Dans un mois, les élèves du Burkina renoueront avec les classes, pour ceux qui sont en vacances, tandis que d’autres enfants découvriront, eux, l’univers de l’école. Que ce soit l’un ou l’autre cas, ou même les deux à la fois, pour certains parents, l’angoisse majeure reste la même ; comment trouver d’abord une école qui remplit un minimum de conditions. Eh oui, dans un pays où les établissements publics ne courent pas les quartiers, la direction est vite imposée à de nombreux parents.

Quant à cela s’ajoutent, pour les grands centres urbains comme Ouaga et Bobo, les considérations liées aux risques que doivent encourir les enfants en circulation par les longues distances, et même la position professionnelle parfois des parents, l’équation devient encore corsée. De nombreux facteurs qu’une offre conséquente en matière d’établissements publics aurait pu minimiser.

Dans ce paysage, la contribution du privé ne se présente plus comme secondaire, elle l’est plus. Si la routine est donc connue, la rentrée scolaire 2026-2027 se pointe, elle, à l’horizon avec une donne de réforme, notamment par la réglementation des frais de scolarité au niveau des établissements d’enseignement privés. Mais, au moment où celle-ci est accueillie avec applaudissements, en tout cas par les voix audibles, la lancinante question des dettes de l’État envers les établissements privés qui reçoivent les élèves orientés taraude certains acteurs.

Et avec juste raison, le sujet a d’énormes implications qui ne laissent pas indifférent un acteur de la chaîne de l’éducation/enseignement. Lorsque des établissements peinent à entrer en possession de leur dû, ce sont les enseignants et personnel qui encaissent directement les coups par notamment les arriérés de salaires et les humeurs qui vont avec cette situation.

Dès lors, on peut, au final, s’interroger sur la qualité de l’enseignement qui peut en résulter. En contexte d’importante réforme, comme celle qui vient d’être impulsée, à savoir la réglementation des frais de scolarité, le sujet mérite un véritable regard, pour rassurer que la démarche est holistique et que chaque acteur est prêt à consentir le même effort qu’il demande à l’autre, en respectant simplement ses propres engagements.

Quand un parent ne paie pas les frais de scolarité de son enfant, ce dernier est mis à la porte. De ce fait, le parent qui se saigne à honorer tous ses engagements envers l’établissement de son enfant, a en retour droit à la quiétude que tout s’y déroule bien en matière d’enseignement et dans des conditions acceptables. L’État, comme ses partenaires que sont ici les établissements d’enseignement privés, se doivent donc de tout mettre en œuvre pour honorer, chacun, leur engagement, afin de permettre aux élèves de bénéficier de ce à quoi ils ont droit.

Ce n’est pas aujourd’hui que cette question de dettes de l’État envers les établissements d’enseignement privés se pose avec récurrence. Les choses doivent changer également sur ce point. La dernière sortie publique d’interpellation du gouvernement, en bonne et due forme, de l’Union nationale des établissements d’enseignement privés laïcs (UNEEP-L) remonte au jeudi 14 janvier 2021. Il en est ressorti par exemple qu’au titre de l’année scolaire 2019-2020, l’UNEEP-L (plus de 1 200 membres) a reçu 38 536 élèves, dont 31 978 au post-primaire et 6 558 au secondaire. « Aussi, selon la convention d’affectation signée entre les deux parties, le paiement des frais de scolarité qui s’élève à 1 977 555 000 FCFA devrait se faire au plus tard le 30 mars 2020. Malgré les rendez-vous du 30 juin, du 30 septembre et du 31 décembre 2020, l’Etat n’a pas respecté ses engagements. Sur les 279 établissements privés, l’Etat n’a versé que la somme de 101 440 000 FCFA au profit de 18 établissements, soit 5,1% du montant dû », avait, la faîtière, pris à témoin l’opinion publique.

Aussi longtemps que cela puisse remonter, le silence observé autour du sujet ne semble pas signifier absence d’inquiétude, pour ne pas en dire plus. Des murmures se font toujours entendre… A tort ou à raison ! Quelle est alors, à ce jour, la réalité de la situation ?

A la faveur de la conférence de presse co-animée le 14 juillet 2026 à Ouagadougou par les secrétaires généraux des trois ministères (Enseignement de base, alphabétisation et promotion des langues nationales ; Enseignement secondaire et formation professionnelle et technique ; Enseignement supérieur, recherche et innovation), la préoccupation n’a pas été occultée par les hommes de média. En réaction, ces autorités ont d’abord reconnu qu’il y a par moments des retards des frais alloués à la convention aux établissements privés conventionnés. Seulement, ont-elles ensuite précisé, « le tort est partagé » ; il ne revient pas à l’administration seule d’endosser le retard souvent de paiement.

« Les établissements sont organisés par faîtière, il y en a qui sont seuls. Ceux qui sont organisés par faîtière regroupent l’ensemble des demandes et par moment, le traitement à l’intérieur d’abord au niveau de la faîtière, et au niveau de l’administration, peut connaître des difficultés. Quand une faîtière réunit, à elle seule, 100 à 200 établissements, vous conviendrez que l’ensemble des établissements ne peuvent plus être prêts au même moment. Et vous connaissez la procédure de décaissement des fonds au niveau de l’administration publique. Alors, s’il y a retard de justifications, il y a également retard de déblocages. Ce n’est pas seulement cet aspect qui explique les retards de paiement, il faut aussi dire que par moments, nos structures déconcentrées effectuent des sorties sur le terrain pour vérifier l’effectivité, la présence effective de ces élèves dans les établissements. Le tout associé, nous donne des raisons pour expliquer le retard », défend le secrétaire général du ministère de l’Enseignement secondaire et de la formation professionnelle et technique, Didier Paré.

Selon le co-conférencier, « l’Etat fait de son mieux, et à ce jour, il y a des faîtières qui ont déjà reçu leur vacation de l’année scolaire 2025-2026. Et ces montants sont versés aux faîtières qui, à leur tour, donnent aux établissements. Il y a par moments aussi, des retards au niveau de la faîtière aux promoteurs d’établissements. Nous nous dégageons, en tout cas, de cette responsabilité ».

A en croire M. Paré, à la date de la conférence (14 juillet 2026), les faîtières affiliées à l’Enseignement secondaire et de la formation professionnelle et technique ont déjà reçu leur chèque pour l’année scolaire 2025-2026.

Cependant, a-t-il relevé, et sans plus de détails : « Il y a des dettes des années antérieures qui nécessitent toujours un travail, parce que ça n’incombe pas seulement à l’établissement ; il y a des difficultés liées aux dossiers, etc., mais l’administration et le gouvernement font leur mieux pour répondre à la sollicitation de ces établissements qui accompagnent dans l’éducation de nos enfants ».

Dans ce nouvel élan, l’on ne peut que souhaiter, et au-delà de celle-là, que toutes les questions susceptibles de saper la bonne intention qui guide les réformes engagées dans le monde de l’éducation/enseignement trouvent réponses ou points de convergence. Car, en plus de contribuer dans ce secteur-clé, ces acteurs privés participent à la lutte contre le chômage et, partant, à l’amélioration générale des conditions de vie.

C’est dire également qu’outre ce volet, l’Etat se doit d’honorer ses engagements financiers vis-à-vis du secteur privé, notamment les entreprises, dont la contribution à l’économie nationale, à l’emploi, donc au processus de développement, n’est pas à démontrer. C’est d’ailleurs en cela que les discours tendant à encourager l’initiative privée, l’entrepreneuriat, revêtiront davantage tout leur sens.

O.L

Lefaso.net

Source: LeFaso.net