Parrain de la deuxième édition des Journées diocésaines de la jeunesse (JDJ) de Dédougou, le fondateur de Lefaso.net, Dr Cyriaque Paré, a livré, le samedi 25 juillet 2026, une communication magistrale sur un sujet au cœur des préoccupations de notre époque : la citoyenneté numérique. Devant plus de 200 jeunes venus des différentes paroisses du diocèse, mais aussi de diverses confessions religieuses, le chercheur en sciences de l’information et de la communication a invité la jeunesse à faire du numérique un espace de vérité, de fraternité et de paix. Plus qu’une conférence sur les réseaux sociaux, son intervention s’est révélée une véritable école de responsabilité citoyenne, inspirée à la fois par les valeurs de l’Évangile, la doctrine sociale de l’Église et les réalités du Burkina Faso.

Les Journées diocésaines de la jeunesse de Dédougou, organisées du 23 au 26 juillet 2026 dans la cité de Bankuy, ont rassemblé des centaines de jeunes autour du thème général tiré de la première lettre de saint Paul à Timothée : « Que personne ne te méprise à cause de ta jeunesse ; mais sois l’exemple des fidèles, en parole, en conduite, en charité, en foi et en chasteté » (1 Tm 4,12). Au programme figuraient des célébrations liturgiques, des activités culturelles, des ateliers de formation et plusieurs communications destinées à renforcer la formation humaine et spirituelle des participants. C’est dans ce cadre que le Dr Cyriaque Paré, parrain de cette édition, est intervenu sur le thème : « Jeunesse et citoyenneté numérique : promouvoir une citoyenneté responsable fondée sur le respect du bien commun, des valeurs humaines et des institutions ».

Le numérique, une réalité incontournable de la jeunesse

Dès les premières minutes de son intervention, le communicateur a invité son auditoire à prendre conscience de la place qu’occupe désormais le numérique dans la vie quotidienne. « Nous appartenons à une génération qui vit avec le numérique. Pour beaucoup d’entre nous, le téléphone est devenu le premier objet que nous regardons le matin et parfois le dernier avant de dormir », a-t-il observé. Aujourd’hui, a-t-il expliqué, le smartphone accompagne presque toutes les dimensions de la vie : communiquer avec ses proches, apprendre, travailler, entreprendre, s’informer, se divertir, mais aussi prier. Illustrant son propos par une expérience vécue la veille avec l’évêque et ses collaborateurs, il a rappelé que chacun suivait les vêpres sur son téléphone portable, sans avoir besoin du traditionnel bréviaire.

Mais cette révolution numérique comporte également des risques, soulignera-t-il. « Nous pouvons blesser quelqu’un avec quelques mots écrits trop vite. Nous pouvons partager une fausse information sans le savoir. Nous pouvons participer, sans en avoir conscience, à détruire une réputation ou à créer la peur dans une communauté. » Pour résumer cette responsabilité nouvelle, Dr Paré a lancé une formule qui reviendra plusieurs fois au cours de sa conférence : « Le téléphone n’a pas de conscience. C’est la conscience de celui qui l’utilise qui fait la différence. »

Une simple rumeur peut fragiliser toute une communauté

Pour illustrer le pouvoir des réseaux sociaux, le communicateur a raconté l’histoire imaginaire d’un message WhatsApp annonçant l’arrivée d’hommes armés dans un village. En quelques minutes, la rumeur se propage. Les commerçants ferment leurs boutiques. Les familles prennent peur. Les voyageurs rebroussent chemin. Quelques heures plus tard, on découvre pourtant que l’information était totalement fausse.

À l’inverse, a-t-il poursuivi, une jeune fille choisit de vérifier cette même information auprès des autorités locales et d’une radio crédible avant de la partager. Constatant qu’il s’agissait d’une rumeur, elle décide de ne pas la diffuser. « La différence entre ces deux histoires tient à une seule personne : celle qui a choisi de réfléchir avant de partager », a résumé le conférencier. Selon lui, cette capacité de discernement constitue désormais l’une des plus grandes responsabilités des citoyens.

