
Pour l’obtention de son doctorat unique de l’université Joseph-Ki-Zerbo, spécialité entomologie agricole, Manoé René Sanou a mené sa recherche sur le thème : « Perspectives de gestion intégrée des populations de Spodoptera frugiperda J.E Smith (Lepidoptera : Noctuidae) au Burkina Faso : importance des variétés de maïs et des plantes hôtes alternatives potentielles ». Après plusieurs années de travail acharné entre terrain et laboratoire, le doctorant a défendu sa thèse devant un jury, ce jeudi 30 juillet 2026 à l’université Jospeh-Ki-Zerbo de Ouagadougou. Une ultime étape à l’issue de laquelle, le candidat a été jugé digne du grande de doctorat avec la mention « Très honorable ».
Pour évaluer le travail, un jury présidé par Wendengoudi Guenda, professeur titulaire à l’université Joseph-Ki-Zerbo. À ses côtés, en qualité de membres, Issoufou Ouédraogo, maître de recherche à l’INERA/CNRST (Institut de l’environnement et de recherches agricoles/Centre national de recherche scientifique et technologique), rapporteur ; Anicet Gbèblonoudo Dassou, maître de conférences à l’université nationale des sciences, technologies et mathématiques du Bénin (rapporteur) ; Zakaria Ilboudo, professeur titulaire à l’université Joseph-Ki-Zerbo (examinateur) ; et Antoine Sanon, professeur titulaire à l’université Joseph-Ki-Zerbo, directeur de thèse.
Que retenir donc de cette recherche sur les « Perspectives de gestion intégrée des populations de Spodoptera frugiperda J.E Smith (Lepidoptera : Noctuidae) au Burkina Faso : importance des variétés de maïs et des plantes hôtes alternatives potentielles » ? Le travail du doctorant Sanou a consisté en l’exploration des solutions alternatives à l’utilisation des insecticides chimiques de synthèse pour lutter contre la chenille légionnaire d’automne, Spodoptera frugiperda, qui a fait son apparition depuis 2017 au Burkina Faso et qui reste une préoccupation pour le monde rural. Cette chenille légionnaire d’automne provoque des pertes significatives de rendement sur le maïs dans notre pays. Face à la situation, la lutte chimique était la méthode la plus utilisée par les producteurs, avec tout ce que cela comporte comme conséquences sur la santé humaine et sur l’environnement. C’est sur cette question concrète que Manoé René Sanou, d’alors cadre au ministère en charge de l’Agriculture, a jeté son dévolu.
L’objectif de cette thèse est de contribuer à la gestion intégrée des populations de Spodoptera frugiperda à travers une meilleure compréhension des contraintes phytosanitaires des producteurs de maïs et des interactions du nuisible avec ses plantes hôtes cultivées ou sauvages. Ainsi, les activités de recherche conduites visaient d’abord à analyser le niveau de connaissance de la chenille légionnaire d’automne par les producteurs ainsi que l’identification des pratiques de lutte d’urgence mises en œuvre, ensuite à cribler les principales variétés de maïs cultivées au Burkina Faso afin d’identifier les moins favorables au développement du ravageur et, enfin, à identifier les cultures maraîchères et des plantes non-cultivées pouvant servir d’hôtes alternatifs.
La recherche a conduit le candidat dans 48 villages de neuf régions, pour une enquête auprès de 161 producteurs. Ainsi, à travers plusieurs activités, il s’est d’abord interrogé s’il n’y a pas, parmi les variétés de maïs cultivées au Burkina Faso, certaines qui soient moins favorables au développement du ravageur. Aussi, étant donné que ce ravageur est très polyphage, le doctorant a ensuite voulu comprendre s’il n’existe pas d’espèces végétales qui lui permettent de se maintenir pour attendre l’autre saison. « Les résultats des enquêtes de perception des producteurs ont confirmé que la grande majorité (> 90%) recourt systématiquement à une diversité d’insecticides de synthèse pour contrôler le ravageur. Par ailleurs, 23% des producteurs ont mentionné l’utilisation de semences améliorées tandis que les autres ont cité le sable, la cendre ou certains biopesticides comme méthodes alternatives utilisées », a dévoilé Manoé René Sanou.
