
Comment faire de l’agroécologie une priorité concrète des politiques de développement local ? C’est autour de cette question que se tient, les 29 et 30 octobre 2026 à Ouahigouya, la Journée régionale de l’agroécologie. Organisée par la Confédération paysanne du Faso (CPF), avec l’appui technique et financier de Humundi, RESI-2P, Oxfam, ROPPA, CNABio et le SPONG, à travers leurs projets respectifs, la rencontre entend rapprocher les orientations nationales des réalités et des besoins des territoires.
Placée sous le thème « Prise en compte de l’agroécologie dans les politiques agricoles locales : comment intégrer l’agroécologie dans les plans et programmes locaux de développement ? », la Journée régionale de l’agroécologie intervient dans un contexte marqué par la dégradation des terres, les effets du changement climatique et la pression sur les ressources naturelles. Autant de défis qui rendent nécessaire l’évolution des systèmes de production vers des pratiques plus durables et résilientes.
C’est dans cette optique, que les organisations paysannes, les collectivités territoriales et les acteurs du développement réfléchissent aux moyens d’inscrire durablement l’agroécologie dans les plans et programmes locaux, au service de la souveraineté alimentaire.
Depuis l’adoption, en 2023, de la Stratégie nationale de développement de l’agroécologie (SND-AE 2023-2027), des avancées ont été enregistrées, notamment dans la promotion des pratiques agroécologiques, le renforcement des capacités et l’élaboration d’instruments favorables à leur diffusion. Toutefois, la mobilisation insuffisante des ressources publiques et les difficultés de capitalisation des initiatives freinent encore leur déploiement à grande échelle.
L’enjeu est désormais de traduire les ambitions nationales en actions concrètes dans les collectivités territoriales. Plans communaux et régionaux de développement, budgets locaux et programmes sectoriels constituent autant de leviers pour inscrire l’agroécologie dans les priorités des territoires, sans oublier la définition des responsabilités des acteurs et la mobilisation des financements nécessaires.

Représentant le gouverneur de la région de Yaadga, président de la cérémonie, le conseiller technique, Yala Dahourou, a insisté sur la nécessité de concilier l’accroissement de la production agricole et la préservation des ressources naturelles. Il a notamment appelé à intégrer les principes agroécologiques dans la mise en œuvre de l’Offensive agropastorale, hydraulique et halieutique. Cela, afin de renforcer la productivité tout en préservant la fertilité des sols et les ressources en eau.
Le président de la Confédération paysanne du Faso (CPF), Laurent Domboué, a placé la transition agroécologique au cœur des préoccupations des exploitations familiales, confrontées à l’appauvrissement des sols et aux effets du changement climatique. Il a souligné la nécessité de préserver les ressources naturelles, de valoriser les savoir-faire paysans et de renforcer la résilience des systèmes de production. Tout en saluant l’engagement des partenaires techniques et financiers, que sont Humundi, RESI-2P, Oxfam, ROPPA, CNABio et le SPONG, il a rappelé que la stratégie nationale de développement de l’agroécologie 2023-2027 doit se traduire par des actions concrètes dans les communes et les villages.

Il a ainsi souhaité que les échanges débouchent sur des recommandations concrètes et des moyens adaptés aux réalités du terrain. Insistant sur la place centrale des producteurs et des productrices dans les décisions qui engagent leur avenir, il a également mis en avant la valorisation des produits locaux comme levier de soutien aux familles paysannes et de renforcement de la souveraineté alimentaire du Burkina Faso.
Dans le prolongement de cet appel à une mobilisation collective, le président de la Fédération nationale des groupements Naam (FNGN), Nomewendé Joël Ouédraogo, a mis en avant l’expérience de son organisation dans la promotion de pratiques agricoles adaptées aux effets du changement climatique. Créée au lendemain de grandes sécheresses qui ont frappé la région de Yaadga, la FNGN a expérimenté plusieurs techniques agroécologiques visant à restaurer les sols et à améliorer la production. Il a notamment cité le zaï, le tapis herbacé, les cordons pierreux, la fumure organique et la régénération naturelle assistée, autant de solutions éprouvées qui contribuent à préserver les ressources naturelles et à renforcer la résilience des exploitations agricoles.

Au-delà de ces techniques, il a souligné l’importance des savoir-faire endogènes maîtrisés par les communautés rurales, qui représentent un atout pour adapter les systèmes de production aux réalités locales. Cette expérience plaide ainsi pour une meilleure valorisation des innovations paysannes et leur intégration dans les politiques et les programmes locaux de développement.
Dans cette dynamique de concertation, les partenaires techniques et financiers ont également réaffirmé l’importance de soutenir la transition agroécologique. Adama Gnanou, représentant la directrice pays de l’ONG Humundi, a salué l’initiative de la Confédération paysanne du Faso (CPF), qui offre, selon lui, un cadre de dialogue autour d’une question essentielle sur la place de l’agroécologie dans le développement des territoires. Il a rappelé que l’ONG belge Humundi inscrit son action dans une vision de transformation des systèmes alimentaires, fondée sur la promotion de pratiques agricoles saines et le renforcement des dynamiques collectives.

Cette approche vise à favoriser un dialogue entre les différentes parties prenantes et à renforcer les initiatives locales en faveur de systèmes alimentaires plus durables.
Vers des solutions concrètes
Au-delà des orientations politiques, la rencontre se veut un cadre de concertation et de partage d’expériences. Des communications porteront sur la stratégie nationale, l’intégration de l’agroécologie dans les politiques territoriales et les mécanismes d’accompagnement des collectivités. Des panels permettront également d’examiner l’état des lieux, le rôle des collectivités et les bonnes pratiques d’intégration de l’agroécologie dans les plans communaux et régionaux de développement.
Des expositions de fertilisants organiques, de biopesticides, de semences locales, de produits agroécologiques et transformés, ainsi que des démonstrations de matériels agricoles adaptés, viendront illustrer les possibilités offertes par cette transition. Des dégustations de mets locaux et des rencontres entre producteurs, transformateurs et acheteurs sont également prévues pour favoriser la valorisation des productions. L’objectif est de faire émerger des propositions applicables, assorties de responsabilités clairement définies, de ressources mobilisables et de mécanismes de suivi.
L’agroécologie, un choix durable des territoires
À travers cette journée régionale, la CPF et ses partenaires entendent mobiliser les acteurs autour d’une ambition commune : faire de l’agroécologie un véritable levier de développement territorial et de souveraineté alimentaire.
Le défi ne consiste donc pas seulement à encourager des pratiques agricoles durables, mais à leur donner une place effective dans les décisions publiques et les investissements locaux. C’est à cette condition que les initiatives existantes pourront gagner en cohérence, changer d’échelle et produire des effets durables au bénéfice des producteurs, des productrices et des communautés rurales.
À Ouahigouya, les échanges des 29 et 30 octobre sont ainsi appelés à contribuer à une question déterminante pour l’avenir agricole du Burkina Faso ; celle de savoir comment inscrire durablement la transition agroécologique dans les choix de développement des territoires ?
Hamed Nanéma
Lefaso.net
Source: LeFaso.net


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