
Dans la tribune ci-après, Jonas Hien nous propose sa lecture de la rencontre du président du Faso avec les forces vives du Yaadga le 16 juillet 2026. Sa conviction est faite que « Le Burkina Faso a toujours puisé sa force dans l’unité de son peuple. Préservons cet héritage. Construisons un pays où chaque religion est respectée, où chaque citoyen est protégé et où les richesses nationales profitent à l’ensemble de la population dans un climat de paix, de sécurité et de fraternité, où les aînés, les vieux, les sages sont des repères sûrs pour leurs enfants. » Tribune !
Le 16 juillet 2026, le Président du Faso, le Camarade Capitaine Ibrahim Traoré, a eu une rencontre avec les forces vives de la région du Yaagda, à Ouahigouya. Il a livré un message fort ! Il a parlé. Je l’ai écouté personnellement. Il a parlé à nous tous ! J’ai redéroulé le film du message. Je l’ai écouté pendant deux jours. J’ai lu le message entre les lignes. J’ai compris que même si le Président a parlé dans sa franchise habituelle, il n’a pas tout dit ! Après ce message, si on n’est pas maudit, on doit changer. Mais je sais qu’on n’est pas maudit. Malheureusement, il y a des cas dont on est en droit de se demander s’ils ne sont pas maudits par la nature.
Mais, je dois dire la vérité. A chaque fois que le Président du Faso livre un message très fort, je suis gêné. J’ai honte ! Ce que je connais de l’Afrique, ce sont les aînés, les vieux, les sages qui montrent aux jeunes la voie à suivre. On leur montre la bonne matière, les interdits quand il s’agit de protéger le village, le pays ! Quand un enfant se comporte bien et se présente comme une chance pour le village, on fait tout pour le protéger, le maintenir dans le bon chemin, en l’emmenant à éviter des erreurs, peu importe le nom de son père. Le message du Président est très profond et il y a des choses qu’il n’a pas voulu dire pour le moment. Depuis l’arrivée de ces jeunes au pouvoir, en considérant ce qu’ils peuvent avoir comme insuffisances, personne, pour peu qu’on soit honnête, ne peut dire que ces jeunes ne font pas tout pour construire un Burkina Faso digne au bénéfice des générations actuelles et celles à venir.
Malheureusement, depuis lors, on se retrouve en face de nos enfants, nos petits frères de loin, les petits-fils pour certains, en train de nous montrer le caractère sacré de la protection de notre pays ! en train de dire, en filigrane que ce sont des vieux qui les combattent, qui poussent des jeunes, dans le domaine religieux ou pas à déstabiliser le pouvoir ! Si vous n’avez pas compris tout le fond de son message, prenez le temps d’analyser encore. En dehors de ce qu’il a dit haut et fort, je sens qu’il est au courant d’autres choses qu’il ne nous pas dit, en tout cas pas pour le moment !
Qu’est-ce qui ne marche pas chez nous les aînés, les vieux, les supposés sages ! Je répète. J’ai vraiment honte ! Il faut qu’on reprenne notre place d’aînés, de sages pour voir ce qui est bien pour ce pays, sans regarder ‘’c’est l’enfant de qui, qui est au pouvoir » et accompagner ces jeunes par des bénédictions et de bons conseils afin qu’ils réussissent leurs missions pour le bonheur des générations actuelles et futures. C’est ce que je connais de rôles de vieux, de sages, en Afrique ! On peut critiquer, gronder même, mais c’est pour emmener à bien faire ! J’ose donc croire que le message de Ouahigouya a touché nos consciences pour revenir à l’Afrique. Une fois encore, j’ai honte de cette situation de voir nos enfants qui pensent que leurs papas sont en train de les combattre pour la simple raison qu’ils se sont engagés, au prix de leurs vies, à sauver ce pays, pour honorer ces mêmes papas dont les ancêtres ont été hier martyrisés. On devrait être fiers de tels enfants, les suivre et les critiquer à temps pour les emmener toujours sur le bon chemin !
La guerre dans laquelle tout le pays s’est engagé est une guerre existentielle. Depuis plusieurs années, le terrorisme sème la mort, détruit des infrastructures, vide des villages, prive des milliers d’enfants d’école et compromet les efforts de développement. Dans cette guerre, les armes sont indispensables, mais elles ne suffisent pas. Le véritable rempart contre l’extrémisme violent se construit aussi dans les esprits, dans les familles, dans les écoles et dans les lieux de culte. Les religions occupent une place importante dans la vie des Burkinabè, la sagesse aussi. Elles enseignent l’amour du prochain, le respect de la vie, la solidarité, la justice et le pardon. La sagesse enseigne cela aussi. Les religions sont des facteurs de paix et de stabilité. La sagesse aussi. Lorsqu’elles restent fidèles à ces valeurs, elles constituent l’une des plus grandes forces de la Nation.
