Présent au Burkina Faso depuis le début des années 1980, le Mouvement raélien demeure peu connu du grand public, alors même qu’il suscite régulièrement débats et controverses. Dans cet entretien accordé à Lefaso.net, Mariame Banémanie Siribié/Traoré, guide-évêque, et David Fofana, assistant-guide du Mouvement raélien au Burkina Faso, reviennent sur les origines du raélisme, ses principales croyances et son implantation dans le pays. Ils exposent également leurs positions sur des sujets tels que la science, le clonage, la sexualité et les droits humains, ainsi que leur projet de construction d’une ambassade destinée, selon leurs convictions, à accueillir les Elohim.

Lefaso.net : Pouvez-vous présenter le Mouvement raélien à quelqu’un qui n’en a jamais entendu parler ?

Mariame Banémanie Siribié/Traoré : Le raélisme est une religion scientifique ; c’est la religion des religions. C’est une religion athée, dans le sens qu’il n’y a ni Dieu, ni âme. Nous disons que nous avons été créés par les Elohim. « Elohim » est un mot hébreu au pluriel qui signifie « Ceux qui sont venus du ciel ». Quand ils sont arrivés, la Terre était entièrement recouverte d’eau. Il y a eu des travaux de titans qui ont permis de faire ressortir la terre ferme. Ils s’y sont ensuite installés, ont construit leurs laboratoires et ont créé toute l’humanité, les animaux, les plantes et les humains. L’homme a été créé à leur image et à leur ressemblance, c’est-à-dire tels que nous sommes, grâce à une parfaite maîtrise de l’ingénierie génétique et de l’ADN (Acide désoxyribonucléique).

Mariame Banémanie Siribié/Traoré est l’ancienne compagne de Tiémokoni Siribié.

Par la suite, à différentes époques et dans différentes régions du monde, les Elohim ont envoyé différents prophètes, notamment Jésus, Mahomet, Bouddha, et des prophètes noirs tels que Kimpa Vita et Simon Kimbangu. Une quarantaine de prophètes qui se sont succédé au fil des temps.

Enfin, ils décidèrent d’envoyer leur dernier prophète, Raël, qui avait pour mission de diffuser ce message à travers le monde et de construire une ambassade (en cette période de l’Apocalypse dans laquelle nous sommes entrés depuis le 6 août 1945), pour accueillir les Elohim. Ils viendront alors transmettre à l’humanité leurs connaissances scientifiques de plus de 25 000 ans. Ils sont évidemment très en avance sur nous sur le plan scientifique. C’est donc un cadeau qu’ils nous font par amour en venant nous voir et nous léguer ces connaissances scientifiques. La question reste donc de savoir si nous sommes prêts à écouter le message de Raël, à soutenir le projet de construction de l’ambassade et à les accueillir.

Comment et quand le mouvement s’est-il implanté au Burkina Faso ?

C’est grâce à feu Tiémokoni Siribié que le Mouvement raélien s’est implanté au Burkina Faso. Cheminot de profession, il se trouvait en France dans le cadre d’une formation aux chemins de fer lorsqu’il a découvert, dans une librairie, le livre de Raël intitulé « Le livre qui dit la vérité ». C’était un grand lecteur, particulièrement intéressé par les ouvrages traitant des mystères de l’humanité et des sciences. Il a donc acheté le livre et l’a lu en une seule nuit. À la fin de l’ouvrage, il était indiqué qu’il y avait un deuxième tome. Le lendemain, il est retourné à la librairie pour l’acheter et l’a lu dans la foulée. À la fin de ce second livre figurait une invitation à participer à un rassemblement. Il s’y est rendu et y a rencontré Raël.

Il s’est approché de lui et lui a demandé : « Est-ce que ce que vous dites est vrai ? » Raël lui a répondu : « Oui, c’est vrai. » À partir de ce moment, Tiémokoni Siribié s’est donné pour mission de faire connaître le message raélien sur l’ensemble du continent africain.

Raël, de son vrai nom Claude Vorilhon, est un ancien journaliste automobile français. Il a fondé le Mouvement raëlien en 1974.

À son retour au Burkina Faso, alors Haute-Volta, il est revenu avec plusieurs ouvrages de Raël et a commencé à en parler avec ses proches, dont moi qui étais sa compagne. Nous aussi, nous l’avons suivi et ensemble, nous avons accueilli Raël au Burkina Faso en février 1982. Il a donné une grande conférence à la Maison du peuple, devant un public composé notamment de nombreux étudiants. Les échanges ont été riches et de nombreuses questions ont été posées. La rencontre s’est déroulée dans de très bonnes conditions.

