
Du bas-fond rizicole de Sadon Bobo au jardin nutritif de Toné, en passant par un poulailler traditionnel amélioré et un kiosque de produits forestiers non ligneux, les réalisations du Projet de renforcement de la résilience des ménages ruraux face aux changements climatiques et à la vulnérabilité alimentaire et économique (ProRACE) visent à renforcer les moyens de subsistance des populations rurales. Le haut-commissaire de la province des Balé, Martin BAKO, a visité ces initiatives, le jeudi 5 novembre 2026, dans la commune de Fara.
À Fara, les réponses à la vulnérabilité des ménages ruraux prennent plusieurs formes. Elles se lisent dans les rangées de riz d’un bas-fond, les feuilles de moringa et de baobab d’un jardin nutritif exploité par des femmes ou encore les volailles d’une exploitation avicole. Autant de réalisations présentées, le jeudi 5 novembre 2026, au haut-commissaire de la province des Balé, à l’occasion d’une visite commentée des réalisations du Projet de renforcement de la résilience des ménages ruraux face aux changements climatiques et à la vulnérabilité alimentaire et économique (ProRACE).
Financé par l’Union européenne et mis en œuvre par le consortium Tree Aid et l’association Joindre les actions pour faire avancer l’Afrique (JAFAA), ce projet de quatre ans entend améliorer les conditions de vie des populations rurales confrontées aux effets des changements climatiques, à l’insécurité alimentaire et aux conséquences de la crise sécuritaire.
Dans les rizières, produire autrement pour économiser
À Sadon Bobo, la délégation découvre une parcelle de démonstration consacrée à la riziculture. Deux parcelles permettent de comparer les pratiques agricoles habituelles avec celles recommandées par les techniciens du projet.
Le producteur démonstrateur Bamboué Souaniba a expliqué les différentes étapes de l’itinéraire technique. Préparation du sol, labour, repiquage et fertilisation ont été réalisés suivant les recommandations des agents d’encadrement. Des apports d’engrais, dont de l’engrais organique, ont notamment été effectués à différents stades de développement du riz.

« Nous voulons montrer aux producteurs qu’il est possible de réduire les dépenses tout en améliorant les pratiques culturales. Nous constatons que les producteurs utilisent habituellement entre 40 et 50 kg de semences pour emblaver un hectare de riz. Avec le système de riziculture intensive (SRI), il est possible de réduire considérablement cette quantité, en utilisant seulement 10 à 15 kg de semences par hectare », explique Pascal Noom-wendé Sawadogo, chef de la zone d’appui technique d’agriculture de Fara.
Selon lui, au prix de 1 000 FCFA le kilogramme de semences, le recours à 40 kg représente une dépense de 40 000 FCFA. Avec 10 kg, cette charge tombe à 10 000 FCFA. Le producteur réalise ainsi une économie de 30 000 FCFA par hectare sur la semence.
Pour le technicien, l’utilisation de la fumure organique, en complément des fertilisants minéraux, contribue à préserver la fertilité des sols. « Le sol est notre principal outil de production. Il faut donc l’entretenir », insiste l’agent technique, qui souligne que les effets de la fumure organique peuvent se ressentir sur plusieurs années.
Le ProRACE entend ainsi encourager une agriculture moins coûteuse et plus durable, dans un contexte où les producteurs doivent composer avec des pluies irrégulières et des intrants parfois difficiles d’accès.
À Toné, un jardin nutritif qui génère des revenus
Le changement impulsé par le projet se mesure également dans le jardin nutritif de Toné. Sur une superficie de 0,25 hectare, un groupement de femmes produit notamment le baobab, le moringa et plusieurs produits maraîchers.
Selon le bilan présenté par la secrétaire de l’association des femmes qui exploitent le jardin, Gnaman Nignan, les activités de production et de commercialisation ont généré 1 231 575 FCFA de recettes entre janvier et octobre 2026. Les ventes concernent les feuilles de baobab et de moringa, les produits maraîchers ainsi que les plants transplantés. La vente de ces derniers représente à elle seule 605 000 FCFA.
Un forage équipé d’un système d’adduction d’eau solaire permet d’assurer l’approvisionnement du jardin, surtout pendant la contresaison.

Pour les bénéficiaires, l’intérêt du jardin dépasse les seules recettes financières. Il contribue également à améliorer l’alimentation des ménages et à renforcer l’autonomie des femmes.
« Grâce au jardin, nous pouvons produire nous-mêmes et disposer de légumes pour notre alimentation. Nous pouvons consommer une partie de notre production et vendre le surplus pour obtenir de l’argent », témoigne Gnaman Nignan.
Les revenus générés contribuent aux dépenses du jardin et au soutien des familles. Les femmes bénéficient également de formations qui leur permettent d’acquérir de nouvelles connaissances et de mieux organiser leurs activités.
Au total, quinze jardins nutritifs ont été réalisés dans le cadre du projet dans différentes localités de la province. Ils concernent des ménages vulnérables, des personnes déplacées internes et leurs communautés d’accueil, mais aussi des écoles et un centre de santé.