Cependant, nul ne peut ignorer qu’à travers le monde, certains groupes violents cherchent à détourner les textes religieux pour justifier des actes qui n’ont rien de religieux. Ils recrutent, ils manipulent les consciences, ils diffusent des discours de haine et ils tentent de convaincre des jeunes que tuer des innocents serait un devoir qui donne droit au paradis. Cette instrumentalisation de la religion est l’une des armes les plus dangereuses du terrorisme.
C’est pourquoi toute société responsable doit encourager les discours qui favorisent la paix, la cohésion, la solidarité, l’unité et rester vigilante face aux appels à la violence, à la radicalisation, à la désunion, à la trahison, quelle que soit leur provenance. Cette vigilance vise aussi à protéger toutes les religions contre ceux qui cherchent à les dénaturer. Au Burkina Faso, les musulmans vivent depuis toujours en parfaite intelligence avec les chrétiens et les adeptes des religions traditionnelles. Dans de nombreuses familles, plusieurs confessions coexistent harmonieusement. Cette réalité constitue l’une des plus grandes richesses de notre pays.
Les Imams qui enseignent la paix, la tolérance, le respect de la dignité humaine et l’amour de la patrie rendent un immense service à la Nation. Leur engagement contribue à protéger les jeunes contre les discours de manipulation et à renforcer la cohésion nationale. De la même manière, les prêtres, les pasteurs, les catéchistes, les responsables coutumiers et les guides des religions traditionnelles participent, chacun à sa manière, à la construction d’une société plus apaisée. Les aînés, les vieux, les sages, qui appellent les enfants du pays à l’union, à l’unité, à la solidarité, à l’engagement, à bannir la trahison, rendent aussi un service immense à la Nation.
Il est donc essentiel de ne pas confondre une religion avec les individus qui utilisent le nom du Bon-Dieu pour commettre des crimes. Les terroristes ne représentent pas les croyants. Ils représentent leur propre projet de violence. La véritable question n’est donc pas de savoir quelle religion est utile. La véritable question est de savoir comment empêcher les discours qui poussent des citoyens à se retourner contre leur propre pays. Aucun Burkinabè ne devrait accepter que l’argent, la manipulation ou les promesses d’un groupe armé l’amènent à trahir la terre qui l’a vu naître. Aucun intérêt personnel ne peut justifier que l’on contribue, directement ou indirectement, à la destruction du pays pour des considérations dépassées.
Celui qui livre des informations à des groupes armés terroristes, qui facilite leurs déplacements ou qui accepte de collaborer avec eux pour quelques billets d’argent, ne fait pas seulement du tort à l’État. Il met en danger ses voisins, ses parents, ses enfants et les générations futures. L’argent reçu disparaîtra rapidement, mais les conséquences de cette trahison dureront des centenaires.
Le patriotisme n’est pas un slogan. C’est un comportement quotidien. Il ne va pas ensemble avec la trahison. Il consiste à protéger son pays, à respecter les lois, à refuser les discours de haine, à dénoncer les appels à la violence et à participer à la construction de la paix, de l’unité nationale.
Un religieux et toute personne à qui Dieu a accordé un certain âge, doit s’inscrire dans cette dynamique. Notre diversité religieuse est une richesse. Le Burkina Faso n’appartient ni aux musulmans seuls, ni aux chrétiens seuls, ni aux adeptes des religions traditionnelles seuls. Chacun a le droit de pratiquer librement sa foi mais dans le respect des lois de la République et des droits des autres.
Aujourd’hui plus que jamais, notre pays a besoin de paroles qui rassemblent plutôt que de discours qui divisent, des conseils qui unissent plutôt que des conseils qui divisent les Burkinabè. Les responsables religieux, les autorités publiques, les chefs coutumiers, traditionnels, les sages, les enseignants, les médias, les organisations de la société civile et chaque citoyen ont un rôle à jouer dans cette mission de sauver notre pays et d’honorer nos ancêtres. La victoire contre le terrorisme ne sera pas uniquement militaire. Elle sera aussi morale, civique et spirituelle. Elle naîtra de notre capacité collective à préserver l’unité nationale, à protéger notre jeunesse contre toutes les formes d’extrémisme violent et à faire vivre les valeurs qui ont toujours caractérisé l’Afrique et le peuple burkinabè : la solidarité, la tolérance, le courage et l’amour de la patrie.
Construire un Burkina Faso en paix et de paix est une responsabilité partagée. Cette œuvre exige des convictions, le dialogue, le respect mutuel et une vigilance permanente contre toute idéologie qui cherche à opposer les enfants d’une même Nation, contre tout ‘’conseil » qui cherche à diviser les enfants d’un même pays, par la trahison. Car lorsqu’une Nation reste unie malgré ses différences, aucune force ne peut durablement la vaincre.
