La question foncière demeure l’un des principaux défis du développement local au Burkina Faso. Dans un contexte marqué par la pression croissante sur les terres, les effets du changement climatique, l’insécurité et la multiplication des conflits liés à l’accès aux ressources naturelles, la gouvernance foncière est devenue un enjeu majeur de cohésion sociale et de résilience des communautés. C’est dans cette perspective que l’Observatoire national du foncier au Burkina Faso (ONF-BF), avec l’appui d’Enabel, l’agence belge de développement, a organisé, le vendredi 31 juillet 2026 à Koupéla, un atelier de bilan et de redevabilité du projet « Soutien à la décentralisation foncière, à la prévention et à la gestion des conflits autour de l’utilisation des terres et des ressources naturelles » (SDF-PGC).

Mis en œuvre durant 42 mois dans 13 communes des régions du Nakambé, du Kuilsé et de l’Oubri, le projet a été financé par le Royaume de Belgique à travers Enabel dans le cadre du Portefeuille thématique climat Sahel (PTCS). L’initiative a visé à renforcer la gestion durable et inclusive du foncier, à prévenir les conflits liés aux ressources naturelles et à accroître la résilience des populations face aux effets du changement climatique.

Plus qu’une cérémonie de clôture, la rencontre de Koupéla a constitué un exercice de redevabilité envers les partenaires techniques et financiers, les autorités administratives et coutumières, les collectivités territoriales, les services techniques, les organisations de producteurs, l’Institut des sciences des sociétés (INSS) et les communautés bénéficiaires. Elle a permis de présenter les résultats obtenus, les innovations développées, les changements observés sur le terrain ainsi que les défis rencontrés au cours de la mise en œuvre du projet.

Les communes bénéficiaires du projet sont : Andemtenga, Koupéla, Kando et Pouytenga pour la région du Nakambé ; Boulsa, Boala, Dargo, Pibaoré et Ziga pour la région du Kuilsé ; ainsi que Kogho, Méguet, Salogo et Absouya pour la région de l’Oubri

Les participants ont notamment échangé sur les approches de gestion traditionnelle des conflits fonciers, la recherche-action menée avec l’INSS, les chartes foncières locales, l’accompagnement des organisations de producteurs et les perspectives de mise à l’échelle des expériences réussies.

Le secrétaire exécutif de l’Observatoire national du foncier au Burkina Faso (ONF-BF), Issoufou Ganou, a dressé un bilan satisfaisant du projet. Selon lui, les interventions ont d’abord permis d’accompagner la décentralisation foncière à travers le renforcement des services fonciers ruraux et des bureaux domaniaux des communes bénéficiaires. Les acteurs locaux ont bénéficié de formations, d’un accompagnement technique et de prestations de serment afin d’être pleinement opérationnels dans la formalisation des droits fonciers.

Il a également indiqué que le projet a permis de mettre en place et de renforcer les commissions foncières villageoises et les commissions de conciliation foncière villageoises afin d’améliorer la gouvernance locale du foncier.

L’Observatoire national du foncier au Burkina Faso (ONF-BF) a assuré la mise en œuvre du projet, qui a été financé à hauteur de près de 600 millions de FCFA par Enabel

S’agissant de la prévention des conflits, Issoufou Ganou a expliqué qu’une recherche conduite avec l’Institut des Sciences des Sociétés a permis de documenter les pratiques coutumières de gestion foncière. Ces connaissances ont ensuite été codifiées sous forme de chartes foncières locales dans certaines communes pilotes. Fondées sur les us et coutumes tout en étant conformes à la législation burkinabè, ces chartes constituent désormais un cadre de référence pour prévenir et régler les différends fonciers.

Le secrétaire exécutif de l’ONF-BF a également mis en avant l’accompagnement apporté à certaines collectivités dans l’élaboration de leurs plans d’occupation des sols, des outils essentiels pour organiser l’utilisation des espaces communaux et mieux planifier leur développement.

Issoufou Ganou a souligné l’importance de l’implication des chefs coutumiers dans la réussite du projet, notamment dans la prévention et la gestion des conflits fonciers

En matière de sécurisation foncière, il a relevé que le projet a facilité la délivrance des attestations de possession foncière rurale. Dans certaines localités, plus de 150 attestations ont été établies. Les 13 communes disposent désormais des compétences et des outils nécessaires pour poursuivre de manière autonome la formalisation des droits fonciers avec l’appui des services techniques compétents.

