
Automatiser les opérations de mobile money sans connexion internet, éviter les déplacements inutiles devant des distributeurs automatiques de billets et permettre aux petits entrepreneurs de mieux gérer leurs finances. Ce sont les défis auxquels entendent répondre Yembi, Gabi et MamBudget, trois solutions numériques distinguées dans la catégorie « Finances et inclusion financière » de la deuxième édition de Le Faso Digital. Portées respectivement par Jean Isidor Ouédraogo, Wendpagnagdé Simporé et Djamila Badini, ces innovations ambitionnent de simplifier les opérations financières et de rapprocher les outils de gestion des réalités des populations. Les trois projets bénéficieront d’un programme d’accompagnement offert par Digitales Solidaires, partenaire de l’événement.
Derrière une opération de retrait d’argent, une transaction de mobile money ou la gestion quotidienne d’une petite boutique se cachent parfois des difficultés auxquelles les utilisateurs se sont habitués. Un agent de transfert d’argent qui doit recopier manuellement ses transactions dans un cahier, un client qui parcourt plusieurs distributeurs automatiques avant de trouver des billets ou encore une commerçante qui peine à connaître ses bénéfices réels : autant de situations qui peuvent faire perdre du temps, occasionner des dépenses supplémentaires et compliquer la gestion financière. Au Burkina Faso, où les services financiers numériques occupent une place importante dans les échanges économiques, de jeunes innovateurs cherchent à apporter des réponses à ces préoccupations.
C’est dans cette dynamique que s’inscrivent Yembi, Gabi et MamBudget, les trois solutions retenues dans la catégorie « Finances et inclusion financière » de Le Faso Digital 2026. Leur point commun réside dans une volonté de rendre les services financiers plus pratiques, plus accessibles et mieux adaptés aux besoins des utilisateurs.
Yembi : automatiser les opérations de mobile money, même sans internet
Dans les kiosques de mobile money, les journées peuvent être rythmées par une succession d’opérations de dépôt, de retrait et de transfert d’argent. Pour assurer le suivi de leurs activités, certains agents continuent de recourir à des cahiers dans lesquels ils enregistrent manuellement les transactions. Cette méthode peut devenir contraignante lorsque le volume des opérations augmente. Elle expose également les agents à des risques d’erreurs de saisie, d’oublis ou de difficultés au moment de vérifier les comptes. C’est à cette problématique que Jean Isidor Ouédraogo souhaite apporter une réponse avec Yembi, une solution numérique conçue pour automatiser le suivi des opérations financières dans les points de service.
L’une des principales caractéristiques du projet est son fonctionnement entièrement hors connexion internet. Cette orientation répond à une réalité rencontrée dans plusieurs localités, où la qualité de la connexion peut être irrégulière et où l’achat de forfaits internet représente une dépense supplémentaire pour les petits opérateurs économiques. Avec Yembi, le promoteur entend permettre aux agents de poursuivre leur travail sans dépendre d’une connexion permanente. La solution repose notamment sur un mécanisme de détection et de traitement automatique des informations relatives aux transactions entrantes des réseaux Orange, Moov et Telecel.
L’objectif est de réduire, voire de supprimer, la nécessité de recopier manuellement les informations de chaque opération. Pour un agent qui réalise plusieurs dizaines de transactions dans une journée, cette automatisation pourrait représenter un gain de temps et contribuer à limiter certaines erreurs de caisse. Yembi intègre également un module de numérisation des pièces d’identité, destiné à faciliter l’enregistrement des références des clients. Grâce à cette fonctionnalité, l’agent pourrait scanner un document et récupérer automatiquement certaines informations nécessaires à son registre, sans devoir les saisir une à une. Le dispositif est lui aussi présenté comme fonctionnant hors ligne.
Cette fonctionnalité soulève néanmoins un enjeu important : la protection des données personnelles. La collecte et la conservation des informations issues des pièces d’identité devront respecter les exigences de confidentialité, de sécurité et les règles applicables aux opérations financières. Le projet prévoit par ailleurs la génération automatique d’un registre numérique et d’un historique des transactions. Jean Isidor Ouédraogo présente ce registre comme un moyen de sécuriser les activités des agents et de faciliter la vérification des opérations effectuées. La solution ambitionne ainsi de remplacer progressivement les cahiers physiques par un dispositif numérique de suivi.
Au-delà de l’organisation quotidienne, le promoteur met en avant la possibilité de renforcer la traçabilité des opérations. Cette dimension pourrait présenter un intérêt pour la transparence des activités, même si la contribution effective du dispositif à la lutte contre la fraude ou le blanchiment d’argent dépendra de ses garanties techniques et de son articulation avec les obligations réglementaires.