Les armes peuvent reconquérir un territoire mais elles ne suffisent pas à gagner une Nation. Une Nation se gagne d’abord dans les consciences. Elle se construit lorsque chaque citoyen choisit la vérité plutôt que la manipulation, l’intérêt général plutôt que le profit personnel, la fraternité plutôt que la haine. Le Burkina Faso n’est pas seulement un espace géographique. Il est une communauté de destin. Cette communauté ne demande pas à chacun d’avoir la même religion, la même ethnie ou les mêmes opinions. Elle demande une seule chose : aimer suffisamment son pays pour ne jamais participer à sa destruction.
Quiconque transforme la religion en instrument de violence trahit d’abord les valeurs de cette religion. Quiconque accepte de servir les intérêts de ceux qui attaquent son propre peuple compromet l’avenir de toute une Nation et de ses propres enfants. En revanche, celui qui prêche la paix, protège la vie humaine, renforce le dialogue et refuse la haine devient un artisan de l’espérance.
Le terrorisme ne sera définitivement vaincu que lorsque les armes de la République seront soutenues par les consciences de tous les Burkinabè. C’est dans cette union entre la force de la loi, la sagesse des responsables religieux, des sages tout court, l’engagement des citoyens et l’amour de la patrie que se trouve le véritable rempart contre l’extrémisme violent. Au Burkina Faso, les religions ne sont pas des adversaires. Elles sont des alliées de la paix lorsqu’elles restent fidèles à leur vocation première : rapprocher les hommes de Dieu en les rapprochant les uns des autres. Préservons cet héritage. C’est ensemble que nous bâtirons un Burkina Faso où la sécurité, la justice, la prospérité et la dignité profiteront à tous.
Les terroristes cherchent à nous diviser. Notre réponse doit être l’unité. Les extrémistes cherchent à opposer les religions. Notre réponse doit être le respect mutuel. Les ennemis de la Nation veulent acheter des consciences. Notre réponse doit être un patriotisme qui ne se vend pas. Tant que les Burkinabè resteront unis, aucune idéologie de haine ne pourra vaincre ce pays. C’est dans ce sens que les propos du Président du Faso, lors de la rencontre avec les forces vives la région de Yaadga, invitant les responsables religieux à promouvoir des messages de paix méritent une réflexion dépassionnée. Son message ne doit pas être interprété comme une remise en cause d’une religion en particulier. Il rappelle plutôt qu’aucune croyance ne doit servir de prétexte pour justifier la haine, la violence ou la division contre son propre pays.
Il est donc important de distinguer une religion de ceux qui utilisent son nom pour poursuivre des objectifs contraires à ses enseignements. Les actes de quelques individus ne doivent jamais conduire à stigmatiser une communauté entière. Les millions de musulmans du Burkina Faso vivent leur foi dans le respect des lois de la République et contribuent chaque jour au développement du pays. De nombreux Imams, par leurs prêches, appellent constamment à la paix, au dialogue et à la fraternité. Leur engagement mérite d’être reconnu et encouragé, comme l’a dit le Président du Faso. La même reconnaissance doit être accordée aux coutumiers, aux responsables des religions traditionnelles, aux prêtres, aux pasteurs, qui œuvrent quotidiennement pour maintenir l’harmonie entre les populations. Le Burkina Faso s’est construit grâce à cette diversité religieuse, où les familles qui partagent plusieurs confessions vivent toujours en unité.
Chacun doit rester vigilant face aux discours qui cherchent à opposer les Burkinabè les uns aux autres. Les idéologies extrémistes prospèrent lorsque la haine remplace le dialogue, lorsque les rumeurs prennent le dessus sur les faits et lorsque certains exploitent la foi à des fins politiques ou criminelles. Les leaders religieux portent donc une responsabilité particulière : éclairer les consciences, dénoncer la violence et rappeler que tuer des innocents ne peut jamais être un acte de foi.
Au-delà de la responsabilité des prédicateurs, chaque citoyen est également interpellé. Personne ne devrait accepter de trahir sa patrie pour de l’argent, des avantages matériels ou des promesses illusoires, pour des considérations ethniques ou religieuses. L’histoire montre que les conflits finissent toujours par toucher ceux qui pensaient en être protégés. Ceux qui alimentent aujourd’hui la violence peuvent en devenir demain les victimes.
Le Burkina Faso a toujours puisé sa force dans l’unité de son peuple. Préservons cet héritage. Construisons un pays où chaque religion est respectée, où chaque citoyen est protégé et où les richesses nationales profitent à l’ensemble de la population dans un climat de paix, de sécurité et de fraternité, où les aînés, les vieux, les sages sont des repères sûrs pour leurs enfants.
Jonas Hien
Source: LeFaso.net
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