
Dans un Burkina Faso confronté à l’insécurité et aux fractures sociales, certains leaders religieux choisissent de répondre aux défis par le dialogue plutôt que par les discours de division. Parmi eux, Redwane Pougda, connu sous le nom de Cheikh Tang Zoug Moré, fait de la religion un levier de paix, de solidarité et de rapprochement entre les communautés. Guide religieux, enseignant, président d’une association engagée pour la cohésion sociale, chantre de louanges islamiques et commerçant, il défend la conviction selon laquelle la foi n’a de sens que lorsqu’elle rapproche les hommes.
Serein, le regard posé et le sourire discret, Cheikh Tang Zoug Moré inspire davantage par son attitude que par de grands effets de manche. Ceux qui le côtoient décrivent un homme accessible, attentif aux autres et profondément attaché au dialogue. Son engagement ne se limite pas à la mosquée. Il accompagne les familles, conseille les jeunes, soutient les personnes vulnérables et multiplie les initiatives en faveur du vivre-ensemble.
« La foi représente ma vie », résume-t-il simplement. Originaire de Yourga, dans l’est du Burkina Faso, Redwane Pougda découvre très jeune sa vocation religieuse. En 2006, la visite d’un maître venu enseigner l’islam dans son village bouleverse son destin. Avec l’accord de son père, il quitte l’école classique pour se consacrer entièrement à l’apprentissage des sciences islamiques. Son parcours de formation le conduit à Nakiboane, dans la région de Fada N’Gourma, puis à Bobo-Dioulasso, avant de poursuivre ses études en Égypte, au Niger et au Ghana. Ces années passées à l’étranger lui permettent d’approfondir sa maîtrise de la langue arabe, des sciences religieuses et de l’enseignement islamique.
À son retour au Burkina Faso, il reprend progressivement le flambeau de son grand-père, lui-même guide religieux. Aujourd’hui, il forme de nombreux élèves qui, à leur tour, transmettent les enseignements reçus. Mais pour lui, enseigner la religion ne consiste pas uniquement à apprendre des versets ou des règles. Il s’agit surtout d’éduquer des citoyens capables de vivre avec les autres. « Les différences religieuses ne doivent jamais devenir des motifs de conflit, mais des occasions de mieux se connaître », affirme-t-il.
Cette vision guide chacune de ses interventions. Dans ses prêches comme dans ses rencontres avec les populations, il insiste sur la responsabilité de chacun dans la préservation de la paix.
Pour Cheikh Tang Zoug Moré, aucune religion authentique ne peut appeler à la haine. La foi doit conduire au respect, à l’humilité et à la solidarité. « Le jugement appartient uniquement à Dieu », rappelle-t-il régulièrement. À ses yeux, le croyant ne peut prétendre aimer Dieu tout en rejetant son prochain.
« Même si une personne n’a pas la même vision que moi, elle reste un être humain. Je lui dois de l’empathie, de l’amour et du respect. Qu’elle soit musulmane ou non, il faut l’accepter et la respecter. »
Son message dépasse ainsi largement les frontières confessionnelles. Il défend une société où musulmans, chrétiens et adeptes des religions traditionnelles peuvent vivre ensemble dans le respect mutuel. Cette approche prend tout son sens dans le contexte actuel du Burkina Faso. « La religion est importante, mais elle n’a pas de sens en dehors d’un territoire. C’est le pays qui doit primer sur nos actions », explique-t-il. Pour illustrer cette idée, il évoque souvent un épisode de la vie du prophète Mohammed. « Le jour où le Prophète a quitté La Mecque a été l’un des plus douloureux de sa vie. Cela montre combien l’attachement à sa terre est essentiel. Nous devons tout faire pour préserver notre pays et renforcer la cohésion sociale. »
Au-delà de ses enseignements religieux, Cheikh Tang Zoug Moré agit concrètement à travers une association officiellement reconnue depuis 2025. Celle-ci mène des campagnes de sensibilisation à la paix, encourage le dialogue interreligieux, accompagne les personnes vulnérables, développe des actions de solidarité, encadre les jeunes et promeut les valeurs citoyennes.
« Concernant nos actions, nous faisons les choses dans la mesure de nos capacités. Les leaders religieux sont nombreux et nous collaborons lorsque cela est nécessaire. Nous sommes des frères d’une même famille dans l’islam et dans le Burkina tout entier », explique-t-il.

Selon lui, chaque leader religieux, coutumier ou social a sa part de responsabilité dans la construction d’une société plus apaisée. « Pour faire grandir la communauté, il faut être droit et prêcher une parole juste qui unit les gens au lieu de les diviser. »
Son parcours personnel n’a pourtant pas été exempt d’épreuves. Alors qu’il poursuit ses études religieuses au Ghana, il perd tous ses moyens de subsistance. Isolé, sans ressources et loin des siens, il passe plusieurs jours sous un pont, survivant grâce aux restes de nourriture récupérés auprès des restaurants.
Cette période difficile prend fin lorsque les forces de l’ordre parviennent à contacter sa famille installée à Cinkansé.
Loin de nourrir de l’amertume, cette expérience renforce sa foi et sa détermination. Elle lui apprend que la persévérance et la confiance en Dieu permettent de traverser les moments les plus éprouvants, affirme-t-il. Aujourd’hui encore, cette épreuve nourrit son engagement auprès des plus démunis. Pour lui, la véritable pratique religieuse se mesure dans les actes quotidiens. « La véritable foi se mesure à travers les actes de solidarité, de respect et d’amour envers les autres », insiste-t-il.
Dans chacun de ses engagements, Cheikh Tang Zoug Moré indique poursuivre l’objectif de contribuer, à son échelle, à bâtir un Burkina Faso où les différences deviennent une richesse plutôt qu’un facteur de division. Et à travers ses enseignements, ses actions sociales et sa proximité avec les populations, il rappelle qu’au-delà des appartenances religieuses, la paix reste une responsabilité collective. Une responsabilité qui commence par un regard bienveillant sur l’autre et par la conviction que la foi trouve sa plus belle expression lorsqu’elle sert l’humain, précise le Cheikh.
Farida Thiombiano
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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