
La transformation numérique de l’État repose sur des infrastructures que le grand public voit rarement : réseaux interconnectés, centres de données, plateformes de messagerie, systèmes d’assistance, dispositifs de supervision et politiques de sécurité. Derrière ces fondations techniques se trouvent des femmes et des hommes qui veillent à leur conception, leur déploiement et leur fonctionnement quotidien. Rasmata Compaoré/Tiendrébéogo fait partie de ces bâtisseuses.
Ingénieure informaticienne, spécialiste des réseaux, des systèmes d’information, du support technique et de la gestion de projets, elle a consacré plus de vingt ans à la modernisation numérique des institutions publiques. De l’Office national d’identification à l’Assemblée nationale, puis à l’Agence nationale de promotion des TIC, son parcours est étroitement lié aux grands chantiers d’informatisation et d’interconnexion de l’administration burkinabè.
Une vocation née avec les premières générations d’informaticiens burkinabè
Rasmata Compaoré se forme à une époque où les femmes sont encore peu nombreuses dans les filières informatiques. Après un baccalauréat scientifique, elle intègre l’École Supérieure d’Informatique, où elle obtient un diplôme d’ingénieur des travaux informatiques. Elle poursuit ensuite son parcours avec une maîtrise en informatique appliquée à la gestion, puis un Master professionnel en réseaux informatiques et multimédia.
Elle complète cette formation par plusieurs certifications et enseignements spécialisés en gouvernance des systèmes d’information, gestion de projets et services informatiques, notamment ITIL V3 Foundation, COBIT 5 et PRINCE2. Cette combinaison entre développement, réseaux, administration des systèmes et gestion de projet deviendra l’une des forces de son profil.
Créer des solutions numériques utiles
Rasmata Compaoré commence sa carrière dans le développement informatique. Au sein de ZCP, elle devient responsable du service Développement et Formation. Elle participe à la conception de plusieurs applications professionnelles, notamment des outils de gestion commerciale, de gestion financière et de consultation de textes réglementaires. Elle contribue aussi à une étude régionale sur l’orientation des technologies de l’information dans le domaine de la surveillance épidémiologique en Afrique de l’Ouest. Cette première expérience lui permet de développer une approche très concrète du numérique : concevoir des outils qui répondent aux besoins réels des organisations.
Au cœur de l’identité numérique des Burkinabè
Entre 2007 et 2013, puis brièvement entre 2016 et 2017, elle exerce comme informaticienne à l’Office national d’identification. Elle accompagne la production des cartes nationales d’identité, administre les bases de données associées, participe à la conception de titres sécurisés et assure la gestion des téléservices de l’institution. Cette expérience la place au cœur d’un domaine stratégique : l’identité des citoyens et la sécurisation des données administratives. Elle y développe également une application de gestion des congés du personnel, projet qui lui vaut en 2007 un prix d’encouragement décerné aux femmes développeuses de logiciels libres lors des Rencontres africaines des logiciels libres à Rabat.
Moderniser la communication du Parlement
En 2013, Rasmata Compaoré rejoint l’Assemblée nationale du Burkina Faso comme Directrice de la Communication électronique. Elle y conduit plusieurs projets structurants : la création et administration du site web de l’Assemblée nationale, le développement du site du Conseil national de la Transition, la gestion des pages institutionnelles sur les réseaux sociaux, le déploiement d’une messagerie collaborative, la mise en place de l’intranet parlementaire, la gestion de plateformes de diffusion de SMS et de téléaffichage. Elle forme également les députés et le personnel à l’utilisation de ces outils. À travers ce travail, elle contribue à moderniser la communication institutionnelle et à rapprocher le Parlement des citoyens grâce au numérique.
Faire fonctionner l’administration connectée
En 2017, elle rejoint l’Agence nationale de promotion des TIC, où elle occupe successivement plusieurs fonctions de direction. Comme Directrice de l’Exploitation et du Support technique, elle coordonne l’assistance aux administrations, le fonctionnement des systèmes, des applications et des outils de communication. Elle pilote également la mise en place du centre de supervision du réseau, indispensable au suivi des infrastructures numériques de l’État. Elle devient parallèlement responsable des opérations du projet G-Cloud, puis Directrice technique du projet RESINA, le Réseau informatique national de l’administration. Ces responsabilités la placent au cœur des infrastructures qui soutiennent la digitalisation des services publics.
