
Six jours après l’ouverture de Le Faso Digital 2026, nous poursuivons notre série consacrée aux femmes et aux hommes qui construisent le Burkina numérique. Cent personnalités, cent parcours. Aujourd’hui, nous mettons à l’honneur le Dr Karim Ganamé, chercheur, enseignant et entrepreneur burkinabè installé au Canada, dont le parcours illustre comment l’expertise scientifique, associée à l’intelligence artificielle et à l’esprit d’entreprise, peut donner naissance à des technologies capables de protéger les systèmes numériques les plus sensibles.
Une entreprise paralysée par un rançongiciel. Des données devenues inaccessibles. Des équipes incapables de poursuivre leurs activités. Des responsables qui cherchent à comprendre comment une attaque a pu pénétrer leur système informatique. Dans ces situations, chaque minute compte.
Les cyberattaques ne sont plus de simples incidents techniques. Elles peuvent perturber des services essentiels, compromettre des informations confidentielles et menacer la continuité des activités d’une organisation. Face à ces risques, certains spécialistes interviennent après l’attaque pour limiter les dégâts. D’autres travaillent à concevoir les technologies capables de détecter les menaces avant qu’elles ne produisent leurs effets. Le Dr Karim Ganamé appartient à ces deux univers.
Depuis Montréal, au Canada, ce Burkinabè conjugue recherche scientifique, développement de technologies de cybersécurité, accompagnement des organisations et enseignement universitaire. Son parcours raconte une aventure peu ordinaire : celle d’un informaticien formé au Burkina Faso, devenu docteur en sécurité informatique, puis fondateur d’une entreprise qui développe des solutions utilisées dans des environnements où la protection des données et des infrastructures est stratégique.
Du Burkina Faso aux laboratoires de recherche français
L’histoire professionnelle de Karim Ganamé commence au Burkina Faso. En 1999, il obtient une qualification d’analyste-programmeur à l’École supérieure d’informatique (ESI). Il poursuit ensuite sa formation en France, avec un diplôme de hautes études technologiques en systèmes de communication et réseaux à l’Institut national polytechnique de Toulouse, en 2003. En 2004, il obtient un diplôme d’études approfondies en réseaux informatiques à l’Institut national des sciences appliquées de Lyon. L’année suivante, il complète son parcours par un master en management et entrepreneuriat à l’Université de Clermont-Ferrand. En 2007, il décroche un doctorat en sécurité informatique à l’Université de Franche-Comté.
Cette trajectoire révèle deux centres d’intérêt qui finiront par se rejoindre : la maîtrise des technologies informatiques et la capacité à transformer des connaissances en projets entrepreneuriaux. La cybersécurité deviendra son domaine de spécialisation.
1999 : les premières armes dans les télécommunications burkinabè
Avant de s’engager pleinement dans la recherche, Karim Ganamé fait ses premières expériences professionnelles à l’Office national des télécommunications du Burkina Faso. Entre janvier 1999 et août 2002, il y exerce des responsabilités d’administrateur systèmes et sécurité au sein du pôle fournisseur d’accès à Internet. Son travail concerne notamment l’administration de serveurs, le déploiement de réseaux et la sécurisation des infrastructures informatiques. Il intervient également dans la définition d’architectures de sécurité pour des clients importants.
Cette expérience lui permet d’observer de près une réalité fondamentale : un réseau informatique ne doit pas seulement fonctionner. Il doit aussi être protégé. Les serveurs, les équipements de communication et les applications constituent autant de points d’entrée potentiels pour des personnes malveillantes. Cette découverte pratique des enjeux de sécurité prépare la suite de son parcours scientifique.
Comprendre les attaques pour mieux les détecter
À l’Université de Franche-Comté, Karim Ganamé approfondit ses travaux sur la détection et la prévention des intrusions dans les réseaux informatiques. Entre 2004 et 2007, il mène des recherches au Laboratoire d’informatique de l’université. Ses travaux portent notamment sur les méthodes permettant de détecter des activités suspectes dans des réseaux répartis entre plusieurs systèmes. Ils donnent lieu à des publications scientifiques et à des présentations dans des conférences internationales.