Être un bon citoyen… même derrière un écran

Pour Dr Cyriaque Paré, la citoyenneté ne s’arrête plus aux frontières du monde physique. « On ne peut pas être un bon citoyen dans la rue et devenir irresponsable dès qu’on ouvre Facebook. On ne peut pas être respectueux à l’église et insultant dans les commentaires d’une publication. » La citoyenneté numérique, a-t-il expliqué, consiste simplement à vivre les mêmes responsabilités de citoyen lorsqu’on utilise les outils numériques.

Autrement dit, la manière de parler sur Internet, de traiter les autres, de partager des informations ou d’exercer sa liberté fait désormais pleinement partie de l’exercice de la citoyenneté.

Pour illustrer cette idée, il a comparé le smartphone à un mégaphone. « Le téléphone n’invente rien. Il amplifie ce que nous décidons d’y mettre. Une parole de paix peut toucher des milliers de personnes. Une parole de haine aussi. Une information juste peut rassurer tout un village. Une rumeur peut également semer la panique. » Selon lui, la première responsabilité numérique n’est donc ni technique ni informatique. « Elle est morale. Elle est spirituelle. Elle est humaine. »

« Le premier réseau social, c’est notre cœur »

L’un des passages les plus applaudis de la conférence fut sans doute celui consacré au lien entre la technologie et la conscience. Pour Dr Paré, avant Facebook, TikTok ou WhatsApp, le premier réseau social est le cœur humain. « Tout ce qui sort de nos téléphones est d’abord passé par notre cœur. Nos paroles viennent de notre cœur. Nos commentaires viennent de notre cœur. Nos publications viennent de notre cœur. » S’appuyant sur l’Évangile selon saint Matthieu, il a rappelé que Jésus enseigne : « C’est de l’abondance du cœur que la bouche parle. » Avant de paraphraser cette parole de manière particulièrement parlante : « Aujourd’hui, nous pourrions presque dire : c’est de l’abondance du cœur que les doigts écrivent. » Ainsi, chaque publication, chaque commentaire ou chaque partage révèle d’abord une intention intérieure.

Un formidable outil de développement… mais aussi des dangers bien réels

Refusant de diaboliser Internet, Dr Cyriaque Paré a insisté sur les nombreuses opportunités offertes par le numérique. Il a évoqué les jeunes entrepreneurs qui trouvent leurs clients grâce aux réseaux sociaux, les étudiants qui suivent des formations en ligne, les agriculteurs qui découvrent de nouvelles techniques sur YouTube, les prêtres qui diffusent la Parole de Dieu ou encore les familles séparées par la distance qui restent unies grâce aux appels vidéo. « Le numérique est aussi un outil de fraternité. Il est aussi un outil de développement. Il est aussi un outil d’évangélisation », a-t-il rappelé.

Cependant, le conférencier a également identifié cinq grands dangers. Le premier est la diffusion des fausses informations, alimentée par la rapidité des réseaux sociaux et notre tendance à partager avant de vérifier.

Le deuxième concerne les paroles blessantes. « Derrière chaque écran, il y a une personne. Une personne avec une famille, une histoire, des joies et des blessures », a-t-il rappelé, invitant les jeunes à mesurer la portée de leurs commentaires.

Le troisième danger est celui de la manipulation. Dans un contexte sécuritaire fragile comme celui du Burkina Faso, diffuser sans discernement des informations susceptibles d’alimenter la peur ou les divisions revient, selon lui, à fragiliser le bien commun.

Il a ensuite mis en garde contre le temps excessif passé devant les écrans, qui peut finir par éloigner les jeunes de leurs études, de leur famille, de leur vie spirituelle et de leurs responsabilités.

Enfin, il a évoqué le risque de l’indifférence. « À force de tout voir défiler sur nos écrans, nous risquons de ne plus rien ressentir devant la souffrance des autres », a-t-il regretté.

Les cinq piliers d’une citoyenneté numérique responsable

Au-delà du constat, Dr Cyriaque Paré a proposé une véritable éthique du numérique fondée sur cinq valeurs.

La première est la recherche de la vérité. « La vérité est un bien commun. Chaque fois que vous refusez de partager une information douteuse, vous rendez déjà un service au Burkina Faso. »

La deuxième est le respect de la dignité humaine. Même lorsqu’une personne pense différemment ou commet une erreur, elle demeure créée à l’image de Dieu et mérite le respect.