Étendre le RESINA à travers le territoire
Entre 2021 et 2023, Rasmata Compaoré occupe les fonctions de Directrice de l’Intranet gouvernemental. Sous sa responsabilité, le RESINA poursuit son extension à travers plusieurs villes du Burkina Faso, notamment Koudougou, Kaya, Gaoua, Tenkodogo et Fada N’Gourma. Plus de deux cents bâtiments administratifs sont raccordés, parmi lesquels des établissements d’enseignement supérieur, des structures du ministère de la Santé et des sites de l’Université virtuelle.
Elle supervise aussi l’exploitation des centres de données de l’administration, le contrôle des journaux de sécurité des pare-feu, la définition des règles de sécurité, l’élaboration du plan stratégique de développement du RESINA, la préparation de sa politique de sécurité des systèmes d’information. Ces missions démontrent que son rôle ne consiste pas seulement à connecter les administrations, mais aussi à garantir la disponibilité, la sécurité et la continuité de leurs services numériques.
Conseiller, contrôler et protéger
Depuis 2023, elle exerce comme Conseillère technique à l’ANPTIC, où elle apporte son expertise au Directeur général et suit les dossiers techniques de l’Agence. Parallèlement, elle siège depuis 2018 au Collège des commissaires de la Commission de l’Informatique et des Libertés. À ce titre, elle participe à l’examen des dossiers liés à la protection des données personnelles, aux missions de contrôle de conformité et aux actions de sensibilisation destinées aux responsables de traitements et aux citoyens. Son parcours associe ainsi deux dimensions complémentaires : construire les infrastructures numériques et veiller à ce qu’elles respectent les droits des utilisateurs.
Une pionnière des logiciels libres et de la citoyenneté numérique
L’engagement de Rasmata Compaoré dépasse ses fonctions administratives. Depuis le début des années 2000, elle participe activement aux communautés du logiciel libre. Elle est membre de l’Association burkinabè pour Linux et les logiciels libres, de la communauté Drupal, de l’Initiative TIC et Citoyenneté et la présidente de l’association Femmes TIC Burkina Faso. Elle a animé plusieurs formations sur Drupal, les outils collaboratifs, les blogs, les wikis et les services Internet, notamment dans le cadre d’activités soutenues par la Francophonie.
Une femme reconnue pour son leadership
Le parcours de Rasmata Compaoré a été salué par plusieurs distinctions. En 2020, elle est faite Chevalier de l’Ordre du Mérite des Arts, des Lettres et de la Communication, avec agrafe Postes et Télécommunications. En 2022, elle reçoit le prix du Meilleur Manager de l’ANPTIC, tandis que son engagement dans le développement de logiciels libres avait déjà été récompensé dès 2007. Ces distinctions consacrent à la fois une expertise technique, une capacité de management et un engagement de longue durée au service de l’administration numérique.
Une vision concrète de la transformation digitale
Le parcours de Rasmata Compaoré rappelle que la transformation digitale ne se résume pas aux grandes annonces ou aux applications visibles du public. Elle repose aussi sur le raccordement des bâtiments, la supervision des réseaux, la gestion des incidents, la protection des données, l’assistance aux utilisateurs et la formation des agents. C’est dans cette dimension opérationnelle, parfois discrète mais indispensable, qu’elle a construit l’essentiel de son œuvre.
Pourquoi fait-elle partie des 100 Visages du Burkina Digital ?
Parce qu’elle a participé à la modernisation numérique de plusieurs institutions majeures du Burkina Faso.
Parce qu’elle a contribué au développement et à l’exploitation du RESINA, du G-Cloud, des centres de données et des services numériques de l’administration.
Parce qu’elle associe expertise technique, protection des données personnelles, transmission des compétences et engagement en faveur des femmes dans le numérique.
Et parce que son parcours démontre que les infrastructures les plus importantes sont souvent bâties par des professionnelles dont la rigueur et la constance assurent le fonctionnement quotidien de l’État numérique.
Source: LeFaso.net
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