Par la suite, nous avons entrepris les démarches administratives nécessaires pour obtenir la reconnaissance officielle du mouvement. En 1980, nous avons obtenu tous les documents requis. Dès lors, nous avons commencé à diffuser les enseignements du Mouvement raélien, notamment de l’ambassade, de l’ADN, des Elohim et des différents prophètes qui se sont succédé sur la Terre au cours de l’histoire.

Quels sont les principes et les valeurs qui guident votre communauté ?

David Fofana : Dans l’enseignement de notre bien-aimé prophète Raël, il existe neuf valeurs fondamentales. Certaines sont partagées par d’autres courants de pensée, tandis que d’autres sont propres au Mouvement raélien. Et ces valeurs sont : Amour de soi : S’aimer soi-même, accepter ses imperfections, éviter les substances nocives (drogues, alcool, tabac) et cultiver la paix intérieure par la méditation et la conscience de ses émotions.

Respect de soi : Adopter un mode de vie sain en harmonie avec la nature, préserver son code génétique et choisir le bonheur plutôt que le stress.

Partage : Chaque être humain a droit à la nourriture, au logement, aux vêtements et à l’éducation. Le luxe est permis, mais proportionnel au travail et au progrès apportés à la société.

Respect des autres : Encourager et célébrer les différences (ethniques, culturelles, religieuses, sexuelles). La diversité est une richesse et doit être vécue pleinement.

Responsabilisation : Chaque individu est responsable de ses actes, même en obéissant à un ordre. Il faut refuser toute action contraire à sa conscience.

Respect absolu de la vie : La vie d’un seul être humain non-violent vaut autant que celle de l’humanité entière. « Tu ne tueras point » est un principe fondamental.

Amour des différences : Aller au-delà de la tolérance : aimer et encourager les autres à vivre pleinement leurs différences, défendre les droits humains et refuser toute violence contre les minorités.

Féminité : La féminité est synonyme d’amour et de sagesse. Elle doit être davantage présente dans la société pour équilibrer les énergies et favoriser la paix.

Non-violence : Refuser toute forme de violence, physique ou morale, et promouvoir la paix comme fondement de l’humanité.

David Fofana est assistant-guide.

Le mouvement affirme que la vie sur Terre a été créée par des êtres extraterrestres appelés les Elohim. Sur quels éléments repose cette conviction ?

David Fofana : Le 13 décembre 1973, notre bien-aimé prophète Raël a été rencontré par un extraterrestre, Yahweh en personne, le Président du Conseil des Éternels et le représentant des Élohim, Créateurs de l’humanité.

Au cours de cette rencontre, qui s’est déroulée sur six jours à raison d’environ une heure par jour, Yahweh lui a transmis les informations qui constituent aujourd’hui le fondement du message raélien. C’est donc de Yahweh lui-même que Raël a reçu toutes ces informations. Il est bon de noter que le Message raélien est la synthèse de toutes les religions du monde, dans la mesure où les Élohim sont à l’origine de toutes les religions, tous les prophètes connus sont leurs envoyés.

Qui est Raël et quel rôle joue-t-il dans votre doctrine ?

David Fofana : Raël était journaliste dans une revue de sport automobile avant la rencontre du 13 décembre 1973. Et un matin d’hiver, comme par télépathie, il a été attiré dans le cratère d’un volcan éteint, le « Puy-de-Lassolas », à Clermont-Ferrand, en France. C’est depuis cette rencontre-là qu’il est passé de simple journaliste à Prophète de l’infini ; il est le Messager de toute l’humanité. Il passe toute sa vie à donner des enseignements, à parler d’amour pour que l’humanité connaisse la paix.

Que représente le message des Élohim et quel est son contenu essentiel ?

David Fofana : Le Mouvement raélien a deux objectifs principaux : la diffusion des messages sur toute la planète, dans toutes les langues possibles, et la construction d’une ambassade pour accueillir les Élohim. Mais en même temps, nous œuvrons pour la paix sur terre à travers ces enseignements. Donc le contenu, c’est l’amour des différences, faire régner la paix sur terre ; ça c’est vraiment important pour les raéliens.

Si les Élohim revenaient aujourd’hui, selon vos croyances, que se passerait-il ?