Yembi propose également une déclinaison baptisée Yembi Business, destinée à la gestion de plusieurs boutiques. Cette fonctionnalité vise à permettre aux petits entrepreneurs qui exploitent plusieurs points de vente de disposer d’un meilleur suivi de leurs activités. L’ambition est notamment de réduire les écarts de caisse, d’améliorer l’organisation des opérations et de faciliter la gestion des revenus. Le projet comporte également une dimension environnementale. En remplaçant les cahiers de comptes par un registre numérique, il souhaite contribuer à la réduction de la consommation de papier. Jean Isidor Ouédraogo affiche par ailleurs des ambitions qui dépassent le marché burkinabè. Selon les estimations présentées par le promoteur, le Burkina Faso compterait plus de 200 000 kiosques constituant un marché potentiel pour ce type de solution. Ce chiffre reste toutefois à confirmer par des données sectorielles indépendantes.
Le projet vise, à terme, une expansion vers plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, notamment le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Mali et le Togo. Le promoteur présente sa technologie comme déjà éprouvée et souhaite faire de Yembi un registre numérique de référence pour les activités financières de proximité. Pour atteindre cette ambition, la solution devra notamment démontrer sa compatibilité avec les différents formats de transactions, sa fiabilité en situation réelle et sa capacité à protéger les informations enregistrées. La gestion des mises à jour, les possibilités de sauvegarde et la sécurité des données sur les appareils utilisés constitueront également des aspects essentiels.
Gabi : trouver un distributeur qui fonctionne réellement, pas seulement le plus proche
Trouver un distributeur automatique de billets peut sembler simple lorsqu’on dispose d’une carte bancaire et d’un téléphone permettant de consulter une carte numérique.
Mais localiser un distributeur ne garantit pas que l’on pourra effectivement y retirer de l’argent. Un appareil peut être temporairement dépourvu de billets, ne pas accepter le type de carte utilisé ou se trouver à l’intérieur d’une agence bancaire fermée. Ces situations sont particulièrement frustrantes lorsqu’un utilisateur a besoin d’argent liquide en urgence. Il peut alors être contraint de parcourir plusieurs kilomètres ou de se rendre successivement devant différents distributeurs sans parvenir à effectuer son retrait.

C’est cette expérience que Wendpagnagdé Simporé souhaite améliorer à travers Gabi, une application consacrée à la recherche de distributeurs automatiques de billets. Son ambition repose sur une distinction essentielle : il ne suffit pas de savoir où se trouve un distributeur, encore faut-il savoir s’il est réellement utilisable au moment où l’on souhaite effectuer une opération. Le projet s’intéresse ainsi à trois informations déterminantes pour les usagers : la disponibilité des billets, la compatibilité des cartes bancaires et l’accessibilité du distributeur. La première préoccupation concerne les ruptures de liquidités. À certaines périodes, notamment en fin de mois, à l’approche des fêtes ou lors des journées de forte affluence, des distributeurs peuvent se retrouver temporairement sans billets.
L’utilisateur ne découvre généralement cette situation qu’une fois arrivé devant l’appareil. Avec Gabi, Wendpagnagdé Simporé ambitionne de réduire ces déplacements inutiles en facilitant l’accès à une information sur la disponibilité des distributeurs. La deuxième difficulté concerne les cartes acceptées. Tous les distributeurs ne prennent pas nécessairement en charge les mêmes réseaux de paiement. Un utilisateur disposant d’une carte Visa, Mastercard ou GIM-UEMOA peut ainsi se retrouver devant un appareil incompatible avec son moyen de paiement. L’application souhaite intégrer cette dimension dans les informations proposées aux utilisateurs. L’objectif est de leur permettre d’identifier les distributeurs correspondant à leur carte avant de se déplacer. Enfin, Gabi entend tenir compte des horaires d’accessibilité. Un distributeur installé dans une agence bancaire peut être inutilisable lorsque les locaux sont fermés, notamment le dimanche ou en dehors des heures d’ouverture. Cette situation montre que la proximité géographique ne constitue pas, à elle seule, un critère suffisant pour orienter efficacement les usagers. En réunissant ces différentes informations, Gabi ambitionne de faciliter la recherche d’un point de retrait réellement adapté aux besoins du moment. Pour une personne qui se trouve dans un quartier qu’elle connaît peu, une telle solution pourrait permettre de gagner du temps et de limiter les déplacements inutiles. Elle pourrait également présenter un intérêt pour les voyageurs, les travailleurs en déplacement ou les personnes confrontées à un besoin ponctuel de liquidités.
Le projet soulève cependant une difficulté technique majeure : comment obtenir et actualiser des informations fiables sur la disponibilité des billets dans les distributeurs ? Contrairement à la localisation géographique, qui peut être relativement stable, la disponibilité des liquidités évolue constamment. Une information exacte à un instant donné peut devenir obsolète quelques minutes plus tard. L’efficacité de Gabi dépendra donc fortement du mécanisme retenu pour collecter, vérifier et actualiser ces données. Des partenariats avec les établissements bancaires, des dispositifs de signalement ou d’autres méthodes de collecte pourraient être envisagés, mais les informations fournies ne précisent pas encore le modèle technique adopté par le concepteur. Il sera également nécessaire de distinguer clairement les données confirmées des informations estimées ou signalées par les utilisateurs.

Cette transparence sera essentielle pour éviter que l’application ne crée de nouvelles frustrations en orientant les clients vers des distributeurs finalement indisponibles. Malgré ces défis, l’idée portée par Wendpagnagdé Simporé met en évidence une préoccupation concrète des usagers des services bancaires.