Le projet a également accompagné la structuration des organisations de producteurs. Dans plusieurs localités, des sociétés coopératives ont été reconnues juridiquement et, dans d’autres, elles ont bénéficié d’un accompagnement pour sécuriser leurs terres. Une démarche qui facilite leur accès au financement et renforce leur capacité à valoriser durablement les ressources foncières.

Face aux micros, Inoussa Sankara a indiqué qu’Enabel œuvre au quotidien aux côtés du Burkina Faso pour contribuer à son développement à travers des actions concrètes dans plusieurs secteurs

Pour le responsable du Portefeuille thématique climat Sahel (PTCS), volet Burkina Faso, Inoussa Sankara, cette initiative traduit une vision plus globale de la gestion des ressources naturelles. « Au niveau du Portefeuille Thématique Climat Sahel (PTCS), nous avons fait de la gouvernance des ressources naturelles un levier de résilience climatique, sociale et sécuritaire. C’est dans cette perspective que nous avons choisi d’investir des ressources financières pour améliorer la gouvernance de ces ressources, afin de renforcer la cohésion sociale autour de leur gestion et de leur utilisation », a-t-il expliqué.

Une satisfaction des communautés et de l’autorité

Au nom des bénéficiaires, le Wibg-Naaba d’Andemtenga a exprimé sa reconnaissance aux partenaires du projet. Il a estimé que les actions menées ont contribué à réduire les conflits fonciers dans les localités bénéficiaires tout en permettant aux populations de mieux connaître la réglementation foncière. Selon lui, cette meilleure compréhension des textes favorise désormais une gestion plus apaisée des terres et des ressources naturelles.

Présidant la cérémonie, le secrétaire général de la province du Kouritenga, Fernand Wenceslas Yicinbalo N’Do, a salué les résultats obtenus. « Au-delà des réalisations techniques, le projet a contribué à instaurer un climat de confiance entre les communautés et les institutions chargées de la gouvernance foncière. Il a surtout permis de démontrer qu’une gestion concertée des ressources naturelles constitue un puissant levier de cohésion sociale, de stabilité et de développement économique », s’est-il réjoui.

Face aux micros, le Wibg-Naaba d’Andemtenga a exprimé sa reconnaissance aux acteurs de mise en œuvre du projet pour les actions menées au profit des communautés bénéficiaires

Il a ajouté que cet atelier a constitué une étape essentielle de capitalisation, permettant de tirer les enseignements de l’expérience, d’identifier les bonnes pratiques, d’analyser les difficultés rencontrées et de formuler des recommandations pour améliorer les futures interventions en matière de gouvernance foncière.

La mise en œuvre du projet SDF-PGC s’est inscrite dans les interventions du Portefeuille thématique climat Sahel (PTCS) pour la période 2022-2026. Financé par le Royaume de Belgique à travers Enabel, ce programme régional est déployé au Burkina Faso, au Mali, au Niger et au Sénégal. Il vise à lutter contre la déforestation et les effets du changement climatique en favorisant la restauration des terres dégradées, la gestion durable des ressources naturelles et le renforcement de la résilience des communautés rurales.

Au-delà du PTCS, Enabel accompagne depuis plusieurs années le Burkina Faso dans des secteurs stratégiques tels que la gouvernance, l’agriculture, la formation professionnelle, l’emploi des jeunes, l’entrepreneuriat, la décentralisation, le climat et le développement local. À travers ces interventions, l’agence belge de développement contribue au renforcement des capacités des institutions nationales et des collectivités territoriales, tout en améliorant durablement les conditions de vie des populations.

Fernand Wenceslas Yicinbalo N’Do (à droite sur l’image) a salué l’engagement d’Enabel pour ses nombreuses actions en faveur du développement du Burkina Faso

Le projet SDF-PGC illustre ainsi cette coopération de longue date entre le Burkina Faso et le Royaume de Belgique en faveur d’une gouvernance foncière plus inclusive, d’une meilleure cohésion sociale et d’une résilience accrue face aux défis climatiques.

SB

Lefaso.net

Source: LeFaso.net