Mariame Banémanie Siribié/Traoré : Les Élohim reviendront en compagnie de tous les prophètes, dans l’ambassade que nous aurons construite pour leur accueil. Par amour pour l’humanité, ils viendront nous transmettre leurs connaissances afin de nous permettre, à notre tour, d’assurer la pérennité de l’espèce humaine. Ils nous révéleront notamment le secret de la vie éternelle et partageront avec nous leurs connaissances scientifiques de plus de 25 000 ans.

Si ces connaissances étaient transmises à l’humanité, elles permettraient à nos scientifiques de réaliser des avancées considérables, notamment dans l’exploration spatiale. À terme, ils pourraient découvrir d’autres planètes et perpétuer l’espèce humaine en y créant la vie.

Quelles sont vos principales activités au Burkina Faso ?

Mariame Banémanie Siribié/Traoré : Au Burkina Faso, nous menons des activités de diffusion du Message raélien depuis 1982. À travers ces actions, de nouvelles personnes découvrent notre enseignement. Lorsqu’elles atteignent un certain niveau de compréhension et qu’elles acceptent les principes du message raélien, elles peuvent intégrer le mouvement.

Par la suite, nous organisons des sessions de formation à des périodes précises, aussi bien au Burkina Faso que dans d’autres pays du continent.

Au Burkina Faso, ces formations se tiennent à Dingasso, un village situé à une quinzaine de kilomètres de Bobo-Dioulasso sur l’axe menant à Banfora. Nous avons baptisé ce site « Elohika ». Niché au pied des falaises, c’est un lieu que nous apprécions particulièrement.

Nous y dispensons des formations destinées aux personnes souhaitant approfondir leur connaissance du message raélien et participer à sa diffusion.

Existe-t-il des conditions particulières pour adhérer au mouvement ?

Mariame Banémanie Siribié/Traoré : Lorsqu’une personne adhère aux enseignements et aux principes du mouvement, elle peut recevoir la Transmission du Plan cellulaire, qui correspond au baptême dans le Mouvement raélien.

À partir de cette cérémonie, elle est officiellement reconnue comme membre du mouvement. Les Élohim la reconnaissent également immédiatement comme raélienne puisqu’elle reconnaît les Élohim comme ses créateurs.

Il est important de noter que le baptême raélien, organisé partout dans le monde, se fait uniquement à ces dates précises :

6 août 1945 : marque l’entrée de notre humanité dans l’âge de l’Apocalypse ou l’âge de la Révélation.

7 octobre 1975 : commémore la deuxième rencontre de Raël avec les Elohim. C’est à cette occasion qu’il a été amené sur leur planète où il a rencontré les différents prophètes envoyés sur Terre. Il a échangé avec eux et partagé un repas en leur compagnie.

13 décembre 1973 : commémore la première rencontre entre Raël et Yahweh, le représentant des Élohim.

1ᵉʳ dimanche d’avril : c’est la célébration de la vie. C’est à cette date que le premier être humain a été créé sur Terre.

Votre mouvement est régulièrement qualifié de secte. Comment réagissez-vous à cette appellation ?

Mariame Banémanie Siribié/Traoré : (Rires) Toute religion a d’abord été considérée comme une secte à ses débuts. Jésus, par exemple, n’avait au départ que douze apôtres. Toute nouvelle religion commence par un petit noyau de fidèles avant de se développer progressivement.

Avec le temps, ses adeptes se répandent dans différents pays et la religion gagne en reconnaissance. Si le Mouvement raélien est encore qualifié de secte par certains, c’est parce qu’il ne compte pas encore un grand nombre d’adeptes.

Mariame Banémanie Siribié/Traoré est guide-évêque.

Que répondez-vous à ceux qui considèrent vos croyances comme invraisemblables ?

David Fofana : Les enseignements de notre bien-aimé prophète Raël sont fondés sur l’amour. C’est pourquoi nous répondons aux critiques et aux moqueries par l’amour. Nous sommes convaincus d’être dans la vérité. Dès lors, les moqueries ou les critiques n’ont pas d’impact sur nous. Au contraire, nous continuons à témoigner de la bienveillance envers ceux qui ne partagent pas nos convictions, en espérant qu’un jour ils comprendront, selon notre croyance, que notre message est fondé. Nous pensons que le retour des Élohim permettra à chacun de le constater.

Le mouvement est souvent associé au clonage humain. Quelle est aujourd’hui votre position officielle sur cette question ?