MamBudget : aider les petits entrepreneurs à savoir ce qu’ils gagnent réellement
Vendre régulièrement ne signifie pas toujours réaliser des bénéfices. Dans de nombreux petits commerces, les recettes quotidiennes peuvent donner l’impression que l’activité fonctionne bien, alors que les dépenses, les crédits accordés aux clients ou les difficultés de gestion des stocks réduisent considérablement les marges. Pour les entrepreneurs qui ne disposent pas d’outils de comptabilité adaptés, il peut être difficile de connaître précisément la rentabilité de chaque produit ou de suivre l’évolution de leur activité. C’est sur cette problématique que se positionne MamBudget, une application mobile de gestion financière conçue par Djamila Badini. La solution ambitionne de rendre la gestion des finances plus simple et plus accessible aux particuliers comme aux entrepreneurs d’Afrique de l’Ouest. Son approche repose sur une volonté d’adaptation aux réalités économiques locales.
MamBudget propose deux modes d’utilisation : un mode personnel et un mode professionnel, également appelé Business. Cette distinction vise à répondre à des besoins différents. Pour un particulier, la plateforme entend faciliter l’organisation et le suivi des finances personnelles. Pour un entrepreneur, elle propose des fonctionnalités destinées à améliorer la gestion quotidienne de son activité. L’un des objectifs de l’application est de centraliser les informations financières sur un téléphone. Plutôt que de conserver les données dans plusieurs cahiers ou de dépendre uniquement de calculs manuels, l’utilisateur peut retrouver les informations essentielles à son activité dans un même espace. Pour les commerçants, MamBudget prévoit notamment un suivi de la marge réelle réalisée sur chaque produit.
Cette fonctionnalité pourrait aider à mieux distinguer le chiffre d’affaires des bénéfices effectivement dégagés. Une telle information est importante pour prendre des décisions sur les prix, les achats et la rentabilité des différentes marchandises. L’application intègre également le suivi des crédits accordés aux clients. Dans les petits commerces, les ventes à crédit peuvent représenter une pratique courante. Mais lorsqu’elles ne sont pas correctement enregistrées, elles peuvent entraîner des oublis et des difficultés de recouvrement.
MamBudget souhaite faciliter cette gestion en permettant de conserver une trace des sommes dues. Le suivi des stocks constitue une autre dimension importante de la solution. L’utilisateur doit pouvoir disposer d’informations actualisées sur les produits disponibles et sur les mouvements enregistrés dans son commerce. Cette fonctionnalité pourrait contribuer à mieux anticiper les besoins de réapprovisionnement et à limiter certaines erreurs de gestion. MamBudget prévoit également des outils de suivi des performances des employés. Pour une entrepreneure qui confie temporairement sa boutique à une autre personne, l’application ambitionne de permettre la consultation à distance des ventes et des résultats de l’activité. Elle pourrait ainsi connaître les produits vendus et les montants enregistrés sans être physiquement présente dans son commerce. Cette possibilité répond à un besoin de visibilité rencontré par les propriétaires de petites entreprises qui doivent parfois gérer plusieurs responsabilités en parallèle. Au-delà des commerçants, Djamila Badini souhaite également positionner MamBudget comme un outil utile aux organisations intervenant dans l’éducation financière et l’accompagnement entrepreneurial.
Les structures de formation pourraient intégrer l’application dans leurs programmes afin de permettre aux bénéficiaires de mettre directement en pratique les notions de gestion apprises. Les organisations accompagnant des entrepreneurs ou des porteurs de projets pourraient, quant à elles, disposer d’informations sur leur progression. L’objectif est de faciliter le suivi des activités et de produire des données susceptibles d’alimenter les évaluations et les rapports destinés aux partenaires.
Au-delà de leur sélection, Yembi, Gabi et MamBudget bénéficieront d’un programme d’accompagnement offert par Digitales Solidaires, partenaire de Le Faso Digital 2026. Cet accompagnement constitue une étape importante pour des projets qui ambitionnent de passer de la conception technologique à une utilisation plus large sur le terrain. En effet, développer une application ne suffit pas à garantir son adoption. Les promoteurs doivent également démontrer que leurs solutions répondent efficacement aux besoins des utilisateurs, qu’elles sont techniquement fiables et qu’elles peuvent s’inscrire dans un modèle économique durable.
Les trois solutions illustrent des dimensions complémentaires de l’inclusion financière. Mais leur véritable impact dépendra de leur capacité à toucher les publics concernés, notamment les petits opérateurs économiques, les entrepreneurs et les personnes confrontées à des difficultés d’accès aux services financiers. À travers cette catégorie, Le Faso Digital 2026 met en lumière des initiatives qui ne cherchent pas uniquement à introduire de nouvelles technologies dans les pratiques financières. Elles ambitionnent surtout de résoudre des problèmes concrets : réduire les erreurs dans les opérations de mobile money, éviter les déplacements inutiles pour retirer de l’argent et permettre aux entrepreneurs de mieux connaître la situation financière de leurs activités.
Farida Thiombiano
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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