100 jours de l’ouverture de Le Faso Digital 2026, nous poursuivons notre série consacrée aux femmes et aux hommes qui façonnent le Burkina numérique. Cent personnalités, cent parcours, cent inspirations. Aujourd’hui, notre visage du Burkina digital est un spécialiste de la data et s’appelle Djibril Pamousso.
Le numérique africain entre dans une nouvelle ère. Après celle des infrastructures, des télécommunications et des applications mobiles, vient désormais le temps de la donnée. Derrière cette révolution silencieuse se dessine une nouvelle génération d’ingénieurs convaincus que la maîtrise de la data, de l’intelligence artificielle et des systèmes connectés déterminera la compétitivité des économies africaines de demain.
Au Burkina Faso, Djibril Pierre Clavair Pamousso fait partie de cette génération montante. Ingénieur data, chef de projet digital, entrepreneur, formateur et promoteur du Grand Salon de la Data en Afrique (GSDA) qui se tient cette semaine même à Ouagadougou, il s’est donné pour mission de faire de la donnée non plus une simple ressource technique, mais un véritable moteur de souveraineté numérique, d’innovation et de développement économique.
Son parcours témoigne de l’émergence d’une nouvelle élite technologique burkinabè capable d’évoluer dans les environnements internationaux tout en gardant l’Afrique au cœur de son engagement.
Une passion pour les technologies devenue une vocation
Très tôt attiré par l’informatique, Djibril Pamousso choisit de se former dans ce domaine en intégrant l’École Supérieure d’Informatique de l’Université Nazi Boni de Bobo-Dioulasso, où il obtient une licence en informatique avec une spécialisation en ingénierie des données et bases de données.
Conscient que l’avenir du numérique réside dans la maîtrise des données, il poursuit son parcours en France à la prestigieuse École des Mines de Saint-Étienne, où il décroche un Master « Données et Systèmes Connectés », orienté vers l’analyse des données, le machine learning et les architectures data.
Cette double formation, à la fois africaine et européenne, lui permet d’acquérir une vision internationale tout en restant profondément attaché aux enjeux du développement numérique du Burkina Faso.
De l’ingénierie logicielle à l’architecture des données
Ses premières expériences professionnelles lui offrent rapidement une solide maîtrise des systèmes d’information. Chez IT-Expertis, à Ouagadougou, il participe notamment à des projets sensibles de migration de données électorales et à la modélisation de bases de données destinées à accompagner la transformation numérique des organisations.
Il poursuit ensuite son parcours en France comme développeur Full Stack avant de rejoindre Rocket4Sales, à Lyon, où il évolue comme Data Engineer puis responsable technique.
Dans cette entreprise spécialisée dans la technologie commerciale, il participe à la mise en place d’architectures cloud sur AWS, développe des pipelines de traitement de données, optimise les bases PostgreSQL et conçoit des tableaux de bord destinés à la prise de décision.
Cette expérience lui permet d’acquérir une expertise recherchée dans des domaines aujourd’hui stratégiques : gouvernance des données, cloud computing, automatisation, intelligence artificielle et pilotage de projets digitaux.
Revenir pour construire l’Afrique de la donnée
L’une des caractéristiques de Djibril Pamousso est de considérer l’expertise acquise à l’international comme un levier au service du continent. En 2024, il cofonde Africa Data Entry, une entreprise spécialisée dans la transformation numérique et la valorisation des données des organisations africaines. Il en assure la direction stratégique tout en pilotant les équipes techniques et les projets innovants.
À travers cette structure, il accompagne des entreprises et des institutions dans leur digitalisation, en développant des solutions adaptées aux réalités africaines. Parmi les projets emblématiques figurent la mise en place du système sécurisé de vote numérique du Prix du Public du FESPACO pour la RTB, la digitalisation des activités marketing et communication du Fonds National pour la Promotion du Sport et des Loisirs (FNPSL), ainsi que le développement d’applications web innovantes. Ces réalisations illustrent une approche pragmatique de l’innovation : mettre la technologie au service des besoins concrets des institutions.
