
La coopération Sud-Sud comme levier de transformation numérique. C’est l’ambition qui a guidé les échanges entre les acteurs du numérique du Burkina Faso et du Rwanda, dans le cadre de la deuxième édition de la foire virtuelle Le Faso Digital. Cette rencontre a permis aux entreprises et organisations rwandaises de présenter des solutions développées dans leur pays, tout en ouvrant des perspectives de partenariats avec les acteurs burkinabè.
Prenant la parole, le promoteur de la foire, Dr Cyriaque Paré, a laissé entendre que cette ouverture des échanges à l’échelle continentale répond à la volonté de faire de Le Faso Digital un espace de partage d’expériences et de rapprochement entre les écosystèmes numériques africains. Le choix du Rwanda s’explique notamment par l’expérience acquise par ce pays dans la transformation numérique et le développement de solutions technologiques.
« Avec la foire numérique, nous avons pensé qu’il était utile de profiter de cette manifestation pour l’ouvrir au continent, en invitant le Rwanda, qui a une belle expérience en matière de digitalisation. Depuis ce matin, nous avons la chance de découvrir diverses expériences qui renforcent nos convictions quant à la possibilité de mettre en place des échanges et des partenariats Sud-Sud gagnant-gagnant », a expliqué Dr Cyriaque Paré.
Le promoteur de Le Faso Digital a également invité les participants à tirer profit du pavillon virtuel rwandais, qui permet de découvrir les initiatives technologiques du pays invité.
Le Rwanda, un exemple de la transformation numérique en Afrique subsaharienne
Prenant la parole au nom de la Chambre rwandaise des technologies de l’information et de la communication (TIC), son président-directeur général, Alex Ntale, a présenté les grandes étapes du développement numérique de son pays. Son intervention a notamment porté sur la continuité des politiques publiques, la construction des infrastructures, la formation des ressources humaines et la collaboration entre les secteurs public et privé.
Selon lui, la transformation numérique du Rwanda repose avant tout sur une vision à long terme, soutenue par des politiques successives et des investissements structurants. Le pays a progressivement évolué d’une logique de reconstruction nationale vers la construction d’une économie fondée sur la connaissance et l’innovation.
« Le premier pilier est la continuité. Celle-ci repose sur des plans numériques qui transcendent les différents cycles budgétaires et politiques, tout en s’inscrivant dans une perspective à long terme. Ces visions nationales permettent de donner au pays une orientation stratégique, non seulement à court terme, mais aussi sur le long terme. Il ne s’agit donc pas d’un simple projet de trois ou quatre ans, mais d’une vision intégrée à l’ensemble du pays », a-t-il souligné.
Revenant sur les premières initiatives engagées après le génocide contre les Tutsis de 1994, Alex Ntale a expliqué que le Rwanda avait progressivement investi dans la science, la technologie et la formation. Les réformes juridiques et institutionnelles ont ensuite contribué à créer un environnement favorable au développement du secteur des télécommunications et à l’émergence de nouveaux acteurs.
Cette dynamique s’est accompagnée du déploiement d’infrastructures numériques, notamment la fibre optique, puis de l’extension des services numériques. Le pays a également développé des plateformes permettant aux citoyens d’accéder à des prestations administratives en ligne.
Parmi les acquis présentés figurent le portail « Irembo », qui centralise de nombreux services publics, ainsi que le recours à des agents communautaires pour accompagner les populations qui rencontrent des difficultés dans l’utilisation des outils numériques.
Pour le responsable de la Chambre rwandaise des TIC, la réussite de cette transformation tient aussi à la place accordée au secteur privé et au développement des compétences.
« Le gouvernement rwandais, en tant que client principal, a largement contribué à ce succès, car il a su joindre le geste à la parole. Il a joué un rôle clé dans la promotion de la numérisation, depuis la fiscalité, les paiements et le recouvrement numériques des impôts jusqu’aux services en ligne destinés aux citoyens. Cela a catalysé l’économie numérique et permis de répartir les capacités à travers le pays, non seulement dans les villes et les zones urbaines, mais aussi dans les zones rurales », a-t-il indiqué.
Alex Ntale a également insisté sur l’importance de la formation, des investissements dans les universités et de l’adaptation des cadres réglementaires aux évolutions technologiques. Pour lui, le développement de l’intelligence artificielle, la protection des données personnelles et la mise en place d’infrastructures publiques numériques de nouvelle génération constituent désormais des enjeux majeurs.