David Fofana : À l’époque, cette technologie suscitait de nombreuses moqueries, car beaucoup la jugeaient irréalisable. Aujourd’hui, elle est vulgarisée dans le monde scientifique. Le clonage est désormais largement connu, notamment le clonage des animaux et des végétaux ; et d’ailleurs nous consommons tous des produits qui en sont issus.

En 2002, Brigitte Boisselier, spécialiste du clonage humain, est venue au Burkina Faso pour animer une conférence sur le sujet. En passant, on pourrait affirmer que le Burkina Faso est le pays des « buzz » positifs, dans la mesure où de nombreux grands événements y sont annoncés ou présentés. Cette conférence avait d’ailleurs suscité un important engouement. Le mouvement raélien est favorable au clonage humain et n’y voit aucun problème.

Vue de la maquette de l’ambassade des extraterrestres que le Mouvement raëlien souhaite construire au Burkina Faso.

Le mouvement est également connu pour ses positions sur la liberté sexuelle. Quelle est votre vision de la sexualité et comment s’inscrit-elle dans votre philosophie ?

David Fofana : Les raéliens ne sont pas totalement différents des autres. La seule différence est que nous militons pour la liberté sexuelle mais sans obligation. Dans la société, la sexualité est un sujet tabou. Pourtant, aucun être humain, en dehors du clonage, ne naît autrement que par la reproduction sexuelle. Nous sommes donc tous des êtres issus d’un rapport sexuel. C’est pourquoi nous estimons qu’à partir d’un certain âge, les enfants devraient recevoir une éducation à la sexualité. Sinon, c’est la rue qui le fera. Une meilleure éducation à la sexualité contribuerait à prévenir de nombreux cas de violences, de crimes sexuels. De la même manière que l’on enseigne les autres disciplines, la sexualité devrait faire l’objet d’un enseignement rigoureux permettant à chacun de connaître son corps, d’exercer son libre arbitre et de savoir dire non quand il faut dire non, et oui quand il faut dire oui. Et un point très important à souligner : les relations sexuelles ne doivent avoir lieu qu’entre personnes adultes et consentantes. Nous condamnons fermement la pédophilie qui est un crime odieux.

Avez-vous déjà rencontré des difficultés avec les autorités burkinabè ou avec la population ?

David Fofana : Nous n’avons jamais rencontré de difficultés avec les autorités. Je peux même dire que le mouvement entretient de bonnes relations avec les autorités actuelles. Le Mouvement raélien est totalement en phase avec les visions politiques des autorités actuelles, notamment sur le plan scientifique. Nous estimons que les enseignements et les messages que nous diffusons rejoignent cette vision.

Par ailleurs, nous constatons que l’annonce du projet de construction d’une ambassade destinée à accueillir les extraterrestres suscite un intérêt au sein de la population. Nous observons également que certaines entreprises utilisent, dans leur communication, des images représentant des extraterrestres. S’il existait un rejet ou une perception négative de la part des populations, cette adhésion ou cet intérêt ne se manifesterait pas de cette manière.

Selon les Raéliens, Raël est le prophète de toute l’humanité et le « Messager de l’infini ». Ils affirment qu’il consacre sa vie à promouvoir l’amour afin de favoriser la paix au Burkina Faso, en Afrique et dans le monde.

Comment voyez-vous l’avenir du Mouvement raélien au Burkina Faso ?

David Fofana : Nous envisageons un avenir radieux. Le Mouvement raélien est la religion des religions, la religion qui défend les droits humains. Nous œuvrons pour l’accueil de tous les prophètes. À nos yeux, les différentes religions devraient donc s’unir et nous rejoindre dans cette démarche. Nous sommes convaincus que le présent comme l’avenir du Mouvement raélien sont prometteurs. Cela fait 52 ans aujourd’hui que nous diffusons ces messages et aujourd’hui tout se passe bien, nous sommes heureux et en harmonie.

Quel message souhaitez-vous adresser aux Burkinabè qui vous découvrent aujourd’hui ?

Mariame Banémanie Siribié/Traoré : Le message le plus important, c’est la paix. Cultivons l’amour et prenons le temps d’écouter les enseignements religieux, en particulier ceux du Mouvement raëlien. Lisons et méditons les messages raéliens. Nous invitons chacun à suivre Raël, car il dit la vérité, rien que la vérité. Son ambition est de contribuer au bonheur du Burkina Faso, du continent africain et de toute la planète.

Voir le plan de l’ambassade devant accueillir les Elohim ici :

Interview réalisée par Samirah Bationo

Lefaso.net

Source: LeFaso.net