
L’Alliance burkinabè des domaines internet (ABDI) a organisé, ce vendredi 3 juillet 2026 en ligne, la troisième édition de l’IPv6 Forum Burkina Faso autour du thème : « IPv6 au Burkina Faso : passer des engagements aux actions pour un internet de nouvelle génération ».
En ouvrant les travaux, le président du conseil d’administration de l’ABDI, Bernard Yaméogo, a rappelé que depuis son lancement en 2024, le Forum s’est progressivement imposé comme un cadre national de référence pour la sensibilisation, le partage d’expériences et la mobilisation des acteurs autour de la migration vers l’IPv6 (Internet Protocol version 6), qui est le protocole réseau standard de nouvelle génération. Pour lui, la migration vers l’IPv6 dépasse aujourd’hui le cadre purement technique. Elle constitue un enjeu de souveraineté numérique, d’innovation, de compétitivité et de développement durable. Et face à la croissance continue des services numériques, il a insisté sur la nécessité de bâtir un internet plus performant, évolutif et sécurisé grâce à une mobilisation collective des pouvoirs publics, des opérateurs, des fournisseurs d’accès internet, des universités, des centres de recherche et de l’ensemble de la communauté technique.
Les opérateurs de télécommunications déjà engagés vers l’adoption de l’IPv6
Au nom des directeurs généraux des opérateurs de télécommunications, co-parrains de l’événement, Georges Nébié a rappelé que l’épuisement des adresses IPv4 (précédent protocole réseau), conjugué à l’explosion du nombre d’appareils connectés, impose une modernisation des infrastructures des opérateurs. Tout en indiquant que plusieurs opérateurs ont déjà engagé des phases de migration ou de tests, il a insisté sur la nécessité d’une coordination entre les pouvoirs publics, le régulateur, les partenaires techniques, les entreprises et les utilisateurs.
« Comme l’affirmait récemment le PDG de Cloudflare : « Ceux qui tardent à adopter l’IPv6 construisent leurs réseaux sur du sable ; ceux qui l’intègrent maintenant les fondent sur le roc. » Nous avons compris ce message. Et nous agissons. Plusieurs opérateurs ont déjà entamé des phases de migration ou de test IPv6. Mais nous savons aussi que la réussite d’une transition à grande échelle requiert une coordination étroite entre tous les acteurs de l’écosystème : régulateurs, décideurs, partenaires techniques, entreprises, et bien sûr, utilisateurs. L’IPv6 Forum Burkina Faso représente une plateforme précieuse pour cette synergie. Il nous offre l’opportunité de mutualiser nos expertises, d’identifier les freins, de partager des solutions concrètes et d’élaborer une feuille de route nationale ambitieuse mais réaliste », a-t-il déclaré.
Les opérateurs ont ainsi plaidé pour l’élaboration de plans de migration assortis d’un calendrier précis, la mise en place d’un cadre réglementaire incitatif, l’accompagnement technique des plus petits acteurs et le renforcement des actions de sensibilisation en faveur d’un internet nativement IPv6.
De son côté, Serge Roland Sanou, conseiller technique, représentant le secrétaire exécutif de l’ARCEP, a rappelé que l’internet constitue aujourd’hui une infrastructure essentielle au fonctionnement de l’économie, de l’administration, de l’éducation, de la santé et de l’innovation. Face à l’épuisement mondial des adresses IPv4, il a estimé que l’adoption de l’IPv6 représente désormais une exigence stratégique. À l’entendre, après les travaux préparatoires menés lors des deux premières éditions, le temps est désormais à l’action afin de transformer les recommandations en résultats concrets. Il a donc appelé l’ensemble des parties prenantes à repartir du Forum avec des engagements précis et un calendrier d’exécution, afin d’accélérer la construction d’un internet moderne, sécurisé et capable de soutenir durablement la transformation numérique du Burkina Faso.
Une initiative saluée et encouragée par les autorités
Représentant la ministre en charge de la transition digitale, patronne de cette édition, son conseiller technique, Saïdou Yanogo, a salué l’initiative de l’ABDI, conduite en partenariat avec l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP). Selon lui, cette troisième édition marque une étape décisive dans la mise en œuvre des recommandations formulées lors des précédents forums.
Il a rappelé que l’essor de l’intelligence artificielle, de l’internet des objets, du cloud computing, de la 5G, des services financiers numériques et des villes intelligentes repose sur une infrastructure internet capable de répondre aux besoins futurs en adresses IP. Dans ce contexte, la transition vers l’IPv6 est devenue, selon lui, un investissement stratégique pour accompagner les ambitions du Burkina Faso en matière de transformation digitale et de souveraineté numérique.
