Sur Facebook, les publications énigmatiques qui laissent croire à une brouille entre deux personnes sont devenues monnaie courante. Au fil des publications, les internautes prennent position, les commentaires se déchaînent et les vidéos de réaction se multiplient. Chacun y va de son analyse, souvent sans connaître les faits. Puis, quelques jours plus tard, l’on découvre que tout avait été soigneusement orchestré. C’était un coup de communication préparé à l’avance destiné à promouvoir une œuvre ou à faire parler d’un projet. Le « buzz » tant recherché semble réussi, mais de nombreux internautes se retrouvent dans une position inconfortable, celle d’avoir défendu avec passion une cause dont ils ignoraient les véritables contours.

Aujourd’hui, chacun peut commenter, partager, analyser et même condamner en quelques secondes. On voit de plus en plus des réactions émotionnelles au détriment de la vérification des faits. Les publications les plus virales sont souvent celles qui suscitent la colère, l’indignation ou la compassion, des émotions qui poussent les utilisateurs à réagir avant même de chercher à comprendre.

Dans les conflits supposés entre artistes, producteurs ou personnalités publiques, le public n’a généralement accès qu’à une partie de l’histoire. Les échanges privés, les accords contractuels ou les stratégies de communication demeurent inconnus de la majorité des internautes. Mais cela n’empêche pas certains internautes de distribuer les rôles de victime et de coupable avec une assurance déconcertante.

Lorsque la vérité éclate et qu’il apparaît qu’il n’y avait pas réellement de conflit, les réactions changent rapidement. Les commentaires accusateurs disparaissent et très peu de personnes reconnaissent avoir été emportées par l’effet de foule. Le mal est cependant souvent déjà fait avec des injures proférées de part et d’autre.

On pourrait penser que ce n’est pas grave. Mais des personnes reçoivent des messages haineux pour avoir défendu le « mauvais » camp dans une dispute qui n’existait pas. Des réputations peuvent être abîmées par des accusations fausses, même quand elles sont ensuite démenties.

Aussi, à force d’être manipulé, le public devient méfiant, même face à de vrais conflits qui, eux, méritent d’être pris au sérieux.

Faut-il réagir à chaque polémique qui surgit sur Internet ? Pour notre part, la prudence reste la meilleure attitude. Une polémique vieille de quelques heures ne mérite pas une opinion tranchée.

Ensuite, il faut se poser les bonnes questions. Qui a intérêt à ce que cette information circule ? Une sortie d’album est-elle prévue bientôt ? Une tournée ? Le calendrier promotionnel des personnes concernées donne souvent la réponse.

Un producteur et son musicien ont une histoire, des contrats, des accords que le public ne voit jamais. Prendre parti avec certitude, c’est risquer de passer à côté de la plaque.

Attendre davantage d’informations, croiser les sources et accepter de ne pas disposer de tous les éléments sont des réflexes qui permettent d’éviter les jugements hâtifs. Il faut douter avant de juger, et se rappeler qu’une dispute trop parfaite, au moment idéal, n’en est peut-être pas une. Avant de choisir un camp, la retenue est parfois une forme de sagesse. Car toutes les batailles qui agitent Internet ne méritent pas nécessairement que l’on y participe.

Fredo Bassolé

Lefaso.net

Source: LeFaso.net