Il a, par ailleurs, plaidé pour une coopération entre les pays africains afin de partager les acquis et de construire des solutions adaptées à leurs réalités.
« Algorithm Inc. » pour des solutions de digitalisation des entreprises
Au cours de la rencontre, Aimable Kimenyi, PDG d’Algorithm Inc., a présenté les activités de son entreprise et les possibilités offertes par ses solutions numériques. Il a notamment évoqué des outils destinés à améliorer la gestion des entreprises, la traçabilité des opérations, la facturation électronique et le traitement des données.
Son intervention a mis en évidence l’intérêt des solutions numériques pour moderniser les procédures administratives et commerciales, faciliter les paiements et renforcer la transparence des opérations.
Ces outils peuvent également contribuer à améliorer les relations entre les entreprises et les administrations, notamment dans les domaines de la fiscalité et de la gestion des informations. L’objectif est de réduire les contraintes liées aux procédures manuelles et de rendre les opérations plus efficaces grâce à la technologie.
La présentation a ainsi illustré la diversité des solutions que les entreprises rwandaises pourraient partager avec leurs homologues burkinabè, dans le cadre de partenariats visant à accélérer la digitalisation des activités économiques.
L’agriculture au cœur des solutions numériques
Le secteur agricole a également occupé une place importante dans les échanges. Jules Kazungu, directeur général du Centre régional de recherche pour le développement intégré (RCID), a présenté plusieurs solutions développées ou expérimentées au Rwanda pour répondre aux défis de l’agriculture, du changement climatique et du développement rural.
Spécialisée dans les données géospatiales, l’observation satellitaire et les technologies agricoles, son organisation intervient notamment dans la gestion des risques climatiques, l’irrigation, l’aménagement des terres et la prévention des catastrophes naturelles.
« Nous allons aborder les lacunes de l’assurance agricole, mais aussi les modalités de soutien au développement rural et certaines solutions. Je vais vous présenter quelques solutions mises en œuvre par notre organisation, ainsi que celles d’autres partenaires clés avec lesquels nous travaillons dans le domaine de l’agritech au Rwanda », a expliqué Jules Kazungu.
Il a indiqué que les données satellitaires et l’intelligence artificielle peuvent contribuer à anticiper les sécheresses, les glissements de terrain et les inondations, mais aussi à mieux évaluer les rendements agricoles et les risques pesant sur la sécurité alimentaire.
Au Burkina Faso, ces technologies pourraient notamment soutenir les politiques d’irrigation, l’adaptation aux changements climatiques et la modernisation des exploitations agricoles.
Le responsable du RCID a également évoqué des solutions permettant d’améliorer le suivi des éleveurs, la production laitière et la prévention des maladies animales. Des messages envoyés par téléphone peuvent, par exemple, informer les producteurs sur l’évolution de leur activité et leur transmettre des alertes concernant la vaccination ou les risques d’épidémies.
L’ambition est de favoriser une agriculture mieux informée, plus résiliente face aux aléas climatiques et davantage connectée aux services financiers et aux marchés.
La maîtrise des données, un enjeu de souveraineté numérique…
Dans son intervention, Hinda Ruton a, pour sa part, mis l’accent sur la collecte, le traitement et la maîtrise des données en Afrique. Il a défendu une approche fondée sur le développement de capacités locales, afin de permettre aux pays africains de mieux contrôler leurs informations et de concevoir des outils répondant à leurs besoins.
Il a notamment insisté sur les limites des solutions conçues à l’extérieur du continent lorsqu’elles ne prennent pas suffisamment en compte les réalités locales, les besoins des utilisateurs et les contraintes des organisations africaines.
« On doit construire nos outils nous-mêmes, parce que là, on a le contrôle et on a la capacité, que ce soit au niveau du continent ou de nos institutions, au lieu d’utiliser des outils qui n’ont pas été développés pour nous. On s’est dit qu’on doit redonner le pouvoir au continent, c’est-à-dire redonner le contrôle des données au continent », a-t-il déclaré.
Pour lui, la souveraineté numérique ne se limite pas à la possession d’équipements ou de logiciels. Elle suppose également la capacité de collecter des données fiables, de les traiter localement, de les sécuriser et de les utiliser pour éclairer les décisions publiques et privées.
