La communication participative peut-elle contribuer à renforcer la capacité des agro-pasteurs à faire face aux effets du changement climatique ? C’est à cette question que Ramata Diallo a consacré son mémoire de master en communication, option communication pour le développement, soutenu avec succès ce samedi 26 septembre 2026 à Ouagadougou. À travers son étude intitulée « La contribution de la communication participative à l’adaptation et à la résilience des agro-pasteurs des communes de Koubri et Saaba », l’impétrante a analysé les pratiques d’adaptation des producteurs ainsi que l’impact des initiatives de communication sur leurs connaissances et leurs comportements.

Face à la modification progressive des conditions climatiques, les producteurs agricoles et les éleveurs sont contraints d’adapter leurs pratiques. Retard ou irrégularité des pluies, hausse des températures et perturbation des saisons agricoles constituent désormais des réalités auxquelles les agro-pasteurs doivent faire face. C’est dans ce contexte que Ramata Diallo a consacré son travail de recherche à la communication participative comme outil d’accompagnement des populations dans leur adaptation au changement climatique.

Le mémoire s’est notamment intéressé aux initiatives du Projet intégré de développement et de modernisation du secteur agro-pastoral (PIMSA), mis en œuvre dans le secteur agricole.

Pour l’impétrante, le choix de ce sujet est parti d’un constat de plus en plus visible dans le quotidien des populations. « Ces dernières années, on subit les effets du changement climatique. Il ne pleut plus comme avant, il fait de plus en plus chaud et la saison ne commence plus à la date où elle devrait commencer », a-t-elle expliqué.

À travers cette étude, Ramata Diallo a voulu comprendre comment les agriculteurs et les éleveurs s’organisent pour s’adapter à ces changements, mais également mesurer la contribution de la communication participative dans l’adoption de nouvelles pratiques.

Son étude s’est appuyée sur une approche mixte, combinant méthodes quantitative et qualitative. Des questionnaires, des entretiens et des observations ont notamment été utilisés auprès des personnes ciblées. L’enquête a permis de recueillir des données auprès d’une centaine de personnes, dont des bénéficiaires et des non-bénéficiaires du projet étudié. Les entretiens qualitatifs ont accordé une attention particulière à la participation des femmes et des jeunes.

Ramata Diallo, lors de la présentation de son mémoire de master en communication, option communication pour le développement.

Les résultats présentés au cours de la soutenance montrent que la communication participative peut contribuer à améliorer les connaissances des agro-pasteurs et à favoriser l’adoption de pratiques permettant de mieux faire face aux changements climatiques.

Parmi les mesures évoquées figurent notamment l’utilisation de semences améliorées, permettant de réduire la durée des cycles de production, mais également le développement de cultures maraîchères de contre-saison. Ces dernières constituent, selon l’impétrante, une possibilité de diversification des productions et peuvent contribuer à compenser certaines insuffisances de la production céréalière durant la saison hivernale.

L’élevage fait également partie des stratégies accompagnées. Ramata Diallo a cité la mise à disposition de volailles au profit de certains producteurs ainsi que la formation des bénéficiaires sur les techniques d’élevage permettant notamment de mieux faire face aux fortes températures.

« Il y a beaucoup de méthodes qui sont mises en œuvre », a-t-elle relevé, soulignant que ces initiatives visent à mieux outiller les producteurs face aux nouvelles contraintes climatiques.

L’étude s’est également intéressée à la place des femmes et des jeunes dans les mécanismes de communication participative. L’objectif était notamment de déterminer leur niveau de participation et son influence sur l’adoption des pratiques d’adaptation.

Au terme de l’analyse, les différentes hypothèses formulées par l’impétrante ont été présentées comme confirmées. Selon les résultats, les personnes exposées aux initiatives de communication participative présentent de meilleures connaissances des pratiques d’adaptation que celles qui n’y ont pas été exposées.

L’étude conclut également que la participation favorise l’adoption de pratiques d’adaptation et contribue au renforcement de la résilience. Les données qualitatives ont par ailleurs permis d’identifier plusieurs facteurs susceptibles de faciliter ou, au contraire, de limiter l’efficacité de la communication participative.

Le directeur de mémoire, Dr Jean-Pierre Ilboudo, appréciant la pertinence du travail consacré à l’adaptation des agro-pasteurs face au changement climatique.

Malgré les résultats enregistrés, Ramata Diallo relève plusieurs difficultés susceptibles de limiter la portée des initiatives de communication participative. Elle cite notamment l’insuffisance des ressources financières, le faible niveau d’alphabétisation d’une partie des populations rurales et la couverture encore limitée des programmes.

Pour elle, l’un des principaux défis consiste donc à toucher les populations qui restent en dehors des dispositifs existants. « Le projet ne s’étend pas à toute la population », a-t-elle relevé, estimant nécessaire de trouver des mécanismes permettant de diffuser les bonnes pratiques à une plus grande échelle.

Face à ces limites, plusieurs recommandations ont été formulées. L’impétrante préconise notamment de multiplier les forums villageois et les groupes de discussion, mais aussi de développer des émissions radiophoniques consacrées aux questions agricoles afin de favoriser les échanges entre agro-pasteurs, agents du ministère en charge de l’Agriculture et organisations intervenant dans le secteur.

Elle recommande également d’adapter davantage les contenus et les supports de communication aux populations faiblement exposées, de renforcer la participation des femmes dans les instances de décision et de mettre en place des programmes spécifiquement destinés aux jeunes agro-pasteurs.

La formation des producteurs sur l’agroécologie, la gestion de l’eau, l’utilisation de semences adaptées et la diversification des activités agricoles figure également parmi les pistes proposées.

Pour celle qui est aussi journaliste à Lefaso.net, la communication participative ne constitue donc pas uniquement un moyen de transmettre de l’information. Elle permet également de créer des espaces d’échanges et de favoriser la circulation des savoirs entre les différents acteurs.

Directeur de mémoire, le Dr Jean-Pierre Ilboudo a salué le travail réalisé par l’impétrante, notamment l’importance accordée au terrain. « Elle a sorti un document intéressant, avec quelques petites reprises à faire. Elle a fait le terrain, et c’est important pour nous de voir que le terrain est fait », a-t-il indiqué.

Il a également souligné l’ampleur des enquêtes réalisées dans le cadre de l’étude, estimant que le fait d’avoir recueilli les avis de plus de cent personnes constituait un élément important du travail.

Sur la pertinence du sujet, le directeur de mémoire estime que le thème s’inscrit pleinement dans les préoccupations actuelles. « La question d’adaptation, de résilience, c’est toujours lié au changement climatique », a-t-il souligné.

Selon lui, le sujet présente également un intérêt à plusieurs niveaux, notamment sociologique, économique et culturel. « Le changement climatique, c’est très important pour le futur. On est tous là, il fait plus chaud, on souffre », a-t-il ajouté.

Au terme de sa présentation, Ramata Diallo a ainsi défendu l’idée que la communication participative peut accompagner les populations dans la compréhension des risques climatiques et dans l’adoption de pratiques d’adaptation. Son travail met toutefois en évidence la nécessité d’élargir la couverture des initiatives et de renforcer l’implication des différents acteurs, particulièrement les femmes et les jeunes, afin de consolider la résilience des agro-pasteurs face aux mutations climatiques.

Anita Mireille Zongo

Lefaso.net

Source: LeFaso.net