‎Après cinq jours de réflexions, d’échanges et de partage d’expériences, le Symposium sur l’audiovisuel et la prévention des risques professionnels de Ouagadougou (SYAPRO) a refermé ses portes le vendredi 25 septembre 2026 à Ouagadougou. Pour cette 10ᵉ édition, organisée du 21 au 25 septembre autour du thème « Prévention des risques professionnels à l’ère de l’économie numérique : impacts, défis et perspectives », les participants ont notamment interrogé les mutations du monde du travail et les moyens de mieux protéger les travailleurs face à l’évolution des risques.

‎Plus de 350 participants venus de plusieurs pays africains ont pris part à cette rencontre portée par l’Interafricaine de la prévention des risques professionnels (IAPRP). Huit ans après la dernière édition, le retour du SYAPRO a été marqué par une forte mobilisation des organismes nationaux de sécurité sociale, des entreprises, des experts et des acteurs de la prévention.

‎Représentant le Premier ministre à la cérémonie de clôture, Mathias Traoré, ministre des Serviteurs du peuple, a salué la qualité des travaux et les résultats obtenus. Dans le discours du chef du gouvernement qu’il a lu, il a d’abord rappelé que le SYAPRO, depuis sa première édition en septembre 1994, s’est progressivement imposé comme un cadre d’échanges sur les questions de sécurité et de santé au travail.

Mathias Traoré, ministre des Serviteurs du peuple, a représenté le Premier ministre à la cérémonie de clôture du SYAPRO 2026

‎ « Certaines rencontres peuvent prendre l’allure du rituel routinier que les institutions s’imposent simplement pour satisfaire à des obligations statutaires », a-t-il relevé, estimant que l’évolution du SYAPRO ne permet pas de le classer dans cette catégorie. Selon lui, le symposium constitue désormais un cadre privilégié d’échanges, de mutualisation des expériences et de formation continue sur la prévention des risques professionnels.

Cette 10ᵉ édition a surtout permis de mettre en lumière les transformations induites par le numérique. Télétravail, nouveaux modes d’organisation, outils numériques et nouvelles formes d’activité bouleversent progressivement les environnements professionnels. Avec ces mutations apparaissent également de nouveaux risques ou des risques qui prennent de nouvelles formes.

‎Le représentant du Premier ministre a notamment cité les risques psychosociaux et les troubles musculosquelettiques, susceptibles d’être exacerbés par certaines nouvelles organisations du travail. Il a également évoqué l’émergence de nouvelles formes d’exploitation professionnelle.

Pour Herman Yacouba Nacambo, l’implication du secteur informel doit être renforcée dans les stratégies de prévention des risques professionnels

‎Pour les participants, l’enjeu consiste donc à ne pas considérer le numérique uniquement comme un outil de modernisation, mais également comme un espace dans lequel les politiques de prévention doivent s’adapter. « Malgré notre contexte économique, nous ne devons pas accepter n’importe quel emploi dans n’importe quelle condition d’exercice », a rappelé Mathias Traoré, soulignant la nécessité de poursuivre les efforts en faveur du travail décent.

‎Le ministre a invité les participants à traduire les connaissances acquises durant le symposium en actions concrètes. Il a également insisté sur la nécessité d’un mécanisme de suivi permettant d’évaluer régulièrement la mise en œuvre des recommandations formulées au cours des travaux.

‎Le secteur informel et le numérique au cœur des recommandations

Au-delà des échanges sur les mutations technologiques, le symposium a débouché sur plusieurs recommandations. Pour le directeur général de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) du Burkina Faso, Herman Yacouba Nacambo, l’un des principaux enseignements concerne la nécessité d’élargir les stratégies de prévention au-delà du seul secteur formel. « Le symposium a suggéré, par exemple, une meilleure implication du secteur informel dans la stratégie de prévention, qu’on ne se limite pas seulement au secteur formel », a-t-il expliqué à l’issue des travaux. Cette orientation prend une importance particulière dans un contexte où une grande partie des activités professionnelles se déroule en dehors des cadres classiques de l’emploi salarié. Pour la CNSS, les mécanismes de prévention doivent donc évoluer afin de toucher davantage de travailleurs, quels que soient leur secteur d’activité et leur statut.

Marc-Joël Batchielily, président du jury, a dévoilé les lauréats des différentes catégories du concours consacré aux productions de sensibilisation sur la sécurité et la santé au travail

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Les participants ont également insisté sur le potentiel des outils numériques dans la prévention. L’objectif est notamment de mieux utiliser ces technologies pour sensibiliser les travailleurs, faciliter l’accès à l’information et contribuer à réduire les accidents du travail et les maladies professionnelles.