Il a ainsi évoqué la nécessité de développer des infrastructures locales, notamment des centres de données, tout en renforçant les compétences en cybersécurité et en traitement de l’information.
Cette question a suscité l’intérêt de Dr Cyriaque Paré, qui a souhaité en savoir davantage sur le dispositif de collecte des données mis en place au Rwanda.
En réponse, Hinda Ruton a expliqué que le modèle rwandais présenté repose sur un partenariat avec une agence disposant déjà d’un réseau d’agents. Les partenaires apportent les outils numériques, assurent la formation et organisent le contrôle de la qualité des données recueillies.
« Ce qu’on fait, c’est qu’on apporte l’outil, on met en place le système de contrôle et on forme les agents. La plupart de ces agents utilisent déjà des systèmes similaires dans les domaines bancaires ou de l’assurance. Ils ont donc un certain niveau de culture numérique. Et lorsqu’il y a un besoin de collecte de données, on envoie le questionnaire sur leurs outils et ils procèdent directement à la saisie. La collecte peut même se faire lorsqu’il n’y a pas de réseau », a-t-il expliqué.
Selon lui, ce modèle peut être appliqué à plusieurs domaines, notamment la santé, l’agriculture et le commerce. Il permettrait d’optimiser les compétences d’agents déjà présents sur le terrain et de disposer de données plus accessibles pour la prise de décision.
« Three Mountains » mise sur la formation en ligne
La formation et le renforcement des capacités ont également été abordés par Gerry van der Hulst, représentant de Three Mountains Learning Advisors, une entreprise établie au Rwanda depuis 2014.
L’entreprise propose des formations en ligne et conçoit des supports pédagogiques numériques, notamment des cours interactifs, des vidéos et des contenus audios. Sa démarche repose sur des méthodes d’apprentissage qui privilégient les questions, les exercices et les évaluations progressives, afin de rendre les formations plus accessibles et adaptées au rythme des apprenants.
« Nous sommes une entreprise qui fait de la formation et crée des cours en ligne ainsi que d’autres supports numériques, comme l’audio et la vidéo. Nous travaillons surtout sur le renforcement des capacités. La formation est conçue pour que l’apprenant puisse avancer à son rythme. Nous utilisons notamment l’apprentissage par questions ou l’évaluation formative, plutôt que de proposer uniquement de longs textes à lire », a-t-il expliqué.
Gerry van der Hulst a également présenté plusieurs formations disponibles sur la plateforme de l’entreprise, dans des domaines variés.
Un label de confiance pour sécuriser les services numériques…
La question de la confiance dans les transactions et les services numériques a été développée par Robert Ford, chef de projet Digital Trust, une initiative portée par le Digital Business Institute, présenté comme le pôle de recherche et de développement de la Chambre rwandaise des TIC.
Le projet vise à accompagner les entreprises dans leur mise en conformité avec les normes et les réglementations, afin de renforcer la confiance des consommateurs et de faciliter l’accès aux marchés.
Le label de confiance numérique présenté permet de reconnaître les entreprises dont les activités ont été vérifiées au regard de critères établis. Il doit notamment rassurer les clients sur la fiabilité des produits et services proposés et aider les entreprises à démontrer leur crédibilité auprès des partenaires commerciaux.
« Le label de confiance de la Chambre de commerce et d’industrie est une certification qui garantit la conformité et la confiance des clients. Cela signifie que l’entreprise qui satisfait à toutes les exigences a fait l’objet d’une vérification de ses activités et a obtenu une certification. Le consommateur peut donc avoir la certitude que cette certification est authentique et crédible, puisqu’elle a été délivrée par un organisme identifié », a expliqué Robert Ford.
Selon lui, un tel mécanisme peut représenter un avantage particulier pour les petites et moyennes entreprises, qui disposent parfois de moyens limités pour démontrer leur fiabilité et accéder à de nouveaux marchés.
Le label peut également contribuer à améliorer la protection des données, la prévention des fraudes et la responsabilisation des fournisseurs de services numériques. Il s’inscrit ainsi dans une démarche plus large de sécurisation de l’écosystème numérique.
Robert Ford a exprimé le souhait de nouer un partenariat avec le Burkina Faso afin d’adapter cette approche au contexte national et d’explorer la possibilité d’en faire un outil de référence à l’échelle de l’Afrique de l’Ouest.
