
À moins de 100 jours de l’ouverture de Le Faso Digital 2026, nous poursuivons notre série consacrée aux femmes et aux hommes qui façonnent le Burkina numérique. Cent personnalités, cent parcours. Aujourd’hui, nous mettons en lumière Mahamadi Rouamba, entrepreneur, chercheur et architecte de plateformes numériques, dont les innovations dépassent désormais les frontières du Burkina Faso pour s’inscrire dans les grandes dynamiques africaines de l’intelligence artificielle, de la santé numérique et de la finance digitale.
À l’heure où le continent cherche à bâtir sa souveraineté numérique, quelques acteurs font le pari de développer des solutions conçues en Afrique, pour répondre aux réalités africaines. Cette vision anime le parcours de Mahamadi Rouamba depuis plus de quinze ans. Chez lui, le numérique n’est pas seulement une technologie ; il est un levier de développement, d’inclusion et de transformation des politiques publiques.
Un sociologue et informaticien devenu architecte de l’innovation numérique africaine
Le parcours de Mahamadi Rouamba est singulier. Formé d’abord en sociologie à l’Université de Ouagadougou, où il s’intéresse aux usages des technologies, il poursuit des études en gestion de projets et en management des systèmes d’information à ISIG International, dont il sort major de promotion.
Cette double culture, à la fois sociologique et technologique, influence profondément sa manière d’aborder l’innovation. Derrière chaque plateforme qu’il conçoit, il place les besoins des utilisateurs, les réalités institutionnelles et les enjeux de développement avant la technologie elle-même.
Ses travaux de recherche sur l’accès des femmes aux métiers techniques du numérique, sur le concept de capital technologique et sur la nécessité de la différenciation de l’utilisateur du bénéficiaire d’une technologie témoignent déjà de cette volonté de comprendre les impacts sociaux du numérique avant même que celui-ci ne devienne un sujet central des politiques publiques.
TICANALYSE, un laboratoire d’innovation numérique
En 2015, il fonde TICANALYSE, un cabinet de conseil et d’ingénierie spécialisé dans les technologies numériques. L’entreprise devient rapidement un véritable laboratoire de conception de plateformes destinées à résoudre des problématiques concrètes dans plusieurs secteurs stratégiques.
Sous son impulsion naissent notamment mHealth, consacrée à la digitalisation des processus métiers dans le secteur de la santé, Lagfo, une plateforme dédiée à la digitalisation des pratiques financières communautaires, et plus récemment Agent One, une plateforme d’intelligence artificielle agentique de grade entreprise pensée dans une logique de souveraineté technologique africaine.
Ces réalisations traduisent une même ambition : concevoir des solutions robustes, adaptées aux réalités du continent et capables d’accompagner les administrations, les entreprises et les communautés dans leur transformation numérique.
Faire de la finance digitale un outil d’inclusion
Parmi les domaines qui ont forgé sa réputation figure la finance digitale. À travers Lagfo et ses différentes initiatives, Mahamadi Rouamba défend une vision où les technologies financières doivent contribuer à rapprocher les services financiers des populations, y compris dans les zones confrontées à l’insécurité ou à un faible niveau de bancarisation.
Dans un entretien accordé à Lefaso.net, il rappelle que les fintech ne sont pas seulement des entreprises technologiques, mais des acteurs capables de maintenir l’accès aux services financiers dans des territoires difficiles d’accès et d’accélérer l’inclusion financière des populations.
Cette expertise lui vaut aujourd’hui de présider le comité de normalisation des API des services financiers numériques de l’UEMOA et de siéger dans un organe consultatif de la BCEAO, où il contribue aux réflexions sur l’avenir des services financiers numériques en Afrique de l’Ouest.
L’intelligence artificielle au service de la souveraineté africaine
Alors que l’intelligence artificielle redessine les équilibres économiques mondiaux, Mahamadi Rouamba figure parmi les experts burkinabè qui travaillent à sa conception et à son appropriation dans les secteurs stratégiques.
Architecte en chef de la plateforme d’intelligence artificielle agentique à gouvernance centralisée Agent One, il a été élu vice-président du comité de normalisation de l’intelligence artificielle dans les services financiers de l’UEMOA, où il participe à l’élaboration de normes régionales destinées à encadrer l’utilisation responsable de ces nouvelles technologies. Son engagement porte autant sur les aspects techniques que sur les questions de gouvernance, d’interopérabilité, de cybersécurité et de souveraineté numérique.
Ses nombreuses certifications internationales, obtenues notamment auprès de Stanford University, Hugging Face, Johns Hopkins University ou encore du Digital Frontiers Institute, illustrent une démarche permanente de veille et d’apprentissage dans des domaines en évolution rapide.
Une expertise reconnue à l’échelle continentale
Le parcours de Mahamadi Rouamba dépasse désormais le cadre national. Depuis 2025, il siège au comité d’experts de l’Africa CDC chargé de la digitalisation des soins de santé primaires, où il contribue aux réflexions sur les infrastructures numériques de santé à l’échelle du continent africain. Cette reconnaissance témoigne de la crédibilité acquise par les compétences burkinabè dans des domaines technologiques de pointe.
Un innovateur régulièrement distingué
L’histoire de Mahamadi Rouamba est également jalonnée de distinctions qui illustrent la constance de son engagement. Dès 2010, il est désigné Personnalité numérique du Burkina. En 2014, il remporte le Grand Prix TIC du Président du Faso. Trois ans plus tard, son entreprise TICANALYSE se distingue une nouvelle fois lors de la Nuit des TIC en remportant plusieurs récompenses, notamment dans les catégories Génie logiciel et innovation technologique. Il est également élevé au rang de Chevalier de l’Ordre national du Mérite, agrafe Postes et Télécommunications.
Pourquoi fait-il partie des 100 Visages du Burkina Digital ?
Parce qu’il fait partie des entrepreneurs qui démontrent que l’innovation numérique peut être pensée, développée et déployée depuis le Burkina Faso pour répondre à des enjeux africains.
Parce qu’il contribue à structurer les réflexions régionales sur l’intelligence artificielle, la finance digitale et la cybersécurité au sein de l’UEMOA.
Parce qu’il développe des plateformes numériques dans des secteurs essentiels comme la santé, les services financiers et l’intelligence artificielle.
Parce qu’il conjugue recherche scientifique, entrepreneuriat et engagement institutionnel au service d’un numérique africain plus souverain, plus inclusif et plus utile aux citoyens.
Et parce que son parcours rappelle qu’au-delà des technologies, ce sont les idées, la vision et la capacité à résoudre les problèmes du continent qui feront émerger les futurs champions africains du numérique.
Source: LeFaso.net
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