L’épargne collective pour soutenir les femmes
Les associations villageoises d’épargne et de crédit (AVEC) constituent un autre levier de résilience dans le cadre de la mise en œuvre du projet. À la suite de l’accompagnement dont elles ont bénéficié, les exploitantes du jardin nutritif du village de Toné se sont organisées en deux groupes de 30 femmes chacun. Ces groupements bénéficient d’un accompagnement portant notamment sur la gouvernance, l’éducation financière et l’accès au financement. Les femmes ont ainsi pu constituer une épargne collective et accorder des crédits à leurs membres pour soutenir leurs activités économiques ou répondre à certains besoins sociaux. Au-delà des montants mobilisés, le mécanisme vise à renforcer la solidarité et la capacité des bénéficiaires à faire face aux difficultés financières.

De l’élevage à la valorisation des produits forestiers
À Toné, la visite s’est poursuivie avec la découverte d’un poulailler traditionnel amélioré. Cette réalisation fait partie des trente initiatives d’élevage soutenues par ProRACE.
L’appui comprend notamment des équipements, des noyaux de volailles, des produits zoosanitaires, des formations et un suivi technique. Les femmes et les jeunes figurent parmi les bénéficiaires ciblés.
Pour les responsables du projet, le développement de l’élevage constitue une source complémentaire de revenus, susceptible de réduire la dépendance des ménages à l’égard des seules activités agricoles.
La délégation a apprécié l’exploitation avicole où l’élevage cohabite avec la préservation des arbres. Une approche qui, selon les responsables de Tree Aid, illustre l’intérêt de l’agroforesterie. « Il est possible de produire sans détruire la nature », souligne le directeur régional Afrique de l’Ouest de Tree Aid, Hervé Zoungrana, insistant sur la nécessité de préserver les sols et les écosystèmes tout en développant les activités socioéconomiques.

La visite s’est achevée au kiosque de commercialisation des produits forestiers non ligneux à Fara. Cette infrastructure, qui se situe en face de l’hôtel de ville, fait partie des onze kiosques installés dans la province, alors que dix étaient initialement prévus. Ces espaces visent à faciliter la transformation et la commercialisation des produits locaux, tout en rapprochant les producteurs des consommateurs, selon le coordonnateur du ProRACE, Bebeyanda Hugues Ouédraogo.
Environ 80 % de réalisation physique
Après trois années de mise en œuvre, le projet de renforcement de la résilience des ménages ruraux face aux changements climatiques et à la vulnérabilité alimentaire et économique (ProRACE) affiche un taux d’exécution physique d’environ 80 %. C’est le bilan présenté par son coordonnateur, Bebeyanda Hugues Ouédraogo.
Selon lui, les activités menées dans le cadre de la première composante, consacrée à la gestion durable des écosystèmes, sont achevées. Elles portent notamment sur la sécurisation des espaces forestiers, les plantations et le renforcement des capacités des autorités.

La deuxième composante vise à améliorer la production agricole et à accompagner les petits producteurs dans l’adoption de pratiques plus adaptées. Elle comprend notamment la mise en place de parcelles de démonstration et de jardins nutritifs. « Nous avons pu mettre en place les 15 jardins nutritifs prévus. Les parcelles de démonstration ont également été installées chaque année », a expliqué le coordonnateur.
La troisième composante concerne l’amélioration des revenus des exploitants à travers le développement des chaînes de valeur des produits forestiers non ligneux et des activités de petit élevage. « À ce niveau, les résultats sont également jugés satisfaisants. Alors que dix kiosques étaient initialement prévus pour faciliter la commercialisation des produits, onze ont finalement été installés dans la province », note M. Ouédraogo.
Pour le coordonnateur, ces réalisations témoignent des efforts consentis pour atteindre les objectifs du projet. Malgré les avancées enregistrées, la poursuite des activités reste essentielle pour consolider les acquis et renforcer durablement la résilience des ménages ruraux.
Quant au Haut-commissaire des Balé, il a laissé entendre que les réalisations observées témoignent d’un accompagnement qui répond aux besoins des populations.
Il a invité les bénéficiaires à poursuivre leurs efforts et à préserver les acquis du projet, notamment en renforçant leur organisation collective. Il estime que les coopératives peuvent jouer un rôle important dans la pérennisation des activités, par exemple à travers la construction de magasins de stockage et la mutualisation des moyens.

Le directeur régional Afrique de l’Ouest de Tree Aid, de son côté, insiste sur la nécessité de renforcer les capacités des acteurs locaux pour leur permettre de poursuivre les initiatives après le projet.
Doté d’un budget de 3,2 millions d’euros (2 101 173 925 de francs CFA), dont 3,04 millions (1 994 109 220 de francs CFA) financés par l’Union européenne, ProRACE ambitionne de toucher 89 240 personnes, dont la moitié de femmes et plus de 22 000 personnes déplacées internes. Sa mise en œuvre est prévue jusqu’en octobre 2027.
Fredo Bassolé
Lefaso.net
Source: LeFaso.net



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