« Un partenariat avec le Burkina Faso nous permettra de développer une solution adaptée à ce pays, et potentiellement à l’Afrique de l’Ouest. Nous souhaiterions établir un partenariat sur ce point précis pour faire du Burkina Faso un centre de certification numérique, non seulement pour le Burkina Faso, mais aussi pour le reste de l’Afrique de l’Ouest », a-t-il déclaré.
La cybersécurité et la protection des enfants au centre des préoccupations
Autre enjeu majeur de la transformation numérique, la cybersécurité a été présentée par Sadrah Irasu, directeur général de NetFella, une entreprise rwandaise spécialisée dans la sécurité numérique.
L’entreprise intervient notamment dans la protection des données, le conseil en cybersécurité, le renforcement des capacités et la recherche-développement. Parmi ses solutions figure « Netsoura », une application de contrôle parental destinée à aider les familles à mieux protéger les enfants dans leur utilisation des outils numériques.
La plateforme propose plusieurs fonctionnalités, notamment la limitation du temps d’écran, le filtrage de contenus, la définition de zones de sécurité et le suivi de l’utilisation des appareils. Elle intègre également des mécanismes fondés sur l’intelligence artificielle pour détecter certaines tentatives d’escroquerie véhiculées par des messages, des liens, des courriels ou des documents.
« Notre mission est d’être des partenaires de confiance qui permettent aux organisations d’aborder la sécurité numérique en toute sérénité. Nous avons identifié un défi qui est que les parents souhaitent protéger leurs enfants, mais il est très difficile de contrôler leur environnement numérique. C’est pourquoi nous avons développé Netsoura, une application qui permet aux parents non seulement de surveiller l’utilisation des appareils, mais aussi de veiller à ce que leurs enfants évoluent dans un environnement numérique plus sécurisé », a expliqué Sadrah Irasu.
Il a également souligné l’importance de sensibiliser les familles aux risques liés à une utilisation excessive des écrans, notamment les troubles du sommeil, la réduction de l’activité physique et l’exposition à des contenus inappropriés.
Pour l’entreprise dirigée par Sadrah Irasu, le développement de solutions africaines qui répondent à ces enjeux représente une opportunité d’innovation et de collaboration avec les organisations de protection de l’enfance, les opérateurs de télécommunications et les acteurs technologiques.
Des partenariats concrets attendus entre les deux pays
Au-delà des présentations, les échanges ont permis d’aborder les conditions nécessaires à la mise en place de collaborations durables entre les acteurs burkinabè et rwandais. Les questions ont notamment porté sur la collecte des données, l’adaptation des solutions aux réalités locales et les perspectives de coopération entre les entreprises.
À la clôture de la session, Alex Ntale a rappelé que l’objectif de cette rencontre ne se limitait pas à la présentation des innovations rwandaises. Il s’agissait surtout de créer des passerelles entre les organisations, les entreprises et les institutions des deux pays.
« Nous sommes ici pour nouer des partenariats et explorer les possibilités de collaboration entre les différents intervenants. C’est là l’objectif de notre présence. Si vous appréciez la présentation d’un intervenant ou s’il travaille dans le même secteur que vous, n’hésitez pas à le contacter. Ce qui nous importe vraiment, ce sont les résultats. La collaboration Sud-Sud doit être une collaboration gagnant-gagnant qui nous permettra de grandir et de prospérer ensemble », a-t-il affirmé.
Le responsable a également indiqué que la délégation rwandaise entendait poursuivre les échanges à travers des rencontres avec des partenaires locaux, notamment dans les secteurs du numérique et de l’agriculture.
Dr Cyriaque Paré a, pour finir, salué la disponibilité des intervenants et leur contribution à l’ouverture de Le Faso Digital aux expériences du continent. Il a réaffirmé l’intérêt de cette démarche pour permettre au Burkina Faso de tirer des enseignements des avancées rwandaises, tout en donnant à ses propres acteurs l’occasion de partager leurs solutions.
La rencontre s’est achevée sur un appel à poursuivre les échanges au-delà de la session virtuelle, à travers la plateforme de la foire, les stands numériques et les rencontres entre partenaires.
Hanifa Koussoubé
Lefaso.net
Source: LeFaso.net


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