« Comme le rappelait le pionnier de l’internet, Vint Cerf : « The Internet is for everyone. » « L’internet est pour tout le monde. » Pour qu’il demeure accessible à tous, encore faut-il qu’il dispose des fondements techniques capables d’accompagner son développement futur. À cet égard, IPv6 constitue aujourd’hui l’une des infrastructures essentielles de l’économie numérique mondiale. Le Burkina Faso ne saurait rester en marge de cette dynamique mondiale. Notre pays a fait le choix de la transformation digitale comme levier de développement économique, de modernisation de l’action publique et d’amélioration des conditions de vie des populations. Cette ambition s’inscrit dans la vision portée par le capitaine Ibrahim Traoré, président du Faso, qui appelle constamment à renforcer les capacités nationales, à valoriser les compétences burkinabè et à bâtir une souveraineté réelle dans tous les secteurs stratégiques. La souveraineté numérique constitue aujourd’hui l’un des prolongements naturels de cette vision. À cet égard, la migration vers IPv6 représente un investissement stratégique pour notre pays », a-t-il précisé.

Le représentant de la ministre a également salué les initiatives portées dans le cadre du Forum, notamment la Faso IPv6 Academy, destinée à renforcer les compétences nationales des ingénieurs et administrateurs réseaux, ainsi que l’institution du « Prix IPv6 Activé », qui récompense les entreprises et organisations engagées dans l’adoption effective de ce protocole. Il a réaffirmé l’engagement du gouvernement à poursuivre les investissements dans les infrastructures numériques, la formation des compétences nationales et la promotion de l’innovation afin de bâtir un écosystème numérique performant, inclusif et sécurisé.
Moov Africa Burkina Faso ambitionne d’évoluer vers des réseaux fonctionnant exclusivement sous IPv6
En marge de cette cérémonie d’ouverture, plusieurs panelistes ont donné des communications, notamment Koèlè Adama Neya, ingénieur telecoms et systèmes d’information à Moov Africa. Sa présentation a permis de mettre en lumière la stratégie de Moov Africa Burkina Faso en matière de déploiement de l’Internet Protocol Version 6 (IPv6), en insistant sur la nécessité de passer des engagements aux actions pour accompagner l’évolution des infrastructures numériques.
Pour commencer, il a d’abord rappelé les principales avancées déjà enregistrées par l’opérateur. En effet, Moov Africa Burkina Faso dispose d’un bloc d’adresses IPv6 2c0f:fd80: :/32, qui lui offre une capacité d’adressage importante. L’entreprise a également activé les annonces BGP avec ses fournisseurs de transit, sécurisé ses préfixes grâce au certificat RPKI et commencé à intégrer l’IPv6 sur plusieurs services stratégiques, notamment les caches de Facebook et Google, les serveurs DNS ainsi que certains services de mesure de performance.
Koèlè Adama Neya a ensuite détaillé les principales étapes de la feuille de route de l’opérateur qui portent sur l’acquisition des ressources IPv6, la sécurisation des annonces de routage, l’inventaire des équipements compatibles, ainsi que le déploiement progressif sur le segment mobile, accompagné d’actions de formation et de renforcement des capacités. La présentation a particulièrement insisté sur la complémentarité entre l’IPv6 et la 5G. Selon l’exposé, ces deux technologies sont indissociables pour bâtir un internet de nouvelle génération. Alors que la 5G permettra de connecter un très grand nombre d’objets et d’équipements, l’IPv6 fournira le volume d’adresses indispensable pour répondre à cette demande croissante sans les limites rencontrées avec l’IPv4.
L’ingénieur a par ailleurs développé les avantages techniques de cette transition. Comme avantage, nous notons que l’IPv6 met fin à la pénurie d’adresses IPv4, favorise une communication directe entre les équipements grâce à la suppression du recours systématique au NAT (Network Address Translation) et améliore les performances des réseaux 5G en réduisant la latence, en facilitant le découpage virtuel des réseaux (network slicing) et en assurant une meilleure continuité des connexions mobiles.
Concernant la stratégie de migration, Moov Africa Burkina Faso ambitionne d’évoluer progressivement vers des réseaux fonctionnant exclusivement sous IPv6. Cette transition passera toutefois par des mécanismes tels que le NAT64, le DNS64 et le 464XLAT afin d’assurer la compatibilité avec les équipements et services encore limités à l’IPv4. Elle nécessitera également des mises à niveau logicielles du cœur du réseau ainsi que l’adaptation des équipements de sécurité, des routeurs de transit et des outils d’analyse du trafic.
Le conférencier a également évoqué les perspectives d’extension de cette stratégie au réseau fixe à travers des technologies comme le Carrier Grade NAT (CGN), le NAT444 et le Dual-Stack Lite, destinées à faciliter la coexistence des protocoles IPv4 et IPv6 durant la période de transition.
Il a terminé en identifiant plusieurs défis qui freinent encore l’adoption généralisée de l’IPv6, notamment les coûts de déploiement, la compatibilité avec les infrastructures existantes, certaines contraintes liées au DNS ainsi que les intérêts économiques entretenus autour de l’exploitation prolongée de l’IPv4.
Hanifa Koussoubé
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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