‎ « Il y a un certain nombre d’outils dont l’importance a été exposée au niveau du symposium et il a été demandé que ces outils soient davantage mis en avant pour faire en sorte que l’ère numérique soit une opportunité pour éviter la survenance des accidents du travail et de certaines maladies professionnelles », a indiqué Herman Yacouba Nacambo.

La mise en œuvre de ces recommandations devrait faire l’objet d’un suivi jusqu’à la prochaine édition. La CNSS entend ainsi traduire les conclusions du symposium en actions dans les prochains jours, semaines et mois. Du côté de l’IAPRP, le retour du SYAPRO est également perçu comme un signal encourageant. Yves Brou Yeboué Kouamé, secrétaire général de l’organisation, rappelle que le symposium est une activité spécialisée de l’Interafricaine depuis 1994. Après neuf éditions, l’événement avait connu une interruption de huit ans. « Nous sommes à cette 10ᵉ édition avec plus de 350 participants qui sont venus de 11 pays et nous pensons que c’est une très grande réussite », s’est-il réjoui. Il a également salué les innovations introduites dans l’organisation de cette édition et plaide pour un élargissement progressif de la participation des organismes nationaux de sécurité sociale. L’ambition, a-t-il expliqué, est de renforcer la coopération africaine en matière de santé et de sécurité au travail.

Yves Brou Yeboué Kouamé, secrétaire général de l’Interafricaine de la prévention des risques professionnels (IAPRP), s’est réjoui de la forte mobilisation autour de cette 10ᵉ édition

‎ « Nous espérons que chaque entreprise mettra les dispositions nécessaires pour y parvenir, pour que la santé et la sécurité de tous les travailleurs soient garanties », a-t-il ajouté.

La clôture du SYAPRO 2026 a également été l’occasion de mettre en valeur les productions audiovisuelles et graphiques consacrées à la prévention. Un concours a permis de distinguer plusieurs organismes, entreprises et partenaires ayant proposé des affiches, clips vidéo, chansons, spots et courts-métrages autour de la sécurité et de la santé au travail.

‎Le palmarès

Dans la catégorie des Organismes nationaux de sécurité sociale (ONSS), pour les œuvres graphiques et visuelles, le premier prix revient à la CNSS du Burkina Faso, avec « La sécurité au travail », noté 16,30/20. La CNSS du Niger, avec « Faire la mine, la vigilance individuelle et collective », obtient le deuxième prix avec 14,60/20.

En audiovisuel, catégorie clip vidéo, le premier prix est attribué à l’Institut national de prévoyance sociale (INPS) du Mali pour « Messages clés du GTP », avec 10,40/20. Aucun deuxième prix n’a été attribué dans cette catégorie, faute de candidat.

‎Pour les courts-métrages, la CNPS de Côte d’Ivoire décroche le premier prix avec « Le mauvais plan », noté 16,90/20.

Dans la catégorie entreprises et partenaires, pour les œuvres graphiques et visuelles, la Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE) remporte le premier prix avec « La sécurité et l’engagement permanent » (14,40/20), tandis que son œuvre « Les chutes et les attentes du journal » obtient le deuxième prix (12,30/20). En clip vidéo, le premier prix revient au Réseau des caisses populaires du Burkina Faso pour « Une journée sans sécurité » (14,30/20), suivi de l’Association des victimes d’accidents du travail du Mali (Avicate) avec « Les témoins vivants » (12,30/20). Pour les chansons, l’entreprise Beta du Burkina Faso remporte le premier prix avec « Zéro danger, zéro blessé » (16,50/20). Le Réseau des caisses populaires du Burkina Faso obtient le deuxième prix avec « Santé et sécurité, notre priorité » (14,50/20).

‎Le prix du meilleur spot est attribué à l’association « Découvre le monde » de Côte d’Ivoire pour « La prévention des risques électriques », avec 15/20.

Enfin, le prix du meilleur court-métrage revient à la Fédération ivoirienne des personnes victimes d’accidents du travail et maladies professionnelles pour « Le témoignage qui sauve des vies », avec une note de 18/20. Le prix spécial du jury, dans la catégorie audiovisuelle des ONSS, est attribué à la CNSS du Niger pour « Une seconde, une vie transformée », noté 16,60/20.

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Farida Thiombiano

Lefaso.net

Source: LeFaso.net