
Après huit années d’intervention au Burkina Faso, le projet « Les Communautés reverdissent le Sahel (CRS) » arrive à son terme en octobre 2026. Un atelier national de clôture, de restitution des résultats et de partage des acquis s’est tenu ce jeudi 29 octobre 2026, dans les locaux du Secrétariat permanent des organisations non gouvernementales (SPONG), à Ouagadougou. Cette rencontre a permis de dresser le bilan des actions menées en faveur de la restauration des terres dégradées et d’examiner les perspectives de pérennisation des acquis.
Mis en œuvre depuis 2018 sous la coordination du SPONG, le projet « Les Communautés reverdissent le Sahel » a couvert quatre régions du Burkina Faso, à savoir l’Oubri, le Yaadga, le Nando et les Koulsé.
Au Burkina Faso, sa mise en œuvre a été assurée par quatre organisations partenaires : l’Association pour la protection de l’environnement et le développement rural (APEDR), l’Action pour la promotion des initiatives locales (APIL), l’Association Songui Manégré/Aide au développement endogène (ASMADE) et l’association TIIPAALGA. L’Institut de l’environnement et de recherches agricoles (INERA) a apporté son expertise scientifique, notamment dans la gestion des données du projet.
Les interventions ont principalement porté sur la Régénération naturelle assistée (RNA), la restauration des terres dégradées, la promotion des chaînes de valeur et le renforcement des capacités des communautés rurales.
Au terme de ces huit années, le projet affiche des résultats significatifs. Plus de 38 000 hectares de terres ont été reverdis et restaurés, au profit de 26 000 agricultrices et agriculteurs formés aux techniques de régénération naturelle assistée et aux pratiques de gestion durable des terres.
Les résultats présentés font également état d’une amélioration de la productivité agricole dans les champs restaurés. Plus de 94 % des personnes concernées ont enregistré une augmentation de leurs revenus, tandis que 91 % ont amélioré leur sécurité alimentaire grâce aux productions agricoles et aux produits issus de la régénération naturelle assistée.
Pour le coordonnateur national du SPONG, Bruce Emmanuel Sawadogo, la clôture du projet constitue une occasion d’évaluer les transformations intervenues dans les communautés et de réfléchir à leur durabilité.

Il a souligné que l’enjeu ne se limite pas à la présentation des réalisations, mais concerne également la capacité des populations à poursuivre les pratiques acquises après le retrait des partenaires.
« Il ne s’agit pas uniquement de présenter un bilan d’activités. Il s’agit surtout d’examiner les résultats obtenus, de comprendre les effets produits par les interventions, de partager les expériences réussies et d’identifier les conditions nécessaires à la pérennisation des acquis », a-t-il déclaré.
Bruce Emmanuel Sawadogo a également insisté sur la nécessité de valoriser les résultats des études d’impact et des travaux scientifiques réalisés dans le cadre du projet. Ces évaluations doivent permettre de mieux comprendre les changements observés et d’identifier les approches susceptibles d’être reproduites dans d’autres localités.

Il a toutefois relevé que leur adoption à plus grande échelle nécessite de prendre en compte les réalités locales, les capacités des organisations et les moyens techniques et financiers disponibles.
Le coordonnateur national du SPONG a ainsi plaidé pour un renforcement de la collaboration entre les pouvoirs publics, les institutions de recherche, les organisations de la société civile et les partenaires techniques et financiers, afin que les enseignements du projet puissent contribuer aux politiques publiques.
Le point focal national de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD), Tagnabou Danbatia Lazare, a rappelé l’importance de la restauration des terres dans un pays sahélien comme le Burkina Faso.
Pour lui, la dégradation des sols constitue un défi qui affecte directement les capacités de production agricole, les moyens de subsistance des populations et leur résilience face aux changements climatiques.

« Dans un pays sahélien comme le Burkina Faso, la restauration des terres est un impératif économique, social et stratégique. Elle conditionne la capacité de nos communautés à produire, à préserver leurs ressources, à faire face aux sécheresses et aux autres effets des changements climatiques, et à construire un avenir durable », a-t-il indiqué.
Tagnabou Danbatia Lazare a salué l’approche participative adoptée par le projet CRS. À ses yeux, l’implication directe des populations dans les activités de restauration constitue l’un des facteurs essentiels à la durabilité des résultats obtenus.
Il a rappelé que les communautés ne doivent pas être considérées uniquement comme des bénéficiaires, mais comme des actrices à part entière de la préservation et de la gestion des ressources naturelles.
La régénération naturelle assistée, associée à la promotion des chaînes de valeur, apparaît ainsi comme une approche permettant de concilier la restauration des écosystèmes et l’amélioration des conditions de vie des populations rurales.

Des terres autrefois arides redevenues productives
Au-delà des résultats chiffrés, les changements enregistrés se traduisent également dans le quotidien des bénéficiaires.
Venu de la province du Sanguié, Bacoin Boubié a témoigné des transformations apportées par le projet dans sa communauté. Avant les interventions, la dégradation des sols avait considérablement réduit les rendements agricoles, compromettant la capacité des ménages à satisfaire leurs besoins alimentaires et à faire face à certaines dépenses familiales et sociales.
Grâce aux formations et à l’accompagnement reçus, les habitants se sont mobilisés autour de la régénération naturelle assistée et de la récupération des terres dégradées. Des espaces autrefois arides sont progressivement redevenus cultivables, permettant aux producteurs d’obtenir de meilleures récoltes.

Pour Bacoin Boubié, l’un des acquis les plus importants réside également dans le retour de certaines espèces d’arbres qui avaient disparu du paysage local. Ces arbres présentent plusieurs avantages pour les populations, notamment dans la pharmacopée traditionnelle et l’alimentation du bétail.
Leurs feuilles mortes contribuent à enrichir les sols en matière organique, tandis que leur présence permet de réduire l’exposition des cultures aux vents.
Le bénéficiaire s’est réjoui de la mobilisation collective suscitée par le projet. Au-delà de l’amélioration des productions agricoles, il estime que les interventions ont renforcé la cohésion au sein de sa communauté, les habitants s’étant engagés ensemble dans la restauration de leurs terres.
Le programme sous-régional « Les Communautés reverdissent le Sahel » (CRS) a été mis en œuvre dans trois pays d’Afrique de l’Ouest : le Burkina Faso, le Niger et le Sénégal.
Samirah Bationo
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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