Pour comprendre l’importance de cette recherche, il faut imaginer un système de sécurité chargé de surveiller en permanence des milliers d’activités informatiques. Certaines sont normales. D’autres peuvent annoncer une tentative d’intrusion. Le défi consiste à distinguer les comportements habituels des signaux révélateurs d’une attaque. La difficulté augmente lorsque les cybercriminels utilisent des techniques nouvelles, encore inconnues des outils traditionnels. Les travaux de Karim Ganamé s’inscrivent dans cette recherche de méthodes de détection plus efficaces. En 2008, il publie notamment, avec ses collaborateurs, un article consacré à une architecture globale de détection des intrusions dans les réseaux informatiques, dans la revue scientifique Computers & Security.
Le Canada : confronter la recherche aux réalités des entreprises
Après ses travaux universitaires, Karim Ganamé développe son expérience professionnelle au Canada. Il intervient dans plusieurs grandes organisations, notamment à la Société des alcools du Québec, chez RONA et chez Bell Canada.
À la Société des alcools du Québec, de 2007 à 2010, il participe à la gestion des risques informatiques, à la définition de politiques de sécurité et à la préparation des réponses aux incidents. Son travail lui vaut le prix Millésime 2009, une distinction interne récompensant des employés de l’organisation.
Chez RONA, de 2010 à 2012, il intervient notamment sur la protection des systèmes, la gestion des identités numériques et l’évaluation des risques. Puis, entre 2012 et 2016, il exerce comme conseiller senior en sécurité de l’information dans le cadre de missions pour Bell Marchés d’Affaires. Il y travaille sur des architectures de sécurité, des audits, des mécanismes de contrôle des accès et des processus de gestion des incidents.
Ces expériences complètent sa formation de chercheur. Elles lui permettent de comprendre que la cybersécurité ne se limite pas à la qualité d’un logiciel. Elle exige aussi une organisation, des procédures, une surveillance permanente et des équipes capables de réagir.
2011 : StreamScan, le pari de l’entrepreneuriat technologique
En 2011, Karim Ganamé franchit une étape décisive en fondant StreamScan, une entreprise canadienne spécialisée dans la cybersécurité, basée à Montréal. Son ambition ne consiste pas uniquement à proposer des services de conseil. Il souhaite également développer des technologies capables de détecter les cybermenaces et de renforcer la protection des organisations. StreamScan associe ainsi recherche et développement, conception de solutions de sécurité, audits, tests d’intrusion et accompagnement lors d’incidents informatiques.
Le choix est exigeant. Dans la cybersécurité, les entreprises doivent sans cesse adapter leurs produits. Une technologie performante aujourd’hui peut devenir insuffisante demain si les méthodes des attaquants évoluent. Il faut donc investir dans la recherche, tester les solutions, améliorer les mécanismes de détection et gagner la confiance des utilisateurs. Karim Ganamé entreprend de relever ce défi en faisant de l’innovation scientifique l’un des fondements de son entreprise.
L’intelligence artificielle pour repérer les cybermenaces
L’une des particularités du parcours de Karim Ganamé réside dans son intérêt précoce pour l’intelligence artificielle appliquée à la cybersécurité. L’idée est de permettre aux systèmes de protection d’analyser des comportements informatiques et de repérer des anomalies pouvant signaler une attaque. Contrairement aux mécanismes reposant uniquement sur des signatures de menaces déjà connues, cette approche cherche à identifier des activités suspectes à partir de leurs caractéristiques.
Selon la note biographique fournie, Karim Ganamé est titulaire d’un brevet américain relatif à l’utilisation de l’intelligence artificielle pour détecter des cybermenaces dans les réseaux informatiques. Cette orientation se retrouve dans le développement du CDS, Cyberthreat Detection System, une technologie de StreamScan destinée à détecter les systèmes compromis et les menaces présentes dans les réseaux. Lire la suite
Source: LeFaso.net
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