Partout au Burkina, des jeunes créent des activités et tentent de construire leur avenir à force de persévérance. Mais aujourd’hui, il est devenu presque impossible de vendre des vêtements, des chaussures, des jus dits naturels, des téléphones ou des prestations en communication sans se présenter comme CEO, P-DG, directeur général, consultant international, expert senior ou fondateur d’une structure qui emploie une seule personne.

Autrefois, les titres arrivaient après les réalisations. Aujourd’hui, ils arrivent souvent avant. Il n’est pas rare de rencontrer un jeune homme de 24 ans qui se présente comme P-DG d’une entreprise créée trois semaines plus tôt dans sa chambre.

L’entreprise ne possède pas encore de bureau. Pas encore d’employés. Pas encore de chiffre d’affaires. Mais elle possède déjà un P-DG. Et c’est l’essentiel. Les réseaux sociaux ont largement contribué à cette évolution.

Les réseaux sociaux, fabrique à CEO

Sur Facebook et LinkedIn, la concurrence est rude. Personne ne veut apparaître comme un simple commerçant. Encore moins comme un débutant. Alors chacun cherche un titre à la hauteur de ses ambitions. Un vendeur de vêtements devient CEO d’une marque internationale. Un étudiant qui organise des formations le week-end devient consultant stratégique. Un utilisateur expérimenté de PowerPoint devient expert en transformation digitale.

L’imagination n’a plus de limites. Le plus impressionnant reste sans doute le mot « international ». Ce terme possède une popularité extraordinaire. Peu importe que l’activité se déroule entre Ouagadougou, Bobo-Dioulasso et Koudougou. Dès qu’une publication Facebook atteint un internaute vivant à Abidjan ou à Paris, l’organisation acquiert immédiatement une dimension internationale. Et son fondateur aussi. Le voilà désormais consultant international.

Burkina, nouvelle terre des coachs

Le phénomène touche particulièrement le monde du coaching. Le Burkina Faso semble aujourd’hui produire davantage de coachs que certaines académies sportives. Coach en leadership, coach en motivation, coach en entrepreneuriat, coach en développement personnel, coach en richesse, coach en influence… Parfois, un observateur curieux se demande qui accompagne réellement ces coachs dans leur propre parcours.

Question délicate. Car dans ce secteur, il est souvent plus facile de conseiller la réussite que de la démontrer. La course aux titres peut se comprendre car chacun cherche à inspirer confiance, à paraître crédible ou à attirer l’attention. Le problème apparaît lorsque le titre devient plus important que l’activité elle-même.

Lorsqu’on passe davantage de temps à concevoir sa biographie qu’à développer son entreprise, lorsqu’un profil LinkedIn contient plus de fonctions que de réalisations, l’on est en droit de se poser des questions.

Le client achète une compétence

Le client ne paie pas pour un titre. Il paie pour une compétence. Un consommateur qui achète un gâteau s’intéresse rarement au fait que son fabricant soit CEO ou non. Il veut surtout que le gâteau soit bon. Un client qui commande une vidéo souhaite avant tout un travail de qualité. Le titre du prestataire constitue généralement une préoccupation secondaire.

L’histoire regorge d’ailleurs d’entrepreneurs qui ont commencé modestement. Ils n’étaient pas P-DG d’un empire, encore moins experts internationaux. Ils étaient tout simplement compétents et cette compétence a progressivement construit leur réputation.

Commencer petit n’a jamais empêché de devenir grand

Aujourd’hui, la réputation est annoncée avant d’être construite. Les réseaux sociaux encouragent cette tendance. Ils récompensent l’apparence, la mise en scène, l’image. Toutefois, il faut néanmoins reconnaître une qualité à cette génération. Elle ose, entreprend, croit en ses projets. Parfois même un peu trop. Mais l’excès de confiance reste souvent moins dangereux que l’absence totale d’ambition. Le défi consiste simplement à trouver un équilibre entre aspiration et réalité. Il n’y a rien de honteux à commencer petit.

Toutes les grandes entreprises ont commencé quelque part. Souvent modestement. Aucune organisation n’est née multinationale. La grandeur réside dans la capacité à créer de la valeur durable. Une entreprise n’est pas grande parce que son fondateur se présente comme P-DG. Elle devient grande lorsque les autres commencent à le dire à sa place.

Fredo Bassolé, un journaliste qui espère un jour entreprendre

Lefaso.net

Source: LeFaso.net