Le Grand Salon de la Data en Afrique (GSDA) : créer un rendez-vous continental
Mais c’est probablement à travers le Grand Salon de la Data en Afrique (GSDA) que Djibril Pamousso exprime le mieux sa vision. Convaincu que l’Afrique doit prendre toute sa place dans l’économie mondiale des données, il imagine un événement destiné à réunir décideurs publics, chercheurs, entreprises, startups, étudiants et spécialistes autour des grands enjeux de la data et de l’intelligence artificielle.
Le GSDA se veut à la fois un espace de réflexion, de formation, de démonstration technologique et de mise en réseau. Son ambition dépasse largement l’organisation d’un salon professionnel. Il s’agit de faire de Ouagadougou un lieu de référence pour les débats stratégiques sur la gouvernance des données, l’intelligence artificielle, la cybersécurité et la souveraineté numérique en Afrique de l’Ouest.
La data comme outil de souveraineté
Pour Djibril Pamousso, la révolution numérique ne se gagnera pas uniquement grâce aux infrastructures. Elle dépendra surtout de la capacité des États, des entreprises et des chercheurs africains à produire, protéger, analyser et exploiter leurs propres données. Cette vision de la souveraineté numérique irrigue l’ensemble de son engagement. À travers des formations, des webinaires et des programmes d’accompagnement, il encourage les jeunes Africains à développer des compétences en intelligence artificielle, en science des données et en ingénierie logicielle afin que le continent puisse construire ses propres solutions technologiques.
Former pour préparer l’avenir
Au-delà de ses activités entrepreneuriales, Djibril Pamousso consacre une part importante de son temps à la transmission des connaissances. Pédagogue reconnu, il anime régulièrement des formations et des ateliers techniques.
Durant son parcours universitaire, il participe également à la création de l’association Struct IoT, destinée à initier les étudiants aux technologies émergentes, notamment l’Internet des objets (IoT) et l’intelligence artificielle. Cette volonté de partager les savoirs traduit sa conviction que la révolution numérique africaine sera avant tout une révolution des compétences.
Un numérique inclusif
L’autre dimension de son engagement concerne l’inclusion numérique. Djibril Pamousso milite pour que les innovations technologiques bénéficient à tous, y compris aux personnes en situation de handicap, notamment les personnes malvoyantes. Il défend également l’accès du plus grand nombre à des formations de qualité grâce à des programmes subventionnés permettant aux jeunes talents de développer leurs compétences sans que les contraintes financières ne constituent un obstacle. Pour lui, l’innovation ne prend tout son sens que lorsqu’elle contribue à réduire les inégalités.
Une génération qui prépare l’Afrique de demain
Le parcours de Djibril Pamousso symbolise une évolution majeure de l’écosystème numérique burkinabè. Là où les pionniers ont construit les infrastructures, développé Internet et posé les bases des politiques publiques, cette nouvelle génération s’attaque désormais aux défis de l’intelligence artificielle, des données massives, du cloud computing et des plateformes numériques. Elle inscrit ainsi le Burkina Faso dans les débats technologiques qui façonneront les prochaines décennies.
Pourquoi fait-il partie des 100 Visages du Burkina digital ?
Parce qu’il incarne une nouvelle génération de leaders du numérique qui place la data et l’intelligence artificielle au cœur du développement du Burkina Faso.
Parce qu’il met son expertise internationale au service de l’innovation locale en accompagnant les entreprises, les institutions et les jeunes talents.
Parce qu’il a créé le Grand Salon de la Data en Afrique, une initiative ambitieuse destinée à positionner Ouagadougou comme un carrefour africain des réflexions sur les données, l’intelligence artificielle et la souveraineté numérique.
Et parce qu’il rappelle que le futur du numérique africain ne se construira pas uniquement avec des technologies importées, mais aussi grâce à des compétences africaines capables d’innover, de créer et de décider. Car les données sont le nouveau patrimoine stratégique des nations. Former les talents africains à les comprendre, les protéger et les valoriser est une condition essentielle de notre souveraineté numérique.
Source: LeFaso.net
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