« L’alimentation de près de 200 millions de personnes en Afrique pourrait être en péril »
L’étude de l’influence des principales variétés de maïs sur la biologie de Spodoptera frugiperda a, poursuit le doctorant, révélé que deux variétés, notamment Bondofa et Wari, ont une influence négative sur le poids des chrysalides et le développement larvaire du ravageur. Selon M. Sanou, la recherche d’hôtes alternatifs a également indiqué que la flore sauvage composée de Balanites aegyptiaca (L.) Delile, Ipomoea involucrata (P. Beauv.), Ludwigia hyssopifolia (G. Don), Merremia aegyptiaca (L.) Urb. et Rottboellia cochinchinensis (Lour.) Clayton peut héberger la chenille légionnaire d’automne et contribuer ainsi à assurer sa survie lorsque le maïs est peu disponible.
« De plus, la laitue, le chou et l’oignon sont des spéculations maraîchères favorables au ravageur tandis que certains Solanacées comme l’aubergine violette (Solanum aethiopicum L.), la tomate (Solanum lycopersicum L.) et le poivron (Capsicum annuum L.) lui sont défavorables. Ainsi, la surveillance des plantes hôtes relais à l’intérieur et autour des champs est recommandée. Les Solanacées non-hôtes pourraient aussi être intégrées dans les systèmes de cultures à base de maïs afin de limiter la prolifération de la chenille légionnaire d’automne sur les sites maraîchers. Les résultats contribuent au développement de stratégies de gestion intégrée des populations du ravageur », a déroulé le candidat, dont le travail est assorti de recommandations adressées au ministère en charge de l’Agriculture, au ministère en charge de la Recherche ainsi qu’aux producteurs et leurs coopératives.
Cette étape de présentation a fait place à l’intervention du jury. Elle a permis à chaque membre de faire une appréciation sur le document, dans la forme que dans le fond. Tous ont salué un travail aux résultats intéressants et aux pratiques qui méritent d’être valorisés pour répondre à cette préoccupation qui est, au-delà du Burkina, partagée par les pays du CILSS (Comité permanent inter-États de lutte contre la sécheresse dans le Sahel).

De l’étudiant, les membres du jury ont également fait mention de sa persévérance, de son dynamisme, de sa résilience, de sa rigueur qui s’incarnent entre autres par la qualité de structuration et la démarche scientifique cohérente, le volume de ses recherches, la clarté et la simplicité qui caractérisent son document.
Après avoir fait quelques observations de forme et de fond à prendre en compte dans le document final, les examinateurs ont procédé à la délibération. Ainsi, le jury a reconnu un excellent travail abattu par Manoé René Sanou et l’a déclaré digne du grade de docteur de l’université Joseph-Ki-Zerbo avec la mention Très honorable.
Pour le désormais docteur, c’est l’aboutissement de plusieurs années de travail, un long processus fait également de difficultés. Ce moment de fierté et de sentiment de mission accomplie s’est avéré propice donc pour témoigner ses reconnaissances à tous ceux qui ont été d’un soutien dans le processus.
Pour le directeur de thèse, la problématique traitée est pertinente, d’actualité et vient en complément à d’autres études menées sur ce ravageur du maïs. « Cette thèse a surtout focalisé la recherche sur les plantes hôtes (c’est la plus-value, l’originalité), en commençant par celle préférée qu’est le maïs, sur lequel on a de gros problèmes. Je pense que si on lésine sur la préoccupation, nous mettrons en péril l’alimentation de près de 200 millions de personnes en Afrique. C’est énorme et cela justifie aussi que tous les efforts soient effectivement consentis pour pouvoir juguler le problème. (…). D’autres ont travaillé auparavant sur des moyens de lutte ou sur la biologie même de l’insecte, mais Manoé René Sanou a, lui, focalisé son attention sur les plantes hôtes qui, dans un premier temps, permettent à l’insecte de se développer et de se maintenir, et aussi de pouvoir rester dans la nature tout le temps, en permanence, pour attaquer le maïs dans les champs. Le fait d’avoir identifié des plantes qui peuvent maintenir l’insecte, c’est aussi un moyen supplémentaire qu’on peut avoir dans la lutte contre le nuisible, en ce sens qu’en jouant sur les zones où on sait que le nuisible est présent, on peut diminuer les sources d’infestation des champs de maïs. C’est un plus que cette thèse a apporté », a commenté, à l’issue de la délibération, le directeur de thèse, Pr Antoine Sanon, relevant que l’impétrant a surtout dégagé des perspectives qu’on peut continuer à explorer.
O.L.
Lefaso.net
Source: LeFaso.net


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