La troisième est la recherche du bien commun. Le conférencier a invité les jeunes à utiliser les réseaux sociaux pour promouvoir les initiatives positives, les actions de solidarité, les réussites locales ou encore les activités de leurs paroisses.

Le quatrième pilier concerne le respect des institutions. Sans renoncer à leur esprit critique, les jeunes sont appelés à débattre avec respect, sans injures ni humiliations.

Enfin, le cinquième pilier est celui de la paix. S’appuyant sur les Béatitudes, Dr Paré a rappelé que Jésus ne déclare pas heureux ceux qui parlent de paix, mais ceux qui la construisent. « Être artisan de paix sur Internet, c’est parfois choisir de ne pas répondre à une provocation, calmer une discussion, défendre une personne injustement attaquée ou rappeler les faits. » Selon lui, le Burkina Faso a aujourd’hui besoin de jeunes qui deviennent « des bâtisseurs de confiance, de fraternité et d’espérance ».

« Avant de partager, faites une pause de trente secondes »

Dans une partie très pratique de son intervention, le journaliste a proposé aux jeunes plusieurs réflexes simples. Le premier consiste à marquer un temps d’arrêt avant chaque partage. « Dans le journalisme, nous avons appris une règle d’or : la vitesse ne vaut jamais la vérité », a-t-il déclaré.

Avant de diffuser un message, il recommande de se poser trois questions : « Est-ce vrai ? Est-ce utile ? Est-ce que cela construit la paix ? Si une seule réponse est négative, mieux vaut s’abstenir ». dira-t-il.

Le deuxième réflexe consiste à apprendre à vérifier les informations : identifier la source, regarder la date, comparer avec plusieurs médias crédibles et ne jamais hésiter à reconnaître que l’on ne sait pas.

Le troisième invite les jeunes à faire des réseaux sociaux des espaces d’espérance en partageant davantage d’initiatives positives que de contenus polémiques.

Le quatrième appelle à protéger la réputation des autres en refusant de diffuser des images humiliantes ou des conversations privées.

Enfin, Dr Paré a encouragé les jeunes à apprendre à se déconnecter. « Les réseaux sociaux créent des connexions. Mais seuls les êtres humains créent de vraies relations », a-t-il rappelé.

Des ambassadeurs numériques de la paix

Pour conclure, le conférencier a lancé un véritable défi aux jeunes présents. Il les a invités à devenir, chacun dans sa paroisse, sa famille, son école ou son village, des « ambassadeurs numériques de la paix ». « Vous n’avez pas besoin d’être influenceur. Vous n’avez pas besoin d’avoir dix mille abonnés. Vous avez seulement besoin d’être cohérents », leur a-t-il lancé.

À ses yeux, les transformations profondes du Burkina Faso ne dépendront pas uniquement des grandes décisions prises dans les bureaux. « Le Burkina Faso changera aussi grâce aux milliers de petites décisions que des jeunes comme vous prendront chaque jour… avant d’appuyer sur le bouton « Partager ». »

« Chaque clic est un choix »

En guise de conclusion, Dr Cyriaque Paré a laissé aux jeunes une image forte. « Chaque fois que vous prenez votre téléphone, vous choisissez le monde que vous voulez construire. Chaque clic est un choix. Chaque commentaire est un choix. Chaque partage est un choix. Chaque publication est un choix. »

Avant de les inviter à s’interroger : « Si quelqu’un pouvait visiter votre téléphone ce soir, découvrirait-il un jeune qui construit la paix ? Un disciple du Christ qui vit l’Évangile jusque dans sa vie numérique ? »

Le parrain des JDJ a enfin exhorté les participants à faire de leurs téléphones non pas des instruments de division, mais des outils de vérité, de fraternité et d’espérance. « Les réseaux sociaux relient les téléphones. Seules des femmes et des hommes de cœur peuvent relier les personnes », a-t-il conclu sous les applaudissements nourris des participants, qui se sont engagés, à travers une charte de citoyenneté numérique, à devenir des modèles de responsabilité sur les réseaux sociaux.

Alphonse Dakuyo

Lefaso.net

Source: LeFaso.net