
La deuxième édition de l’immersion en langue san a été officiellement lancée ce mercredi 29 juillet 2026 à Loumbila. Portée par la sous-commission nationale de la langue san-maka, cette initiative vise à préserver et à promouvoir la langue ainsi que le patrimoine culturel samo en offrant aux jeunes un cadre d’apprentissage intensif de la langue maternelle.
Pendant deux semaines, les 36 campeurs inscrits suivront un programme qui allie apprentissage linguistique et découverte culturelle. Ils seront initiés aux bases de la communication en langue san, notamment les salutations d’usage, les échanges dans les lieux publics, les marchés, les établissements scolaires et les centres de santé. Les enseignements porteront également sur le vocabulaire de la vie quotidienne, les relations familiales, ainsi que sur la lecture, l’écriture et la transcription de la langue. L’immersion sera enrichie par des activités culturelles telles que les danses traditionnelles, la lutte, les devinettes et d’autres pratiques destinées à transmettre les valeurs et les richesses de la culture samo.
Pour le président de la sous-commission nationale de la langue san-maka, Lassina Toé, cette initiative répond à une préoccupation grandissante qu’est la perte progressive de la langue maternelle chez de nombreux enfants samos, notamment en milieu urbain.
« Nous avons constaté que dans un bon nombre de nos localités, surtout les centres urbains, nous avons beaucoup d’enfants samos qui ne comprennent pas leur langue maternelle. Alors qu’est-ce qu’il fallait faire pour ces enfants ? Nous nous sommes dit qu’il fallait trouver une solution. Et la solution, c’était de trouver un temps pour eux, pour les initier à parler la langue, à l’écrire et même à la lecture. Nous avons réalisé une première édition l’année passée, qui a été couronnée de succès grâce à nos partenaires. Cette année encore, c’est ce qui nous a motivés à organiser cette deuxième édition. Comme je l’ai dit, le besoin est là, ce ne sera pas la dernière édition. Nous comptons répéter cette immersion chaque année », a-t-il expliqué.

Selon lui, l’engouement est d’ailleurs en nette progression, avec un effectif passé d’une trentaine de participants en 2025 à 36 cette année. Face à cette adhésion, les promoteurs envisagent déjà d’étendre l’expérience à la région de l’Ouest, où une première immersion en san-maka est annoncée à Bobo-Dioulasso.
La représentante du ministre en charge de la culture et vice-présidente de la Commission nationale des langues nationales, Awa Tiendrébéogo/Sawadogo, a salué cette initiative qui s’inscrit pleinement dans la politique nationale de promotion des langues nationales. Elle a rappelé que la transmission constitue l’un des piliers de l’aménagement linguistique, aux côtés du statut et du corpus des langues. Pour elle, ce type d’immersion contribue à freiner l’érosion linguistique et à préserver l’identité culturelle des communautés. « L’occasion est offerte aux familles de se rattraper. C’est une initiative à saluer, car elle participe à la transmission des langues et permet d’éviter leur étiolement », a-t-elle indiqué.

Le président de la cérémonie d’ouverture, Jean François Kobiané, a pour sa part félicité les organisateurs pour leur engagement en faveur de la valorisation des langues nationales. Il a souligné que cette démarche est en parfaite adéquation avec les priorités nationales accordées à la culture et s’inscrit dans la dynamique de réforme de l’enseignement supérieur, où les langues nationales occupent désormais une place plus importante.

Le parrain de la cérémonie, Karim Ki, président du conseil régional des personnes âgées du Guiriko, a lui aussi insisté sur l’importance de préserver les langues face aux effets du brassage culturel. Il n’a pas manqué de rappeler qu’un peuple qui perd sa langue perd ses racines, avant d’exprimer le souhait de voir cette immersion s’inscrire durablement dans le calendrier culturel afin de transmettre aux jeunes générations l’histoire, les traditions et les coutumes du peuple samo.
Du côté des participants, l’enthousiasme est palpable. Doris Niamba, qui prend part à cette immersion pour la première fois, espère acquérir les bases de la langue san afin de pouvoir la lire, l’écrire et même interpréter l’hymne national dans cette langue. « C’est une nouvelle aventure pour moi. J’ai quelques notions, mais je veux approfondir mes connaissances », a-t-elle confié.

Même motivation chez Alicia Marine Dala, venue apprendre à parler le san et à mieux découvrir la culture samo. « Je veux apprendre à parler la langue, mais aussi à danser, à cuisiner et à connaître davantage les traditions samos », a-t-elle déclaré.
Hanifa Koussoubé
Lefaso.net
Source: LeFaso.net

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