Communauté étrangère la plus importante en Côte d’Ivoire. Les Burkinabè disposent d’une représentation nationale chargée de les fédérer et de défendre leurs intérêts. Cependant cette organisation reste encore méconnue des Burkinabè de Côte d’Ivoire. Dans cet entretien accordé à Lefaso.net, Ousmane Belem, sous le nom de règne Naaba Koom, président de la représentation nationale, revient sur les défis de cette institution, ses ambitions de mieux structurer la communauté et les projets envisagés pour renforcer les liens entre les Burkinabè vivant en Côte d’Ivoire.

Lefaso.net : Les Burkinabè constituent la plus importante communauté étrangère en Côte d’Ivoire. Pourtant, beaucoup ignorent qu’il existe une représentation nationale. Comment l’expliquez-vous ?

Naaba Koom : C’est simple. Tout acte qui est posé, soit il régresse, soit il progresse. Ceux qui m’ont précédé ont fait leur part de sensibilisation et de mobilisation, mais l’éclairage n’était pas le même. Les visions aussi n’étaient pas les mêmes. Aujourd’hui, nous sommes venus avec des idées nouvelles que nous entendons mettre en place afin de mieux mobiliser et rassembler la communauté autour d’une base de données fiable.

Vous évoquez justement une base de données fiable. Pourquoi est-ce devenu une priorité ?

L’un de nos principaux défis est de connaître réellement notre communauté. À chaque fois, on entend dans les médias qu’il y a plus de six millions de Burkinabè en Côte d’Ivoire. Mais est-ce que ce chiffre est établi avec certitude ? Non. Ce sont toujours des estimations. Jusqu’à aujourd’hui, aucun procédé spécifique n’a permis de connaître le nombre exact de Burkinabè vivant en Côte d’Ivoire.

Comment comptez-vous relever ce défi ?

Nous avons commencé par recenser nos chefs communautaires, des cantons, des départements et des régions. Avec leur concours, nous voulons connaître le nombre exact de Burkinabè présents dans leurs circonscriptions respectives. C’est un travail qui demandera du temps. Cela ne se fait pas du jour au lendemain. Il faudra beaucoup d’écoute, de patience et de courage.

Au-delà du recensement, quels sont les autres projets que vous portez ?

Nous avons de grands projets pour notre communauté, notamment sur les plans culturel et patriotique. Nous voulons renforcer le sentiment d’appartenance des Burkinabè vivant en Côte d’Ivoire et préserver notre identité.

Pourquoi insistez-vous autant sur la dimension culturelle ?

Parce que nous constatons qu’une partie de notre jeunesse s’éloigne progressivement de ses racines. Beaucoup de jeunes ayant la double nationalité ne veulent même plus qu’on leur parle du Burkina Faso. C’est une réalité qui nous interpelle.

Comment comptez-vous répondre à cette situation ?

L’un de nos plus grands rêves est de construire un centre culturel. Ce sera un lieu où les jeunes pourront apprendre leurs origines, leur histoire, leurs valeurs et leur culture. Notre objectif est de susciter chez eux un véritable esprit patriotique et de transmettre cet héritage aux générations futures.

Concrètement, quel est le rôle d’un chef communautaire aujourd’hui ?

Lorsqu’un Burkinabè arrive dans une ville ou un village où il ne connaît personne, le premier contact est le chef de communauté. Il a l’obligation de l’accueillir, de l’orienter, de l’aider à se loger et à s’installer. C’est une mission quotidienne.

Votre rôle ne se limite donc pas à l’accueil ?

Absolument. Lorsqu’il y a une arrestation, une maladie ou un décès, le chef est tenu de mobiliser la communauté afin d’accompagner la personne ou sa famille jusqu’au règlement de la situation. C’est le travail quotidien de tous les chefs de communauté.

Beaucoup de Burkinabè découvriront l’existence de cette représentation dans cette interview, quel message avez-vous à leur adresser ?

Nous sommes entièrement disposés à tisser des liens solides entre tous les membres de notre communauté afin que chacun de ses membres soit fier de cette représentation.

Samira Ouédraogo

Correspondante à Abidjan

Lefaso.net

Source: LeFaso.net